Beranda / Romance / Dix ans après son départ / Chapitre 5 — Ce sourire

Share

Chapitre 5 — Ce sourire

Penulis: N.Emma
last update Tanggal publikasi: 2026-06-12 07:15:03

POV Raphaël

Je pense à elle depuis que je suis sorti de ce bureau.

C'est agaçant. Vraiment. J'ai trois réunions, deux appels urgents, un trou de trésorerie qui ne se comble pas tout seul et une famille qui s'effondre en temps réel. J'ai des choses concrètes et urgentes qui méritent toute mon attention. Et pourtant.

Ce sourire. Ce sourire précis, mesuré, parfait, qu'elle a eu quand je lui ai dit qu'elle me regardait comme si elle me connaissait. Ce sourire qui n'était pas un sourire de dénégation. Ni amusé. Ni poli. Quelque chose entre les trois et aucun des trois à la fois.

Un sourire qui savait quelque chose que je ne sais pas.

Ça m'agace. Beaucoup.

Thomas m'attend devant l'immeuble avec le regard de quelqu'un qui classe mentalement ses urgences par ordre de gravité.

– Alexis a appelé deux fois.

– Je le rappellerai.

– Votre mère également.

– Plus tard.

– Le directeur de la banque veut avancer la réunion de vendredi à jeudi.

— Dites-lui que ça ne m'arrange pas. Je pousse la porte sans ralentir. Et Thomas.

– Oui ?

– Je veux un dossier complet sur Maître N. Kouassi. Tout ce qui est disponible publiquement. Parcours, formations, affaires plaidées, publications éventuelles. Tout.

Thomas note sans poser de question. C'est ce que j'apprécie chez lui. 

– Pour quand ?

Ce soir.

Dans mon bureau je reste debout au milieu de la pièce les mains dans les poches à regarder mon bureau sans vraiment le voir.

Je réfléchis.

Ce n'est pas la première fois que je fais appel à un avocat extérieur dans des circonstances difficiles. Ce n'est pas la première fois que je me retrouve face à quelqu'un de compétent, de précis, de déconcertant dans sa maîtrise. J'ai rencontré des procureurs redoutables, des négociateurs qui lisaient dans les pensées, des conseillers qui anticipaient chaque objection avant qu'elle soit formulée.

Aucun d'eux ne m'avait fait cet effet-là.

Je m'assieds, ouvre mon ordinateur, tape son nom dans mes archives. Rien. Elle n'apparaît dans aucune affaire qui a croisé de près ou de loin l'univers des Fontaine. Propre, extérieure, sans historique commun avec ma famille.

Alors pourquoi j'ai cette impression.

Je ferme les archives. J'ouvre la page du cabinet Kouassi. La même photo sur la page d'accueil. Je la regarde un long moment avec cette attention analytique que je mets dans l'étude de tout ce qui me résiste.

Les pommettes hautes. La ligne nette de la mâchoire. Les yeux qui regardent l'objectif avec cette franchise directe qui ne cherche ni à séduire ni à impressionner.

Quelque chose quelque part.

Je ferme la page.

La journée avale les heures avec l'efficacité brutale qu'elle met dans tout depuis six semaines.

Réunions, appels, arbitrages, décisions à prendre sur des bases insuffisantes parce que le temps ne permet pas d'en avoir de meilleures. Je fonctionne dans cet état depuis assez longtemps pour que ça ressemble à de la normale. Ce pilotage automatique où les bons mots sortent au bon moment, où les analyses sont justes, où les décisions sont correctes.

Pendant qu'en arrière-plan je continue de tourner en rond autour d'une chose que je n'arrive pas à nommer.

À dix-sept heures mon téléphone vibre.

Un numéro que je ne reconnais pas. Je décroche par réflexe.

– Monsieur Fontaine. Chloé Arnaud, assistante de Maître Kouassi. Je vous envoie à l'instant la liste des documents nécessaires pour la constitution du dossier. Maître Kouassi souhaite les recevoir d'ici vendredi en fin de journée si possible.

– C'est noté.

– Elle a également une question concernant votre frère Alexis. Est-ce qu'il sera disponible pour la réunion de vendredi ?

– Je m'en assure.

– Parfait.

La conversation dure quarante secondes. Je pose le téléphone et je reste les yeux sur l'écran.

Elle a une assistante qui s'appelle Chloé Arnaud. Elle veut les documents pour vendredi. Elle prépare déjà la suite avec une efficacité qui ne laisse aucun espace entre les étapes.

Je pense à nouveau à ce sourire.

Je prends une décision avant d'avoir le temps de me demander si c'est raisonnable. J'ouvre un moteur de recherche.

Kouassi avocate Paris avant 2015.

Les résultats sont maigres. Quelques mentions dans des publications de barreau à partir de 2016, une interview de 2019, un article de 2022. Rien avant 2015. Strictement rien. Comme si elle n'avait pas existé avant cette date.

J'affine.

Kouassi avocate Paris études droit.

Toujours rien de substantiel. Les mêmes publications professionnelles récentes. Pas d'université mentionnée. Pas de promotion, pas de concours de plaidoiries, pas de classements étudiants. Les gens laissent des traces quand ils font des études de droit. Les bons en laissent encore plus. Elle n'en a aucune avant un certain seuil.

Ça n'a aucun sens.

Thomas frappe à ma porte à dix-neuf heures passées. Il entre avec deux feuilles à la main.

– Le dossier Kouassi.

Je le prends sans un mot. Il repart aussi discrètement qu'il est entré.

Je lis.

Maître N. Kouassi. Inscrite au barreau de Paris en 2016. Spécialisée en droit des affaires et contentieux complexes. Dix-huit affaires majeures recensées dans la presse juridique. Quinze gagnées. Deux réglées à l'amiable dans des conditions favorables à ses clients. Une seule défaite sur un vice de procédure. Aucune plainte déontologique. Aucun conflit d'intérêts signalé. Cabinet fondé en 2019.

Avant 2016 : néant.

Thomas a ajouté une note manuscrite au bas de la seconde page. Rien dans les archives publiques antérieur à l'inscription au barreau. Dossier scolaire et universitaire non accessible. Identité civile confirmée mais historique incomplet.

Je pose les feuilles sur le bureau.

Je croise les mains devant moi et je regarde le mur d'en face.

Identité civile confirmée. Donc le nom est réel. N. Kouassi est son nom, pas un pseudonyme professionnel. Le N. est une initiale. Je me demande ce que cache cette initiale. Je me demande pourquoi ça m'importe.

Je range les feuilles dans le dossier.

Il est dix-neuf heures trente. Je devrais rentrer, manger quelque chose, dormir. Je devrais appeler Alexis pour m'assurer qu'il sera à la réunion de vendredi. Je devrais rappeler ma mère.

Je ne fais aucune de ces choses.

Je vais chercher un café au distributeur du couloir, reviens dans mon bureau, m'assieds, et j'ouvre un nouveau document sur mon ordinateur.

Je commence à lister tout ce que je sais sur Naïa Kouassi.

Ce n'est pas de la paranoïa. C'est du travail préparatoire. Si cette femme va défendre les intérêts de ma famille je dois la connaître. Comprendre ce qui la motive, ce qui la freine, ce qui pourrait créer un point de friction. C'est légitime. C'est même prudent.

Je tape.

Inscrite au barreau en 2016. Études probablement entre 2010 et 2015. Trente-cinq à quarante ans, difficile à préciser. Elle a un fils. Son assistante l'a mentionné sans vraiment le mentionner en précisant qu'elle serait disponible dès neuf heures parce qu'elle dépose son fils avant.

Un fils.

Je m'arrête sur ces deux mots.

Je ne sais pas pourquoi je m'arrête là. Il n'y a aucune raison particulière pour que cette information me retienne plus qu'une autre. Les gens ont des enfants. Les avocates ont des enfants. C'est banal et ça n'a aucune espèce d'importance.

J'efface la dernière ligne.

Je referme le document sans l'enregistrer.

Je me lève, prends ma veste, éteins la lumière.

Dans l'ascenseur qui me redescend vers le parking, je regarde mon reflet dans les portes en inox.

Je me dis avec la clarté sèche de quelqu'un qui se connaît suffisamment pour ne pas se mentir que Thomas va devoir chercher plus loin. Pas parce que Naïa Kouassi représente un risque pour le dossier.

Pas pour des raisons professionnelles.

Pour une raison que je n'arrive pas encore à formuler. Même seul dans un ascenseur vide à la nuit tombée.

Le lendemain matin à huit heures quarante-cinq mon téléphone affiche un message de Thomas.

“J'ai creusé. Son dossier au barreau mentionne une université en province. Mais les archives de l'université ne correspondent pas à ce qui est déclaré. La fac n'a aucun dossier à ce nom pour les années indiquées. Je continue.”

Je lis le message deux fois.

Je pose le téléphone face contre la table.

Je bois mon café.

Et pour la première fois depuis six semaines quelque chose dans ma poitrine qui n'était pas de la curiosité professionnelle se réveille avec une netteté qui me surprend moi-même.

Je ramasse mon téléphone. Je réponds à Thomas en trois mots.

“Continue. Tout. Vite.”

Je prends ma veste. Je sors. Je monte dans ma voiture.

Et pendant tout le trajet vers mon bureau je garde les yeux sur la route et les mains sur le volant.

Je pense à ce sourire qui savait quelque chose que je ne sais pas encore.

Mais je vais trouver.

Je trouve toujours.

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • Dix ans après son départ    Chapitre 200 — La famille

    POV NaïaDimanche après-midi. Seize heures.Le soleil de cette fin d'après-midi baigne notre appartement du seizième d'une lumière dorée particulièrement douce, cette même clarté paisible qui accompagne toujours nos dimanches désormais. Léo joue sur le tapis du salon avec ces mêmes blocs de construction colorés qu'il affectionne particulièrement en ce moment, tandis que Mathis, allongé à ses côtés, l'aide patiemment à empiler ces tours toujours plus hautes, cette même complicité fraternelle qui ne cesse de m'émouvoir chaque jour davantage.Raphaël prépare le dîner dans la cuisine, cette même odeur réconfortante qui embaume progressivement l'appartement, tandis que je m'accorde ce moment rare de simple contemplation, installée dans ce fauteuil près de la fenêtre qui a été témoin de tant de réflexions importantes au fil de ces dernières années.Mon téléphone vibre doucement. Un message de Chloé.Le dossier Delvaux est en bonne voie. J'ai réussi à faire accepter une médiation plutôt qu'un

  • Dix ans après son départ    Chapitre 199 — Ce qu'elle écrit

    POV NaïaMercredi soir. Vingt heures trente.Le lendemain de cette soirée où j'ai retrouvé ma lettre de vingt ans, je reste habitée par cette même envie persistante de compléter davantage cette réflexion entamée hier soir, cette sensation que quelque chose d'essentiel demeure encore à formuler, quelque chose que je n'ai pas su exprimer complètement dans ce premier jet écrit dans l'urgence de l'émotion.Mathis et Léo dorment déjà, Raphaël s'est installé dans le salon avec quelques dossiers professionnels, cette même routine paisible qui accompagne nos soirées désormais. Je reprends cette lettre commencée hier, cette même page manuscrite que j'avais soigneusement rang&eac

  • Dix ans après son départ    Chapitre 198 — La lettre à vingt ans

    POV NaïaMardi soir. Vingt et une heures.Je range méthodiquement quelques cartons encore non déballés depuis notre emménagement, cette même tâche que je repousse depuis des semaines faute de temps véritable pour m'y consacrer pleinement. Raphaël s'occupe de coucher Léo, tandis que Mathis termine ses devoirs dans sa chambre, cette même routine paisible qui accompagne désormais nos soirées habituelles.Au fond d'une boîte que je n'avais pas encore ouverte depuis notre déménagement, je retrouve cette même pochette usée que j'avais gardée précieusement pendant toutes ces années, celle contenant les documents les plus personnels de mon passé, ceux que je n'exhibe jamais mais que je

  • Dix ans après son départ    Chapitre 197 — Un samedi ordinaire

    POV NaïaSamedi après-midi. Quatorze heures.Le jardin du Ranelagh accueille cette même agitation printanière qui accompagne toujours les beaux week-ends, les familles installées sur les pelouses, les enfants qui courent entre les allées, cette même atmosphère paisible qui contraste tellement avec l'intensité de cette semaine professionnelle particulièrement chargée avec le dossier Delvaux.Nous marchons tous ensemble vers cette même allée familière, Léo perché sur les épaules de Raphaël avec cette même joie communicative qui accompagne toujours ses sorties en plein air, Mathis ouvrant la marche avec son sac de noisettes du Piémont soigneusement préparé, cette même d&eacu

  • Dix ans après son départ    Chapitre 196 — Le match

    POV MathisSamedi matin. Dix heures.Le stade municipal résonne déjà de cette même effervescence qui accompagne toujours les matchs de football entre écoles, ce même bourdonnement excité des enfants qui s'échauffent sur le terrain pendant que leurs parents s'installent progressivement dans les tribunes métalliques.Je remarque immédiatement papa qui arrive, seul, cette même silhouette reconnaissable de loin avec son manteau bleu marine qu'il porte souvent le week-end. Maman devait initialement venir aussi, mais elle a eu un empêchement de dernière minute au cabinet, une urgence avec ce nouveau dossier Delvaux dont elle parle beaucoup ces derniers temps.Papa s'installe dans les gradins,

  • Dix ans après son départ    Chapitre 195 — Ce qui reste à écrire

    POV NaïaMercredi matin. Huit heures.Le cabinet retrouve progressivement son rythme habituel après cette semaine de congé exceptionnel accordée pour notre lune de miel improvisée, ces quelques jours volés à Deauville avec les enfants, cette même parenthèse paisible qui a suivi notre mariage. Chloé m'attend déjà dans son bureau, désormais officiellement le sien, cette même satisfaction tranquille qui accompagne cette nouvelle organisation que nous avons mise en place ensemble.— Bienvenue de retour, Madame Fontaine, dit-elle en souriant, cette même taquinerie affectueuse qu'elle emploie désormais systématiquement depuis mon mariage.— Je crois que

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status