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Chapitre 03

Author: Beugre
last update publish date: 2026-03-13 06:07:01

— Si vous vouliez m'attaquer par surprise, c'est raté les loulous ! dis-je en riant.

​Ils sortirent de leur cachette en courant vers moi et nous fîmes un câlin groupé. C'était notre dernier jour de cours de l'année ; dès demain, certains resteraient chez eux avec leurs parents. Une petite fille brune aux yeux bleu azur s'approcha de moi, affichant une moue boudeuse

.

​— Tu vas me manquer, Émilie..., murmura-t-elle tristement.

​— Tu vas me manquer toi aussi, Laure..., avouai-je.

​Un pincement au cœur me traversa la poitrine. Cette petite fille était particulièrement attachante. Ne voulant pas me laisser submerger par l'émotion, une idée me vint à l'esprit ; une idée qui allait les ravir et leur faire oublier, l’espace d’un instant, la fin des cours.

​— Aujourd'hui, je vous propose d'aller dans les sous-bois pour composer des bouquets de fleurs ! annonçai-je aux louveteaux. Ce sera l'occasion d'apprendre quelles plantes sont toxiques pour nous. Et à la fin, celui qui aura le plus gros bouquet pourra l'offrir à la compagne de l'Alpha.

​— Ouiiiiii !! crièrent-ils tous en chœur.

​Les enfants n'avaient jamais vu mes parents de près. Ils m'avaient demandé à de nombreuses reprises s'ils pourraient un jour les rencontrer et leur parler. Dans la meute, une telle entrevue était un immense honneur. Alors que les enfants commençaient déjà à s'élancer vers les arbres, je les rappelai à l'ordre :

​— Les enfants, vous restez derrière moi ! On ne sait jamais ce qui rôde dans les bois.

​Ils attendirent sagement que je passe devant, se mirent en rang, et nous partîmes vers une clairière paisible et ensoleillée, un endroit sûr pour eux. Là-bas, les rayons du soleil rendaient les corolles encore plus éclatantes. L'esprit de compétition des petits était à son apogée. J'entendais leurs éclats de voix si innocents : « C'est moi qui gagnerai ! », « Tu rêves ! C'est moi qui aurai le privilège de la rencontrer ! ». Je ne pouvais m'empêcher de rire de bon cœur.

​Nous arrivâmes à destination à onze heures moins dix. J'établis un périmètre de sécurité pour ne pas les perdre de vue et leur donnai jusqu’à midi. Pour pouvoir intervenir instantanément en cas de danger, je me transformai en louve. Mon pelage roux flamboyait sous la lumière et la chaleur du soleil sur ma peau était un délice.

​Une fois le temps écoulé, les bouquets étaient tous plus beaux les uns que les autres : colorés, parfumés, le choix s'annonçait difficile. Pour le retour, je laissai les enfants ouvrir la marche afin de tester leur sens de l'orientation. Ils réussirent l'exercice avec brio en observant les signes de la forêt. Arrivés à la colline, je me dissimulai derrière un rocher pour reprendre forme humaine. J'enfilai mon sweat-shirt violet et mon jean noir avant de rejoindre mes élèves qui m'attendaient en cercle, leurs trophées floraux déposés devant eux.

​Après plusieurs minutes d'une analyse rigoureuse, mon choix se porta sur une composition aux couleurs vives et particulièrement bien garnie. C'était l'œuvre de Yanis, le garçon le plus discret du groupe, un petit brun aux yeux de charbon et à la peau bronzée.

​— Yanis, j'ai le bonheur de t'annoncer que tu remettras ton bouquet en main propre à Lucie, la compagne de l'Alpha !

​Le regard du petit garçon s'illumina et il se jeta dans mes bras. Les autres élèves, bien que déçus, se montrèrent bons joueurs et le félicitèrent. Ce moment marqua la fin de la leçon. Les enfants repartirent vers leurs familles, leurs bouquets serrés contre eux, tandis que je raccompagnais Yanis au manoir, sa petite main fragile glissée dans la mienne.

​En ouvrant la porte de la cuisine, nous fûmes accueillis par le sourire de Giselle, notre gouvernante. Je la saluai poliment et conduisis mon protégé au salon. Ma mère était installée sur le canapé, plongée dans sa paperasse

.

​— Maman ? l'appelai-je. Ce petit garçon a quelque chose pour toi.

​Elle leva les yeux et son expression sérieuse fit immédiatement place à un visage attendri.

J'encourageai Yanis d'une légère pression dans le dos. Il s'avança fièrement.

​— Oh, quel joli bouquet, mon petit ! Merci beaucoup, dit-elle en acceptant les fleurs. Comment t'appelles-tu ?

​— Yanis, répondit-il timidement.

​— Eh bien, merci Yanis. J'en prendrai grand soin, tu as ma parole.

​Elle déposa un baiser tendre sur son front et le petit rayonna de bonheur. Après l'avoir ramené chez lui sous les remerciements de ses parents, je retournai à la maison. Ma mère m'attendait dans la cuisine, visiblement inquiète.

​— Oh, Émilie ! Ton père t'attend dans le salon... Il n'est pas seul, l'Alpha de ce matin est avec lui, m'informa-t-elle par télépathie.

​Je hochai la tête et me dirigeai vers ma chambre pour passer des vêtements plus corrects, l'esprit embrumé par une question : pourquoi mon père avait-il invité cet intrus chez nous ?

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