ANMELDEN— Si vous vouliez m'attaquer par surprise, c'est raté les loulous ! dis-je en riant.
Ils sortirent de leur cachette en courant vers moi et nous fîmes un câlin groupé. C'était notre dernier jour de cours de l'année ; dès demain, certains resteraient chez eux avec leurs parents. Une petite fille brune aux yeux bleu azur s'approcha de moi, affichant une moue boudeuse . — Tu vas me manquer, Émilie..., murmura-t-elle tristement. — Tu vas me manquer toi aussi, Laure..., avouai-je. Un pincement au cœur me traversa la poitrine. Cette petite fille était particulièrement attachante. Ne voulant pas me laisser submerger par l'émotion, une idée me vint à l'esprit ; une idée qui allait les ravir et leur faire oublier, l’espace d’un instant, la fin des cours. — Aujourd'hui, je vous propose d'aller dans les sous-bois pour composer des bouquets de fleurs ! annonçai-je aux louveteaux. Ce sera l'occasion d'apprendre quelles plantes sont toxiques pour nous. Et à la fin, celui qui aura le plus gros bouquet pourra l'offrir à la compagne de l'Alpha. — Ouiiiiii !! crièrent-ils tous en chœur. Les enfants n'avaient jamais vu mes parents de près. Ils m'avaient demandé à de nombreuses reprises s'ils pourraient un jour les rencontrer et leur parler. Dans la meute, une telle entrevue était un immense honneur. Alors que les enfants commençaient déjà à s'élancer vers les arbres, je les rappelai à l'ordre : — Les enfants, vous restez derrière moi ! On ne sait jamais ce qui rôde dans les bois. Ils attendirent sagement que je passe devant, se mirent en rang, et nous partîmes vers une clairière paisible et ensoleillée, un endroit sûr pour eux. Là-bas, les rayons du soleil rendaient les corolles encore plus éclatantes. L'esprit de compétition des petits était à son apogée. J'entendais leurs éclats de voix si innocents : « C'est moi qui gagnerai ! », « Tu rêves ! C'est moi qui aurai le privilège de la rencontrer ! ». Je ne pouvais m'empêcher de rire de bon cœur. Nous arrivâmes à destination à onze heures moins dix. J'établis un périmètre de sécurité pour ne pas les perdre de vue et leur donnai jusqu’à midi. Pour pouvoir intervenir instantanément en cas de danger, je me transformai en louve. Mon pelage roux flamboyait sous la lumière et la chaleur du soleil sur ma peau était un délice. Une fois le temps écoulé, les bouquets étaient tous plus beaux les uns que les autres : colorés, parfumés, le choix s'annonçait difficile. Pour le retour, je laissai les enfants ouvrir la marche afin de tester leur sens de l'orientation. Ils réussirent l'exercice avec brio en observant les signes de la forêt. Arrivés à la colline, je me dissimulai derrière un rocher pour reprendre forme humaine. J'enfilai mon sweat-shirt violet et mon jean noir avant de rejoindre mes élèves qui m'attendaient en cercle, leurs trophées floraux déposés devant eux. Après plusieurs minutes d'une analyse rigoureuse, mon choix se porta sur une composition aux couleurs vives et particulièrement bien garnie. C'était l'œuvre de Yanis, le garçon le plus discret du groupe, un petit brun aux yeux de charbon et à la peau bronzée. — Yanis, j'ai le bonheur de t'annoncer que tu remettras ton bouquet en main propre à Lucie, la compagne de l'Alpha ! Le regard du petit garçon s'illumina et il se jeta dans mes bras. Les autres élèves, bien que déçus, se montrèrent bons joueurs et le félicitèrent. Ce moment marqua la fin de la leçon. Les enfants repartirent vers leurs familles, leurs bouquets serrés contre eux, tandis que je raccompagnais Yanis au manoir, sa petite main fragile glissée dans la mienne. En ouvrant la porte de la cuisine, nous fûmes accueillis par le sourire de Giselle, notre gouvernante. Je la saluai poliment et conduisis mon protégé au salon. Ma mère était installée sur le canapé, plongée dans sa paperasse . — Maman ? l'appelai-je. Ce petit garçon a quelque chose pour toi. Elle leva les yeux et son expression sérieuse fit immédiatement place à un visage attendri. J'encourageai Yanis d'une légère pression dans le dos. Il s'avança fièrement. — Oh, quel joli bouquet, mon petit ! Merci beaucoup, dit-elle en acceptant les fleurs. Comment t'appelles-tu ? — Yanis, répondit-il timidement. — Eh bien, merci Yanis. J'en prendrai grand soin, tu as ma parole. Elle déposa un baiser tendre sur son front et le petit rayonna de bonheur. Après l'avoir ramené chez lui sous les remerciements de ses parents, je retournai à la maison. Ma mère m'attendait dans la cuisine, visiblement inquiète. — Oh, Émilie ! Ton père t'attend dans le salon... Il n'est pas seul, l'Alpha de ce matin est avec lui, m'informa-t-elle par télépathie. Je hochai la tête et me dirigeai vers ma chambre pour passer des vêtements plus corrects, l'esprit embrumé par une question : pourquoi mon père avait-il invité cet intrus chez nous ?Le regard de Damien brillait d'admiration mais aussi de consternation, je crois même avoir perçu un peu de honte. Je me souvenais de cette nuit-là. J'avais dix ans. Mon père était parti précipitamment de la maison avec son Bêta et ma mère était très inquiète. Elle les avait rejoint après avoir prévenu Gabriella de faire attention à moi. Ignorante à cette époque de la situation, j'avais regardé mes dessins animés toute la soirée. Mais j'avais remarqué que quelque chose n'allait pas, Gabriella était très agitée. Le lendemain, mes parents étaient rentrés épuisés, avec le Bêta de mon père. Je n'ai su que bien plus tard ce qu'il s'était passé cette nuit-là.- Rentrons maintenant, tu dois répondre à mes questions, lui rappelai-je. Nous rentrâmes en silence chez Damien. Il y avait une tension entre nous. Je regardai quelques fois du coin de l'œil Damien, et il avait l'air en pleine réflexion. Perdu. J'ignorai le petit pincement au cœur qui se fit dans mon être en le voyant dans cet état et
Point de vue Emilie.Sa voix résonnait encore dans ma tête. Mon cœur battait si fort que s'il pouvait sortir de mon poitrail, il le ferait. Comment pouvait-il me parler par télépathie alors que ne nous faisions pas encore parti de la même meute officiellement ? Il fallait que je tente quelque chose pour comprendre...- Damien ? dis-je, hébétée. - Emilie ! Ne bouges pas, je viens te chercher ! répondit-il d'une voix douce et ferme. Mais... Pourquoi ? Comment ? Je décidai de l'attendre, et par conséquent m'assis sur l'herbe. Mes sens me rapportaient tous les sons, ainsi que les odeurs de ce nouveau lieu. J'entendais des daims qui s'abreuvaient à une rivière, qui devait être à environ un kilomètre à l'est, au-dessus de moi volaient des mésanges, des faisans couraient à toute vitesse sur le sol. L'odeur de la forêt me chatouillait le museau, les champignons, les fraises des bois, les mûres... Tant d'odeurs et de sons agréables et rassurants. Mes oreilles pivotèrent vers l'arrière, me fa
Je ne bougeai pas d'un pouce. Son regard était ancré dans le mien, comme s'il voulait savoir ce que je pensais. Tu ne sauras jamais ce que je pense mon gars... Je souris intérieurement à cette idée.Je concentrai mon attention sur lui. Son regard était différent. Il y avait du désir et de la tendresse. Déstabilisée, je reculai de quelques pas et me cognai contre le rebord du canapé. Je basculai en arrière et avant que je ne touchais le sol, des bras puissants se refermèrent sous moi et Damien me regardait, inquiet.- Est-ce que ça va ?- Parfaitement, ôtes tes sales pattes de ma personne ! râlai-je.Je tentai vainement de réprimer la réaction de mon corps, qui frissonna lors du contact entre nos deux peaux, ce qui fit légèrement accélérer les battements de mon cœur. Cette agréable sensation me donnait envie de vomir tant elle me dégoûtait. Et ces sensations ne lui avait pas échappé, bien évidemment. - Admets-le Emilie, tu n'es pas indifférente..., souriait-il de manière très séductri
Les habitudes vont être dures à combattre...pensai-je. Je finis la part et me resservi. Au bout de dix minutes, il ne restait pas la moindre miette. Repue, Nathalie m'indiqua où était le salon et je parti me détendre dans celui-ci. Il était gigantesque. Et magnifique. Tout était dans des tons de couleurs neutres, la pièce avait vraiment une ambiance relaxante, chaleureuse. On s'y sentait immédiatement à l'aise. Je me laissai tomber telle une baleine échouée sur le long canapé de cuir noir, et aperçu l'écran plat qui se trouvait juste en face. Nathalie arriva dans le salon, et ne pu réprimer un rire en me voyant ainsi.- Excusez moi Emilie mais c'est tellement... Inhabituel de voir quelqu'un s'allonger ainsi dans le salon de monsieur, s'excusa-t-elle.- Vous êtes pardonnée Nathalie. Quant à mon affalement, vous feriez mieux de vous y habituer, ris-je. En parlant de lui, où se trouve-t-il ? Il m'a dit que...- Ici même, fit une voix derrière moi, me coupant. Je me raidis malgré moi. Sa
Point de vue Emilie.Maison de Damien, 15h30.Ma tête me faisait mal. Je venais de prendre conscience que j'étais dans mon lit, et j'avais les yeux légèrement collés. Un détail me frappa : j'avais pleuré ma vie ici, Damien était venu me réconforter, je l'avais repoussé, puis je l'ai accusé de tout. J'étais, par la suite, tombée à genoux, en pleurs et épuisée, et Damien m'avait prise dans ses bras et je m'étais endormie contre lui. L'idée d'avoir était contre lui me fit frémir, de dégoût. Un autre détail me frappa : à son contact, je me sentais bien. Eurk... Comment je pouvais me sentir bien à son contact alors que j'étais cloîtrée ici ?! Mais je ne pouvais en vouloir qu'à moi-même, j'avais choisi de venir ici. C'était mon choix. Je m'assis sur mon lit quelques minutes, respirai de grandes goulées d'air pour me remettre les idées en place et me levai.Je m'avançai vers la porte et m'apprêtais à l'ouvrir quand quelqu'un s'en chargea à ma place. Ce fut si brusque que je ne pus m'empêcher
Cela ne faisait que quelques heures que j'étais partie pourtant j'avais l'impression que cela faisait des années que je n'avais pas entendu la voix rassurante de ma mère.- Nous passerons te voir, c'est promis. Comment est Damien ? me demanda-t-elle d'une voix pleine de curiosité.Je lui expliquai alors mon accrochage récent avec Damien, et elle approuvait ma réaction. Elle me conseilla d'être tout de même prudente, et d'agir de manière réfléchie. On parla encore un peu quand mon ventre décida qu'il était l'heure de manger. Toute cette histoire m'avait donné faim. Ma mère rigola à l'autre bout du fil, et raccrocha en me promettant de rappeler bientôt.- Bien, trouvons la cuisine, murmurai-je.Je sorti de ma nouvelle chambre et retournai au hall d'entrée. J'accédai directement au salon et une voix retentit derrière moi, me faisant sursauter.- Bonsoir Madame, fit une vieille dame. - Euh, bonsoir, répondis-je perdue.Elle rigola devant mon trouble, ce qui me troubla davantage. - Je su







