FAZER LOGINEt pourtant, elle n’avait pas peur. Ou plutôt, elle avait peur, mais c’était une peur qui ressemblait à de l’excitation. Une peur qui la faisait se sentir vivante.
Les jours suivants, elle n’eut aucune nouvelle. Une semaine passa, puis deux. Elle continuait à vérifier son téléphone, mais avec moins d’angoisse. Elle s’était habituée au silence. Elle l’avait intégré. Il faisait partie du contrat tacite qu’ils avaient scellé ce soir-là, sous le lampadaire de la rue déserte. Elle travaillait beaucoup. Elle avait accepté un nouveau contrat pour une grande marque de cosmétiques, un lancement international qui lui prenait tout son temps et toute son énergie. Elle aimait ça. Le travail était son refuge, son rempart contre le vide. Tant qu’elle travaillait, elle ne pensait pas. Elle ne doutait pas. Elle ne se posait pas de questions. Mais la nuit, quand elle éteignait la lumière et que le silence envahissait la chambre, elle pensait à lui. Elle imaginait son visage, sa voix, ses mains. Elle se souvenait de chaque mot qu’il avait prononcé, chaque regard qu’il avait posé sur elle. Et elle attendait. Un soir, presque trois semaines après le dîner, son téléphone vibra au milieu de la nuit. Elle se réveilla en sursaut, attrapa l’appareil. Le numéro inconnu s’affichait sur l’écran. Elle décrocha. — Rebecca. Sa voix. Grave, un peu rauque, comme s’il n’avait pas parlé depuis longtemps. — Lémek, dit-elle en s’asseyant dans son lit. — Je suis rentré. Je suis à Paris. Je voudrais vous voir. — Maintenant ? — Maintenant. Je sais que c’est tard. Mais je n’ai pas pu dormir sans vous entendre. Elle regarda le réveil. Deux heures quarante-sept. Elle avait une réunion à neuf heures le lendemain matin. Elle était fatiguée. Elle avait les cheveux en bataille et les yeux gonflés de sommeil. — D’accord, dit-elle. Où êtes-vous ? — En bas de chez vous. Elle se leva, passa une robe de chambre, descendit les escaliers quatre à quatre. Quand elle ouvrit la porte de l’immeuble, il était là, debout sur le trottoir, en tenue de combat. Fatigué. Pas rasé. Un bandage autour de l’avant-bras droit. — Vous êtes blessé, dit-elle. — Rien de grave. Égratignure. Il la regarda longuement, sans bouger. Puis il fit un pas vers elle, un seul, et posa sa main valide sur sa joue. Un geste d’une douceur infinie, presque incongru venant d’un homme en tenue de combat. — Je n’ai pensé qu’à vous, dit-il. Pendant toute la mission. À votre voix. À votre visage. À votre goût, même si je ne le connais pas encore. Elle ne répondit pas. Elle se contenta de fermer les yeux et de poser sa main sur la sienne. Ils restèrent ainsi un long moment, debout sur le trottoir, dans le silence de la nuit parisienne. Puis il retira sa main, recula d’un pas. — Je ne peux pas rester. Je dois faire mon rapport demain matin. Mais je voulais vous voir. Juste vous voir. — Vous m’avez vue. — Oui. Et ça m’a fait du bien. Il tourna les talons et remonta dans un véhicule militaire garé un peu plus loin. Le moteur rugit, les phares balayèrent la façade de l’immeuble, puis la voiture disparut au coin de la rue. Rebecca remonta chez elle, le cœur battant, la joue encore chaude de sa main. Elle se recoucha, mais ne dormit pas. Elle resta allongée dans le noir, à fixer le plafond, avec une seule certitude en tête : elle était en train de tomber amoureuse d’un homme qui ne serait jamais à elle.Ses mains remontèrent le long de ses mollets, s’attardèrent sur ses genoux, glissèrent sur ses cuisses. Elles s’arrêtaient parfois, repartaient, changeaient de direction sans logique apparente, juste pour la surprendre, pour l’empêcher d’anticiper. Elle ne savait jamais où il allait la toucher ensuite. Elle ne savait jamais si ce serait sa main, sa bouche, ou simplement son souffle. Et cette incertitude était délicieuse.Quand ses lèvres se posèrent sur son ventre, elle gémit. Un son rauque, incontrôlé, qui monta du plus profond d’elle sans qu’elle puisse le retenir. Il sourit contre sa peau, elle le sentit, et continua son chemin. Sa bouche remonta vers ses seins, s’attarda sur chaque mamelon avec une lenteur exaspérante, alternant succion et morsure légère, juste assez pour faire monter la tension sans jamais la libérer.— Tu veux que j’arrête ? murmura-t-il.— Non. Continue.— Tu veux que j’aille plus vite ?— Non. Comme ça. Continue comme ça.Il continua. Sa bouche et ses mains de
— Maintenant, dit-il, tu vas rester là. Sans bouger. Sans parler. Sans essayer de deviner ce que je vais faire. Tu vas juste sentir.— Et si je devine quand même ?— Tu ne devineras pas. C’est impossible. Tu ne sais pas ce que j’ai prévu.Elle entendit ses pas faire le tour du lit, s’arrêter derrière elle, repartir, revenir. Il se déplaçait sans bruit, comme toujours, et elle ne pouvait pas suivre sa trajectoire. Elle ne pouvait que tendre l’oreille, essayer de capter un indice, un froissement de vêtement, un souffle plus proche, une présence qui se rapprochait.Ses mains se posèrent sur ses épaules.Elle sursauta. Elle ne l’avait pas entendu approcher. Il était là, juste derrière elle, et ses doigts commencèrent à masser doucement ses trapèzes, à pétrir la chair tendue par des journées de travail et des nuits d’insomnie. Elle laissa échapper un soupir, laissa tomber sa tête en avant, et s’abandonna à la sensation.— Voilà, murmura-t-il. Détends-toi. Laisse-toi aller. Ce soir, tu n’as
Il était revenu.Trois jours après le matin vide, trois jours après le mot plié en deux sur la table de chevet, trois jours après avoir porté son collier de marques sous un col roulé en travaillant comme si de rien n’était, il était de nouveau là, debout sur le seuil de son appartement, une bouteille de vin à la main et ce sourire mince qui la faisait fondre à chaque fois.— Tu ne m’attendais plus, dit-il.— Je t’attends toujours.— Je sais. C’est pour ça que je reviens.Il entra, posa la bouteille sur la table de la cuisine, et la prit dans ses bras sans préambule. Il l’embrassa longuement, tendrement cette fois, sans l’urgence animale du retour précédent. C’était un baiser de retrouvailles paisibles, comme s’ils étaient un vieux couple qui se retrouvait après une journée de travail, et non deux amants qui ne s’étaient pas vus depuis soixante-douze heures et qui brûlaient de se toucher.— La mission était courte, dit-elle en se détachant de lui.— Très courte. Juste un aller-retour.
Il posa de nouveau ses lèvres sur sa peau, et continua son inventaire. Chaque marque reçut un baiser, une parole, une caresse. Il remonta le long de son dos, suivit la courbe de son cou, s’arrêta sur une trace plus foncée, juste sous l’oreille, là où la peau est la plus tendre.— Celle-ci, dit-il, c’est ma préférée. C’est la première que je t’ai faite. Quand je suis entré en toi et que tu as gémi. Tu ne sais pas à quel point j’aime ce son. Ce gémissement que tu fais quand je te prends.Il l’embrassa longuement à cet endroit, et elle sentit la chaleur de ses lèvres se répandre dans tout son corps. Elle ferma les yeux, se laissa aller contre lui, s’abandonna à cette sensation d’être adorée et possédée en même temps.Puis il releva la tête, et dans le miroir, il la regarda avec une expression étrange, presque grave.— Tu es sucrée, dit-il. Même quand tu brûles. Même quand tu cries. Même quand tu portes mes marques sur ta peau. Tu restes sucrée. C’est ça qui me rend fou.— Sucrée comment
Elle leva la main, effleura du bout des doigts une marque sur son cou, juste sous l’oreille. La peau était sensible, légèrement gonflée. Elle appuya doucement, sentit une douleur sourde, délicieuse, qui se répercuta dans tout son corps. Elle ferma les yeux et revit la scène. Lui, contre elle, sa bouche sur sa gorge, ses dents qui mordillaient la peau tendre, sa langue qui apaisait la morsure aussitôt après. Il avait gémi contre son cou, un son rauque, presque animal, et elle avait répondu en se cambrant sous lui, en offrant sa gorge, en demandant plus.— Tu es réveillée.La voix la fit sursauter. Elle rouvrit les yeux et le vit dans le miroir, debout derrière elle, dans l’encadrement de la porte de la salle de bains. Il était nu, le corps encore marqué par le sommeil, les cheveux en bataille, la barbe naissante qui ombrait ses joues. Il la regardait avec une intensité tranquille, ce regard sombre qui semblait toujours voir plus loin que ce qu’elle montrait.— Depuis quelques minutes,
Il était revenu. Il l’avait prise contre le mur du couloir, sans un mot, en grognant, comme un guerrier qui retrouve sa femme après la bataille. Et elle avait aimé ça. Trop, peut-être. Assez pour en redemander. Assez pour ne plus pouvoir se passer de lui.Elle ne savait pas que cette addiction qu’elle cultivait comme une plante rare était en train de l’étouffer. Elle ne savait pas que ce plaisir qu’elle buvait à grandes gorgées était un poison lent, distillé par un homme qui savait exactement comment rendre ses proies dépendantes avant de les abandonner.Pour l’instant, elle savait juste qu’il était là. Et cela lui suffisait.***Le jour s’était levé sans qu’ils s’en aperçoivent. La lumière du matin filtrait à travers les rideaux, pâle et laiteuse, dessinant des rectangles dorés sur le parquet de la chambre. Rebecca émergea lentement du sommeil, le corps lourd, les membres engourdis, comme après un long voyage. Elle mit quelques secondes à se rappeler où elle était, ce qui s’était pas







