تسجيل الدخولLe troisième jour, elle reçut un appel de Chloé qui voulait savoir comment s’était passé le dîner. Rebecca lui raconta tout, sans rien omettre. Le restaurant secret, la conversation à demi-mots, la mise en garde finale, le numéro donné comme un gage, et le silence qui avait suivi.
— Il t’a dit qu’il n’appellerait pas, et il n’appelle pas, résuma Chloé. C’est cohérent, au moins. — Je sais. — Et ça te va ? Vraiment ? — Je ne sais pas. Je n’ai pas l’habitude de ce genre de relation. Tous les hommes que j’ai connus étaient prévisibles. Ils appelaient quand ils disaient qu’ils appelleraient. Ils étaient là quand ils disaient qu’ils seraient là. C’était confortable. C’était rassurant. Et c’était ennuyeux. — Et lui, il n’est pas ennuyeux ? — Lui, il est tout sauf ennuyeux. Chloé marqua une pause. Rebecca entendit le bruit d’un briquet qu’on allume, puis l’expiration d’une première bouffée de cigarette. Chloé fumait quand elle réfléchissait, ce qui arrivait souvent. — Écoute, dit-elle enfin. Je te connais. Tu es une femme forte, indépendante, qui n’a besoin de personne. Mais tu es aussi une femme qui a été abandonnée par son père, et qui passe sa vie à attendre des hommes qui ne viennent pas. Alors fais attention. Ne confonds pas l’excitation de l’attente avec l’amour. Ne confonds pas le mystère avec la profondeur. Et ne confonds pas un homme qui ne t’appelle pas avec un homme qui t’aime. — Il ne m’a jamais dit qu’il m’aimait. — Justement. Il ne te l’a jamais dit. Et pourtant, tu es déjà en train de l’attendre. Rebecca ne répondit rien. Elle savait que Chloé avait raison, en partie. Elle savait qu’elle était en train de s’engouffrer dans quelque chose dont elle ne mesurait pas l’ampleur. Mais elle savait aussi qu’elle ne pouvait pas reculer. Quelque chose en elle avait été touché, réveillé, par cet homme. Quelque chose qu’elle croyait endormi pour toujours. Le quatrième jour, elle reçut un message. Pas un appel. Un texto. "Je suis en mission. Je ne pourrai pas vous voir cette semaine. Pensez à moi. L." C’était tout. Pas d’explication. Pas de date de retour. Pas de promesse de la rappeler bientôt. Juste une injonction. "Pensez à moi." Comme s’il savait qu’elle n’attendait que ça. Elle ne répondit pas tout de suite. Elle posa le téléphone, se fit un café, s’assit à la table de sa cuisine et regarda la pluie tomber sur la cour intérieure de son immeuble. Elle réfléchissait. Elle essayait de comprendre ce qu’elle ressentait. Ce n’était pas de l’amour. C’était trop tôt pour parler d’amour. C’était autre chose. Une fascination. Une curiosité dévorante. L’envie irrépressible de percer le mystère de cet homme, de découvrir ce qui se cachait derrière l’uniforme, derrière les silences, derrière les regards appuyés. Elle répondit finalement, en fin d’après-midi. "Revenez entier. Je penserai à vous." La réponse arriva quelques minutes plus tard. "Entier ou blessé, je reviendrai. Et je vous verrai." Cette phrase la fit frissonner. Elle ne savait pas pourquoi. Peut-être à cause du mot "blessé". Peut-être à cause de la certitude tranquille qu’elle contenait. Il reviendrait. Quoi qu’il arrive. Entier ou blessé. Et il la verrait. Ce soir-là, elle s’endormit avec une étrange sensation de paix et d’inquiétude mêlées. Elle avait donné son numéro à un inconnu. Elle avait accepté ses conditions. Elle avait consenti à attendre un homme qui ne promettait rien, qui pouvait disparaître à tout moment, qui pouvait revenir blessé ou ne pas revenir du tout.Ses mains remontèrent le long de ses mollets, s’attardèrent sur ses genoux, glissèrent sur ses cuisses. Elles s’arrêtaient parfois, repartaient, changeaient de direction sans logique apparente, juste pour la surprendre, pour l’empêcher d’anticiper. Elle ne savait jamais où il allait la toucher ensuite. Elle ne savait jamais si ce serait sa main, sa bouche, ou simplement son souffle. Et cette incertitude était délicieuse.Quand ses lèvres se posèrent sur son ventre, elle gémit. Un son rauque, incontrôlé, qui monta du plus profond d’elle sans qu’elle puisse le retenir. Il sourit contre sa peau, elle le sentit, et continua son chemin. Sa bouche remonta vers ses seins, s’attarda sur chaque mamelon avec une lenteur exaspérante, alternant succion et morsure légère, juste assez pour faire monter la tension sans jamais la libérer.— Tu veux que j’arrête ? murmura-t-il.— Non. Continue.— Tu veux que j’aille plus vite ?— Non. Comme ça. Continue comme ça.Il continua. Sa bouche et ses mains de
— Maintenant, dit-il, tu vas rester là. Sans bouger. Sans parler. Sans essayer de deviner ce que je vais faire. Tu vas juste sentir.— Et si je devine quand même ?— Tu ne devineras pas. C’est impossible. Tu ne sais pas ce que j’ai prévu.Elle entendit ses pas faire le tour du lit, s’arrêter derrière elle, repartir, revenir. Il se déplaçait sans bruit, comme toujours, et elle ne pouvait pas suivre sa trajectoire. Elle ne pouvait que tendre l’oreille, essayer de capter un indice, un froissement de vêtement, un souffle plus proche, une présence qui se rapprochait.Ses mains se posèrent sur ses épaules.Elle sursauta. Elle ne l’avait pas entendu approcher. Il était là, juste derrière elle, et ses doigts commencèrent à masser doucement ses trapèzes, à pétrir la chair tendue par des journées de travail et des nuits d’insomnie. Elle laissa échapper un soupir, laissa tomber sa tête en avant, et s’abandonna à la sensation.— Voilà, murmura-t-il. Détends-toi. Laisse-toi aller. Ce soir, tu n’as
Il était revenu.Trois jours après le matin vide, trois jours après le mot plié en deux sur la table de chevet, trois jours après avoir porté son collier de marques sous un col roulé en travaillant comme si de rien n’était, il était de nouveau là, debout sur le seuil de son appartement, une bouteille de vin à la main et ce sourire mince qui la faisait fondre à chaque fois.— Tu ne m’attendais plus, dit-il.— Je t’attends toujours.— Je sais. C’est pour ça que je reviens.Il entra, posa la bouteille sur la table de la cuisine, et la prit dans ses bras sans préambule. Il l’embrassa longuement, tendrement cette fois, sans l’urgence animale du retour précédent. C’était un baiser de retrouvailles paisibles, comme s’ils étaient un vieux couple qui se retrouvait après une journée de travail, et non deux amants qui ne s’étaient pas vus depuis soixante-douze heures et qui brûlaient de se toucher.— La mission était courte, dit-elle en se détachant de lui.— Très courte. Juste un aller-retour.
Il posa de nouveau ses lèvres sur sa peau, et continua son inventaire. Chaque marque reçut un baiser, une parole, une caresse. Il remonta le long de son dos, suivit la courbe de son cou, s’arrêta sur une trace plus foncée, juste sous l’oreille, là où la peau est la plus tendre.— Celle-ci, dit-il, c’est ma préférée. C’est la première que je t’ai faite. Quand je suis entré en toi et que tu as gémi. Tu ne sais pas à quel point j’aime ce son. Ce gémissement que tu fais quand je te prends.Il l’embrassa longuement à cet endroit, et elle sentit la chaleur de ses lèvres se répandre dans tout son corps. Elle ferma les yeux, se laissa aller contre lui, s’abandonna à cette sensation d’être adorée et possédée en même temps.Puis il releva la tête, et dans le miroir, il la regarda avec une expression étrange, presque grave.— Tu es sucrée, dit-il. Même quand tu brûles. Même quand tu cries. Même quand tu portes mes marques sur ta peau. Tu restes sucrée. C’est ça qui me rend fou.— Sucrée comment
Elle leva la main, effleura du bout des doigts une marque sur son cou, juste sous l’oreille. La peau était sensible, légèrement gonflée. Elle appuya doucement, sentit une douleur sourde, délicieuse, qui se répercuta dans tout son corps. Elle ferma les yeux et revit la scène. Lui, contre elle, sa bouche sur sa gorge, ses dents qui mordillaient la peau tendre, sa langue qui apaisait la morsure aussitôt après. Il avait gémi contre son cou, un son rauque, presque animal, et elle avait répondu en se cambrant sous lui, en offrant sa gorge, en demandant plus.— Tu es réveillée.La voix la fit sursauter. Elle rouvrit les yeux et le vit dans le miroir, debout derrière elle, dans l’encadrement de la porte de la salle de bains. Il était nu, le corps encore marqué par le sommeil, les cheveux en bataille, la barbe naissante qui ombrait ses joues. Il la regardait avec une intensité tranquille, ce regard sombre qui semblait toujours voir plus loin que ce qu’elle montrait.— Depuis quelques minutes,
Il était revenu. Il l’avait prise contre le mur du couloir, sans un mot, en grognant, comme un guerrier qui retrouve sa femme après la bataille. Et elle avait aimé ça. Trop, peut-être. Assez pour en redemander. Assez pour ne plus pouvoir se passer de lui.Elle ne savait pas que cette addiction qu’elle cultivait comme une plante rare était en train de l’étouffer. Elle ne savait pas que ce plaisir qu’elle buvait à grandes gorgées était un poison lent, distillé par un homme qui savait exactement comment rendre ses proies dépendantes avant de les abandonner.Pour l’instant, elle savait juste qu’il était là. Et cela lui suffisait.***Le jour s’était levé sans qu’ils s’en aperçoivent. La lumière du matin filtrait à travers les rideaux, pâle et laiteuse, dessinant des rectangles dorés sur le parquet de la chambre. Rebecca émergea lentement du sommeil, le corps lourd, les membres engourdis, comme après un long voyage. Elle mit quelques secondes à se rappeler où elle était, ce qui s’était pas







