LOGINIl pleurait. Pas des larmes silencieuses de manipulateur, pas des sanglots calculés pour attendrir sa proie. Non, il pleurait comme un enfant perdu, le visage enfoui dans ses mains décharnées, les épaules secouées de spasmes. C’était un spectacle pitoyable, presque insoutenable.— Attends, murmura-t-il d’une voix brisée. S’il te plaît. Attends. Je n’ai pas fini.Elle hésita. Chaque fibre de son être lui criait de partir, de tourner les talons, de le laisser seul avec ses remords et sa maladie. Mais quelque chose la retint.— Qu’est-ce que tu veux encore ? demanda-t-elle sans se rasseoir.— Te demander pardon. Vraiment. Pas juste le dire comme ça, en passant. Te l’expliquer. Pour que tu comprennes. La vérité. Pas celle que j’ai racontée au tribunal, pas celle que j’ai mise en scène pour t’apitoyer. La vraie vérité. Celle que je n’ai jamais dite à personne.Elle le regarda, et dans ses yeux, elle vit quelque chose qu’elle n’avait jamais vu. Pas de la comédie, pas de la manipulation. Une
— C’est trop facile, Lémek. Tu vas mourir, et tu voudrais qu’on t’absolve. Tu voudrais que je te dise que ce n’est pas grave, que je te pardonne, que tu peux partir en paix. Mais je ne suis pas prêtre. Je ne suis pas juge. Je suis juste une de tes victimes.— Je sais. Et je ne te demande pas de me pardonner. Je te demande juste de m’écouter.— Je t’écoute.Il prit une inspiration difficile, comme si chaque mot lui coûtait un effort immense.— J’ai passé ma vie à chercher quelque chose que je ne trouvais jamais. L’amour, je crois. L’amour que ma mère m’avait donné, et qu’elle m’a repris en partant. Je l’ai cherché dans chaque femme que j’ai séduite, que j’ai trompée, que j’ai ruinée. Et chaque fois, je croyais le trouver. Chaque fois, j’étais déçu. Alors je recommençais. C’était plus fort que moi. Une addiction. Une maladie.— Jusqu’à moi.— Jusqu’à toi. Toi, tu étais différente. Tu avais cette douceur, cette lumière, cette façon de me regarder comme si j’étais quelqu’un de bien. Et mo
Le centre pénitentiaire de Fresnes se dressait sous un ciel bas et gris, masse de béton et de barbelés qui semblait absorber toute la lumière du jour. Rebecca était venue en voiture avec Julien, qui lui tenait la main sur la banquette arrière du taxi. Ils n’avaient presque pas parlé pendant le trajet. Il n’y avait rien à dire. Rien qui puisse atténuer l’angoisse qui lui nouait le ventre.— Je t’attends ici, dit Julien en désignant le hall d’accueil. Prends tout le temps qu’il te faudra. Je ne bouge pas.— Merci.Elle l’embrassa, un baiser bref mais intense, puis elle franchit le portique de sécurité, se soumit aux contrôles d’usage, et suivit le gardien qui la guidait à travers des couloirs interminables. Des portes métalliques s’ouvraient et se refermaient derrière elle avec un claquement sourd, et chaque fois, elle sursautait. L’odeur de désinfectant, le bruit des clés, la lumière blafarde des néons, tout lui rappelait qu’elle était dans un lieu où la liberté n’existait pas. Un lieu
Le deuxième jour, elle appela Solange.— Lémek est mourant. Il veut me voir.Solange avait eu un long silence, puis un soupir.— Il ne m’a pas appelée, moi. Ni les enfants. Juste toi.— Qu’est-ce que ça veut dire, à ton avis ?— Que tu es la seule qui ait compté. À sa manière, bien sûr. Une manière tordue, malade, toxique. Mais pour lui, c’était de l’amour. Le seul qu’il ait jamais su donner.— Tu crois qu’il m’aime encore ?— Je crois qu’il t’aime à sa façon. Une façon qui n’excuse rien, qui ne justifie rien. Mais qui explique peut-être pourquoi il veut te voir avant de mourir.— Et toi, tu irais ?— Non. Moi, je n’irais pas. Mais je ne suis pas toi. Moi, j’ai eu des années pour me détacher de lui, pour le voir tel qu’il était vraiment. Toi, tu es tombée amoureuse d’un personnage, d’une illusion. Peut-être que tu as besoin de dire adieu à cette illusion. De la regarder en face une dernière fois pour mieux t’en libérer.Le troisième jour, elle appela Élodie.— Lémek est mourant. Il ve
Elle se leva, s’approcha de la fenêtre, regarda la rue en contrebas. La vie continuait, ordinaire, indifférente. Des passants pressés, des enfants qui couraient, un livreur à vélo qui slalomait entre les voitures. Le monde tournait, comme si de rien n’était. Et elle, elle se tenait là, déchirée entre le passé et le présent, entre la peur et la compassion, entre la haine et quelque chose qui ressemblait à de la pitié.— Si tu y vas, dit Julien doucement, je viendrai avec toi. J’attendrai dehors, dans la voiture. Ou dans la salle d’attente. Je ne te laisserai pas seule.— Tu ferais ça ?— Je ferais n’importe quoi pour toi. Tu le sais.Elle se retourna, le regarda, et dans ses yeux, elle vit tout l’amour qu’il lui portait. Un amour patient, solide, inébranlable. Un amour qui ne jugeait pas, qui ne dictait rien, qui laissait libre.— Je vais y aller, dit-elle enfin. Pas pour lui. Pour moi. Pour savoir ce qu’il a à me dire. Pour tourner la page définitivement.— D’accord. Je viens avec toi
— Il est malade, Madame. Très malade. On lui a diagnostiqué un cancer du pancréas il y a six mois. Son état s’est considérablement aggravé ces dernières semaines. Le pronostic est réservé.Rebecca resta silencieuse, le téléphone collé à l’oreille, les yeux fixés sur le mur blanc de la cuisine. Lémek. Malade. Cancer. Les mots tournaient dans sa tête sans qu’elle parvienne à les assembler. Elle aurait dû ressentir quelque chose. De la joie, peut-être, ou du soulagement, ou de l’indifférence. Mais elle ne ressentait rien. Rien qu’un vide immense, comme si on avait aspiré tout l’air de la pièce.— Pourquoi m’appelez-vous ? demanda-t-elle enfin. En quoi cela me concerne-t-il ?— Monsieur Lémery a exprimé le souhait de vous voir. Une dernière fois. Avant...— Avant de mourir.— Oui, Madame. Je sais que c’est beaucoup vous demander, après tout ce que vous avez subi. Mais son état est tel qu’il ne représente plus aucune menace. Il est alité, très affaibli. Il ne peut plus nuire à personne.—







