FAZER LOGINLa villa est trop silencieuse. Ce n’est plus un calme. C’est une attente. Hugo est à Genève depuis deux jours. Deux jours que l’air semble plus lourd. Deux jours que chaque regard échangé devient plus long, plus dangereux. Je suis dans le salon quand il entre. Je ne l’ai pas entendu arriver. Bastian. Chemise entrouverte. Regard sombre. Respiration calme — trop calme. — Tu m’évites encore, dit-il. Je lève les yeux lentement. — Non. Je n’ai aucune raison de la faire. — Si. Tu en as une, tu as peur de ce que je te fais ressentir. Il s’avance. Pas de sourire. Pas d’ironie. Juste une tension brute. — Tu joues à quoi, Bastian ? — À rien voyons, je ne ferai jamais rien que tu ne veuilles pas chère mère. Il s’arrête à quelques pas. Silence. L’électricité crépite entre nous. Invisible. Inévitable. — Tu sais que ça va finir par arriver, murmure-t-il. Mon cœur cogne brutalement. — Rien ne va arriver. Et je te conseille de t’en aller. — Arrête. …Arrête de faire semblan
— Je pars trois jours. La phrase tombe comme un détail banal, autour du petit-déjeuner , Hugo boit son café, concentré sur son téléphone. Costume impeccable. Maîtrise habituelle. Trois jours. Je hoche la tête calmement. — À Genève ? — Oui. Réunion stratégique. Je rentrerai vendredi soir. Il se lève, dépose un baiser sur mon front. Simple et Protecteur et surtout Stable. Rien à voir avec l’électricité dangereuse qui circule ailleurs dans cette maison. Je sens un regard sur moi. Je n’ai pas besoin de lever les yeux pour savoir que c’est lui. Bastian de la Sarte. Silencieux. Immobile. Observateur. La voiture de Hugo disparaît derrière les grilles de la villa. Et le silence change. Ce n’est plus un silence confortable. C’est un silence vivant. Chargé La maison paraît soudain trop grande. Trop vide. Ou trop pleine. Je monte dans ma chambre. Je tente de travailler. Je relis des dossiers. Mais mes pensées dérivent. Il est là. Quelque part dans la villa. Et il le sait. Je desce
Je m’appelle Bastian De La Sarte Et dans cette maison, rien ne m’échappe. On me voit comme le fils froid. Le stratège. Celui qui observe plus qu’il ne parle. Celui qui calcule avant de frapper. Ils ont raison.J’ai appris très tôt que les émotions sont des faiblesses. Ma mère me l’a appris sans le vouloir. Elle était douce. Trop douce pour cet univers. Trop fragile pour un homme comme mon père. Hugo De La Sarte n’est pas cruel. Il est pire. Il est pragmatique. Il aime comme il investit : quand c’est rentable. Quand ça cesse de l’être, il passe à autre chose. Ma mère est morte avec un cœur brisé que personne n’a officiellement reconnu. Dépression, ont-ils dit. Épuisement. Moi, j’ai vu autre chose. J’ai vu une femme qu’on avait remplacée sans bruit. Alors quand Mélanie est arrivée… Je n’ai pas vu une épouse. J’ai vu un schéma. Je l’ai observée dès le premier jour. Sa manière d’entrer dans la villa comme si elle en prenait déjà possession.Sa façon de sourire aux invités,
Le bâtiment est à l’image de Hugo : imposant, froid, parfaitement maîtrisé. Verrières immenses. Marbre poli. Silence feutré des couloirs où tout le monde marche vite, parle bas, réfléchit fort. Je me tiens devant l’entrée quelques secondes. Aujourd’hui, je ne suis plus seulement “la femme de”. Je suis collaboratrice. Je sors mon téléphone. Un message vocal de ma sœur. Je l’écoute une seconde fois. — Lénie, reste concentrée. Peu importe ce qui se passe autour de toi. Tu es brillante. Ne laisse personne te déstabiliser. Je souris. — Promis, murmuré-je. Je range le téléphone.Focus. Professionnelle. Inattaquable. La matinee commence brutalement. Réunion stratégique. Présentations financières. Objectifs trimestriels. On m’observe. Certains avec curiosité. D’autres avec méfiance.Une jeune épouse parachutée dans l’entreprise du PDG. Je m’y attendais. Mais je suis prête. Quand je prends la parole pour analyser un dossier d’investissement en Asie, la salle change légèrement
La gifle résonne encore dans ma mémoire.Pas le bruitLe regard.Ce moment précis où quelque chose a basculé.Toute la journée, je l’évite. Ou plutôt, je fais semblant. Je traverse les couloirs de la villa avec dignité, le menton relevé, comme si rien ne m’avait troublée. Mais à l’intérieur… tout est agité. La nuit tombe plus vite que prévu.La villa est silencieuse. Hugo est encore au bureau. Lesdomestiques ont quitté l’aile principaleJe descends chercher un verre d’eau Et il est là Appuyé contre le piano noir du salon.Chemise ouverte au col. Manches retroussées. Regard sombre.Il ne bouge pas quand je m’arrête à l’entrée. — Tu me suis maintenant ? dis-je froidement. Sa mâchoire se contracte légèrement. — Non. Silence. Il se redresse. — Je voulais te parler. Le “tu” n’est plus une erreurC’est un choixJe reste immobile. — Tu as déjà assez parlé ce matin. Il inspire lentementEt pour la première fois… il ne sourit pas. — J’ai dépassé les limites. Ses mots tombent, lou
Le parfum des fleurs fraîches dans le hall m’accueille dès que je descends l’escalier ce matin-là. Le soleil filtre à travers les baies vitrées, et tout semble calme, presque trop parfait. Pourtant, je sens que l’atmosphère est déjà chargée. L’absence de Hugo crée un vide qui ne sera jamais réellement vide. Il est toujours là, même quand il n’est pas là. Je souris légèrement à cette pensée, avant de remarquer la petite boîte sur la console du hall. Hugo. Son écriture fine sur le petit papier indique : “Pour Lénie, un petit plaisir pour commencer la semaine.” Mon cœur se serre d’une chaleur douce. Je reconnais sa touche dans chaque détail. Les cadeaux ne sont jamais banals, jamais simples. Et aujourd’hui, c’est un parfum rare que j’ai adoré lors d’une visite à Milan, accompagné d’un petit carnet en cuir noir, élégant, discret. Je ne peux m’empêcher de sourire. Le geste, aussi simple soit-il, me touche profondément. — Mélanie ? appelle une voix derrière moi. Je me retourne.







