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Chapitre 3 : Le Bal Masqué 2

Autor: Déesse
last update Fecha de publicación: 2026-09-02 18:57:53

Scarlett

Sept ans plus tôt.

La nuit est chaude, moite, saturée de parfums. Le jardin du palais Accardi est un labyrinthe de roses et de lanternes, un écrin de soie et de cristal suspendu entre ciel et terre. La lune, pleine et ronde, baigne les lieux d'une clarté laiteuse qui adoucit les angles et enflamme les cœurs.

Je m'appelle Scarlett O'Connor. J'ai dix-huit ans. Et ce soir, je suis libre.

Libre des devoirs, des protocoles, des regards désapprobateurs de mon père. Libre d'être autre chose qu'une héritière, autre chose qu'un symbole. Ce soir, je suis une inconnue au visage masqué, une silhouette parmi cent autres, une promesse de mystère dans un monde trop vieux pour être surpris.

Le Bal Masqué de la Dette. Une tradition absurde, née d'un pacte séculaire entre les grandes maisons surnaturelles. Une fois par décennie, les vampires, les loups-garous et les sorciers se réunissent sous couvert d'anonymat pour célébrer la paix fragile qui les unit. Officiellement, c'est une soirée de trêve. Officieusement, c'est une arène où les alliances se nouent et se dénouent dans l'ombre.

Je déteste ce genre de mascarade. Mais ce soir, je m'en fiche. Ce soir, je veux danser. Je veux boire. Je veux sentir le frisson de l'interdit sur ma peau. Et surtout, je veux oublier que dans une semaine, je devrai épouser un vampire que je n'ai jamais rencontré.

— Vous êtes bien songeuse, pour une femme qui porte un masque de papillon.

La voix me fait sursauter. Je me retourne, le cœur battant. Un homme se tient à quelques pas, adossé à une colonne de marbre. Il est grand, élancé, vêtu d'un costume sombre qui épouse ses épaules comme une seconde peau. Son masque est d'onyx, sobre et mystérieux, couvrant la moitié supérieure de son visage.

— Je pourrais vous retourner le compliment, dis-je avec une assurance que je ne ressens pas tout à fait. Vous observez les gens, vous aussi.

— J'observe ceux qui se détachent de la foule. Et vous, mademoiselle, vous vous détachez.

Son ton est grave, légèrement amusé. Je sens mon pouls s'accélérer. Il y a quelque chose dans sa voix, dans sa posture, dans la façon dont il me regarde, qui éveille en moi une curiosité dangereuse.

— Vous ne savez pas qui je suis, dis-je.

— C'est précisément ce qui rend cet instant délicieux.

Il s'avance, lentement, comme un prédateur qui n'a pas besoin de se presser. La lumière des lanternes joue sur ses traits. Ses lèvres, entrouvertes, esquissent un sourire en coin. Ses yeux, derrière le masque, sont sombres et brillants, pareils à deux braises.

— Dansez avec moi, dit-il.

Ce n'est pas une demande. C'est un ordre, mais un ordre si doux, si enveloppant, que je me surprends à hocher la tête.

Il me tend la main. Ses doigts sont longs, fins, étonnamment chauds. Je pose ma main dans la sienne. Le contact m'électrise. Une onde de chaleur remonte le long de mon bras, se déploie dans ma poitrine, m'embrase de l'intérieur.

— Votre nom ? murmuré-je alors qu'il m'entraîne vers le centre de la piste.

— Pas encore. Laissez-moi d'abord deviner le vôtre.

Il m'attire contre lui. La musique, une valse lente et mélancolique, enveloppe la nuit. Nos corps se frôlent, se cherchent, se trouvent. Il danse bien. Trop bien. Chaque mouvement est précis, fluide, assuré. Je me laisse guider, abandonnée à la chaleur de ses mains sur ma taille, à la pression légère de ses doigts sur mon dos.

— Vous sentez le jasmin, dit-il en se penchant vers mon oreille. Et la nuit. Et autre chose... une pointe de rébellion, peut-être.

Je ris, malgré moi. Un rire clair, enfantin, qui me surprend moi-même.

— Et vous ? rétorqué-je. Que sentez-vous ?

— Le bois brûlé. Le cuir. La patience.

— La patience ?

— Je suis très patient, mademoiselle. C'est à la fois ma plus grande force et ma plus grande faiblesse.

Nous dansons pendant ce qui semble être des heures. Le monde s'estompe autour de nous. Les autres masques, les conversations, les rires, tout devient flou, lointain, insignifiant. Il n'y a plus que lui, son souffle contre ma tempe, la chaleur de son corps contre le mien, la promesse muette de ses yeux sombres.

— Pourquoi êtes-vous venue ce soir ? demande-t-il soudain.

— Pour oublier.

— Oublier quoi ?

— Tout. Ma vie. Mes chaînes. Mon avenir.

Il serre légèrement ma taille, m'attire un peu plus près.

— Vous n'êtes pas heureuse.

— Est-ce si évident ?

— Je vois au-delà des masques.

Je lève les yeux vers lui. Il y a une intensité dans son regard qui me donne le vertige. Comme s'il pouvait lire en moi, comme s'il savait déjà tout de mes peurs, de mes désirs, de mes secrets.

— Et vous ? demandé-je. Êtes-vous heureux ?

Il reste silencieux un instant. Puis, d'une voix plus basse, plus rauque :

— Je le suis... en ce moment.

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