INICIAR SESIÓNLa musique s'achève. Les applaudissements éclatent autour de nous. Mais lui ne me lâche pas. Sa main reste posée sur ma taille, son regard plongé dans le mien.
— Venez, dit-il. Il m'entraîne hors de la piste, à travers la foule, vers les jardins. La nuit y est plus sombre, plus dense, pleine de murmures et de secrets. Les senteurs de roses et de chèvrefeuille se mêlent au parfum de la terre humide. — Où m'emmenez-vous ? — Loin des regards. Nous nous arrêtons près d'une fontaine abandonnée. L'eau y stagne, couverte de pétales fanés. Il se tourne vers moi, retire lentement son masque. Je retiens mon souffle. Il est beau. D'une beauté sauvage, presque irréelle. Des traits fins mais virils, une mâchoire carrée, des lèvres pleines. Et ses yeux... ses yeux sont d'un doré intense, brillants dans l'obscurité, comme deux soleils prisonniers. — Des yeux de loup, murmuré-je sans réfléchir. Il se fige. Son sourire s'efface. — Qu'avez-vous dit ? Mon cœur s'arrête. Mon sang se glace. Je viens de comprendre. Ce regard doré, cette chaleur, cette aura de puissance animale... Il est un loup-garou. Un loup-garou. Mon ennemi héréditaire. La bête que mon père m'a appris à haïr depuis que je suis enfant. La créature qui a assassiné ma mère. — Lâchez-moi, dis-je d'une voix étranglée. — Attendez... — Lâchez-moi ! Je le repousse violemment. Il recule d'un pas, surpris, blessé. La confusion se peint sur son visage. — Qu'y a-t-il ? demande-t-il. Qu'ai-je fait ? — Vous êtes un loup-garou, dis-je, et chaque mot est un crachat. — Vous ne le saviez pas ? — Non, je ne le savais pas. Et si je l'avais su, je ne vous aurais jamais adressé la parole. Le silence tombe, lourd, chargé de douleur. Il me regarde, incrédule, comme si je venais de le poignarder. — C'est donc cela, dit-il lentement. La haine des O'Connor. Je me fige à mon tour. — Comment connaissez-vous mon nom ? — Je vous ai reconnue, Scarlett. Dès que je vous ai vue. La peur m'envahit, glaciale, viscérale. Il sait qui je suis. Il m'a piégée. — C'était un jeu ? demandé-je, la voix tremblante. Tout cela n'était qu'un jeu ? — Non, ce n'était pas un jeu. Pas pour moi. — Vous mentez. Vous êtes un loup, vous ne savez que mentir. Il avance d'un pas. Je recule. La fontaine abandonnée est derrière moi. L'eau stagnante reflète la lune. — Scarlett, écoutez-moi... — Ne m'approchez pas ! Je ne sais pas si c'est la peur, la colère ou la honte qui me pousse. Mais je lève la main et le frappe. Pas une gifle. Un coup violent, porté avec toute la force de mon sang vampire. Il encaisse sans broncher. Ses yeux dorés ne quittent pas les miens. — Vous n'êtes pas obligée de me haïr, dit-il doucement. — C'est tout ce que je peux faire. — Pourquoi ? — Parce que vous êtes un monstre. Parce que votre espèce a tué ma mère. Parce que tout ce que vous touchez pourrit. Il pâlit. La douleur sur son visage est si vive, si réelle, que je ressens une pointe de remords. Mais je l'étouffe aussitôt. — Partez, dis-je. Partez avant que je ne crie. — Scarlett... — Partez ! Il recule. Lentement, à contrecœur. Puis il se détourne et disparaît dans l'obscurité, avalé par la nuit. Je reste seule près de la fontaine, le cœur battant à tout rompre, les joues baignées de larmes que je ne savais même pas avoir versées. Ma main me brûle. Mon poignet me brûle. Je baisse les yeux. Une marque étrange est apparue sur ma peau, juste sous la paume. Une marque qui n'y était pas avant. Une marque qui ressemble à une brûlure, mais qui ne s'efface pas. Je ne le sais pas encore, mais cette nuit vient de sceller mon destin. Et le sien.ElaraLes semaines s'égrènent, lentes et épuisantes. Je m'immerge dans le travail, dans les dossiers, dans les réunions. Je joue le rôle d'Elara Vance avec une rigueur presque maniaque. Chaque geste, chaque parole, chaque regard est calculé, pesé, contrôlé. Je ne laisse rien au hasard.Le soir, dans mon appartement modeste, je sors mes notes et je cartographie.Storne Industries est un labyrinthe de pouvoirs, de loyautés et de rivalités. Au sommet, Kaelen Thorne, le PDG, l'alpha suprême, le maître incontesté de la meute. En dessous, une hiérarchie complexe de loups-garous, d'humains et de métamorphes.J'ai identifié les principaux acteurs. Les alliés de Kaelen, les ambitieux, les mécontents. Et surtout, les fissures. Car même dans une forteresse aussi puissante que Storne, il y a des fissures. Des jalousies, des rancunes, des trahisons.Au premier rang des fissures, il y a Damian Thorne.Le cousin du PDG. Un loup-garou ambitieux, charismatique, dangereux. Il sourit trop, parle trop, p
ElaraLa réunion est prévue dans la salle du quarante-cinquième étage. Une salle de conférence ultramoderne, avec des écrans tactiles, des fauteuils en cuir, une table en verre qui semble flotter dans l'espace. Les participants arrivent un à un, silencieux, concentrés. Des cadres supérieurs, des analystes, des directeurs de division. Et lui.Kaelen Thorne est assis en bout de table, souverain, impérieux. Il ne parle pas. Il observe. Son regard balaie l'assistance, s'arrête sur moi un instant, puis repart. Je soutiens son inspection sans ciller.La salle est froide, malgré le soleil qui entre par les fenêtres. L'air conditionné souffle un vent glacial sur ma nuque. Je frissonne, imperceptiblement. J'espère que personne ne l'a remarqué.— Bienvenue à tous, commence un homme à la carrure imposante, que j'identifie comme le directeur des opérations. Aujourd'hui, nous allons examiner le dossier d'acquisition de la société Novatech. Mademoiselle Vance, vous avez préparé l'analyse préliminai
Elara Il se lève, contourne la table, s'approche de moi. Je reste immobile, le regard fixé droit devant moi. Il s'arrête à ma hauteur, s'appuie contre le bord de la table, croise les bras. Sa proximité m'oppresse. Son odeur de bois brûlé et de cuir m'enveloppe, m'étouffe. — Vous sentez quelque chose ? demande-t-il soudain. — Pardon ? — Là, en ce moment. Une douleur. Une chaleur. Une sensation étrange. Je sens mon sang se glacer. Il me teste. Il cherche à me faire réagir, à me piéger. — Non, monsieur. Je ne sens rien. — Vraiment ? Il se penche vers moi. Sa main s'approche de mon visage, s'arrête à quelques centimètres de ma joue. Je ne recule pas. Je ne respire plus. — Vous êtes bien calme, pour une humaine qui se retrouve seule avec un loup-garou, murmure-t-il. — Dois-je avoir peur ? — La plupart des humains ont peur. — Je ne suis pas la plupart des humains. Un sourire se dessine sur ses lèvres. Un sourire froid, dangereux, qui ne monte pas jusqu'à ses yeux. — Non, dit-
ElaraJe vois ses épaules se contracter. Elle ne répond pas. Elle ouvre la porte, sort, referme derrière elle. Le couloir est vide, silencieux. Je reste immobile, le regard fixé sur la porte close.Elle est douée. Très douée. Mais elle a commis une erreur. Une seule. Elle a laissé transparaître sa peur. Et moi, je sais reconnaître la peur. Je la sens. Je la traque.Elara Vance, tu n'es pas celle que tu prétends être. Et je vais le prouver.Je retourne à mon bureau, décroche le téléphone.— Marcus, je veux une surveillance complète sur Elara Vance. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Chaque déplacement, chaque appel, chaque rencontre. Je veux tout savoir.— Bien, monsieur.Je raccroche. La machine est lancée. La traque commence.L'ascenseur monte en silence. Les chiffres défilent sur l'écran lumineux, étage après étage, comme un compte à rebours. Quarante. Quarante-cinq. Cinquante. Mon reflet se dessine dans les portes d'acier brossé, pâle et lointain. Je n'ai pas peur. Je n'ai pas l
Je m'éloigne de la fenêtre, arpente la pièce comme un fauve en cage. Mes pas résonnent sur le parquet ciré, réguliers, lourds. Mon loup s'agite, impatient. Il sent le danger, l'excitation, l'imminence d'une confrontation. Il veut la voir, la renifler, la juger. Il veut savoir si elle est celle qu'il a perdue.Je m'arrête devant le miroir accroché près de la bibliothèque. Mon reflet me fixe, impitoyable. Un homme dans la force de l'âge, taillé pour le combat, le regard dur. Un alpha. Un conquérant. Mais derrière cette façade, il y a une faille. Une blessure qui ne cicatrise pas. Une obsession qui me consume.— Tu es pathétique, murmuré-je à mon reflet.Le miroir ne répond pas. Il n'a pas besoin. Je sais ce que je suis. Je sais ce que je suis devenu. Un homme qui a bâti un empire pour une femme qui l'a rejeté. Un loup qui a perdu sa proie et qui ne cesse de la traquer.Les minutes passent, interminables. Je consulte ma montre. Huit heures dix. Elle devrait arriver d'une minute à l'autre
KaelenL'odeur ne me quitte pas.Elle est là, tapie dans ma mémoire, accrochée à mes narines comme un parfum impossible à chasser. Un mélange de jasmin et de nuit, de rébellion et de promesses brisées. Une odeur que je n'ai sentie qu'une seule fois dans ma vie, il y a sept ans, dans les jardins du palais Accardi.Et voilà qu'elle resurgit ici, dans ma tour, sur la peau d'une inconnue.Je me tiens devant la baie vitrée de mon bureau, les mains croisées derrière le dos, le regard perdu sur la ville qui s'étend à mes pieds. La nuit est tombée depuis longtemps, mais je ne dors pas. Je ne peux pas dormir. Mon loup est agité, fébrile, prêt à bondir. Il tourne en rond dans ma poitrine, gratte les parois de ma conscience, hurle en silence un nom que je refuse de prononcer.Scarlett.Ce simple mot me brûle la gorge comme de l'acide. Sept ans que je le porte en moi comme une lame plantée entre les côtes. Sept ans que je le murmure dans mes nuits d'insomnie, que je le crache dans mes accès de ra







