FAZER LOGINSa voix est calme, mais chaque mot tombe comme une pierre dans l'eau de mon âme. Des ronds qui s'élargissent, qui touchent tout, qui m'engloutissent.
— Le Marquis Noir. Qui est-ce ?
— Personne ne le sait. C'est un fantôme. Une légende. Une histoire qu'on raconte aux enfants pour les faire obéir. Certains disent que c'est un noble déchu, qui a perdu sa famille à cause d'une femme infidèle, et qui s'es
Sa voix est calme, mais chaque mot tombe comme une pierre dans l'eau de mon âme. Des ronds qui s'élargissent, qui touchent tout, qui m'engloutissent.— Le Marquis Noir. Qui est-ce ?— Personne ne le sait. C'est un fantôme. Une légende. Une histoire qu'on raconte aux enfants pour les faire obéir. Certains disent que c'est un noble déchu, qui a perdu sa famille à cause d'une femme infidèle, et qui s'est juré de faire payer toutes les femmes pour celle qui l'a trahi. D'autres disent que c'est un prêtre défroqué, habité par une ferveur malsaine, qui voit le péché partout, surtout là où il n'y a que de la vie. D'autres encore, un simple bourreau qui a pris goût à la souffrance, et qui a trouvé dans cette confrérie un moyen légal d'assouvir ses pulsions.Elle se penche vers moi. Sa main couvre l
GIULIARome me tend ses pièges sans que je les voie.Je croyais avoir trouvé un refuge chez ma tante, un havre de paix où je pourrais me reconstruire pierre après pierre, jour après jour, silence après silence. Je croyais que les murs ocres de cette maison, le jardin secret avec ses roses grimpantes et sa fontaine qui chante, les repas simples partagés avec Caterina, tout cela suffirait à me protéger du monde. Je croyais que j'avais laissé Venise derrière moi, avec ses intrigues, ses masques, ses dangers.Je croyais.Mais les ombres de Venise sont plus longues que je ne l'imaginais. Elles ne connaissent pas les frontières. Elles ne respectent pas les refuges. Elles s'étirent jusqu'ici, jusqu'à cette chambre douce où le soleil entre chaque matin par une fenêtre à petits carreaux, jusqu'à ces ruelles que j'
Sa voix reste calme, mais je vois ses doigts trembler légèrement sur ses genoux.— Je ne me le suis jamais pardonné.Elle me regarde avec une intensité douce, mais sans pitié.— Tu es comme moi, Giulia. Tu as construit une forteresse autour de ton cœur. Des murs si hauts, si épais, que personne ne peut les franchir. Mais les forteresses, ça finit toujours par tomber. Un siège, un tremblement de terre, le temps qui use les pierres... La question, c'est qui sera là pour ramasser les débris. Qui t'aimera assez pour t'aider à reconstruire.— Lorenzo.Le nom sort tout seul, sans que je le retienne.— Lorenzo. C'est son nom ?— Oui. Il est architecte. Il dessine des ruines. Il dit que je suis une ruine, moi aussi.Ma tante sourit. Un vrai sourire, qui adoucit ses traits.— Alors il sait de quoi i
C'est vrai.Mais je ne la regrette pas.Parce que pour la première fois, j'ai embrassé sans calculer. Sans peser le pouvoir. Sans évaluer la stratégie. Sans me demander ce que j'allais gagner ou perdre.J'ai embrassé parce que j'en avais envie.Parce que cet homme, en deux jours, a fait plus pour moi que tous mes amants en dix ans.Il m'a vue.Vraiment vue.Il a vu la petite fille perdue sous les masques. Il a vu les ruines sous les conquêtes. Il a vu la peur sous l'assurance.Et il n'a pas détourné le regard.Ça, c'est plus terrifiant que tous les scandales du monde.Nous entrons dans Rome.Les rues s'animent autour de nous. Les marchands ouvrent leurs échoppes, déballent leurs marchandises. Les cloches des églises sonnent, se répondent, s'entremêlent en une cacophonie joyeuse. Des en
Je ne pense pas à demain, ni à hier, ni à tous ces hommes qui ont traversé ma vie sans laisser de traces.Je pense à cet homme, de l'autre côté du feu, qui m'a regardée sans me vouloir. Qui m'a écoutée sans me juger. Qui a vu mes ruines et m'a dit qu'elles valaient la peine d'être restaurées.Et je me demande si c'est ça, le début de quelque chose de vrai.---LORENZO---L'aube se lève sur Rome.Les premières lumières dorées caressent les collines, les dômes des églises, les ruines antiques qui percent la ville moderne comme des os à travers une peau usée. La campagne autour de nous s'éveille, les oiseaux chantent, l'air est frais et pur après l'orage de la nuit.Nous arrivons aux portes de la ville.Giulia est silencieuse. Elle r
Les mots sortent tout seuls, sans que je les contrôle. C'est la vérité. La vérité que je cache depuis des années, sous les rires, sous les conquêtes, sous les masques du carnaval.— Depuis que j'ai quitté Venise, je ne sais plus qui je suis. Je suis Giulia Ferrelli, la libertine, la scandaleuse, la Casanova au jupon. C'est ainsi qu'on me nomme. C'est ainsi que j'existe. Mais sans les regards des hommes, sans leurs désirs, sans leurs conquêtes... qu'est-ce qui reste ?Il pose sa flute. Il se lève, s'approche du feu. Les flammes dansent dans ses yeux verts, y allument des lueurs mouvantes.— Vous avez peur.— Oui.— De quoi ?— De découvrir que je ne suis rien. Qu'il n'y a rien sous le masque. Que toute cette vie, tous ces hommes, toutes ces nuits... ce n'était que du vent. Du vide. Rien.Ma voix se brise s
Un architecte sans titre. Sans fortune. Sans éclat. Un homme qui vit avec ses crayons et ses relevés, qui parle aux pierres plus qu'aux humains. Un homme qui a déjà perdu tout ce qu'il aimait et qui n'ose plus rien espérer.Mais il y a cette
Ma fuite à Venise, à dix-huit ans, avec une bourse volée et une robe de rechange. La découverte de cette ville flottante, de ses masques, de ses possibilités infinies. La rencontre avec Alessandro, un soir de carnaval, alors que je dansais pour quelques pi&egrav
Alessandro.Il a vu Alessandro dans mes yeux.Cet inconnu, cet architecte, ce roux au regard tranquille a vu en une seconde ce que je cache depuis des années à tout le monde, y compris à moi-même.— Vous êtes architecte, vo
Le roux.Lorenzo.Il est sur son cheval, l'épée à la main, ses yeux verts flamboyant d'une fureur que je n'aurais jamais imaginée chez un homme si calme. Son cheval rue, hennit, s'ébroue au milieu des brigands stupéfaits. Loren







