Mag-log in__ Vous feriez mieux d'aller demander clémence auprès du Grand Duc, Mademoiselle, vu que les bijoux ont été retrouvés, m'avait conseillé le commissaire en chef d'un ton qui se voulait compatissant, mais qui sonnait comme un glas à mes oreilles.
Assise face à lui, dans ce bureau qui sentait le tabac froid et le vieux papier, je l'avais supplié jusqu'à perdre ma dignité. J'avais invoqué la justice, l'honneur, la vérité. Mais il avait été catégorique : si le Duc ne retirait pas sa plainte, mon père, mon frère ainsi qu'Oscar risquaient la prison ferme. La loi était une machine sourde, et Ferdinand II en tenait les leviers. Mon père, dont la poitrine siffle à chaque souffle, ne survivrait pas une semaine dans l'humidité des geôles. Karl, mon petit frère, n'est qu'un enfant dont l'âme serait flétrie à jamais par l'ombre des barreaux. Quant à Oscar... l'idée de le voir enchaîné par ma faute me brise le cœur.
J'essuie mes larmes d'un revers de main rageur, déterminée à ne pas sombrer avant d'avoir tout tenté. En quittant le commissariat, l'air frais du dehors me fouette le visage, mais il ne parvient pas à dissiper la sensation d'étouffement qui me comprime les poumons. J'ai passé toute la matinée à errer près de ma famille, à supplier les gardes de me laisser entrer, de leur porter ne serait-ce qu'une couverture ou un morceau de pain. On ne m'a pas permis de les voir une seule fois. On m'a traitée comme une pestiférée, la fille et la fiancée des "voleurs".
Le soleil entame sa lente agonie derrière les collines, baignant la ville d'une lueur sanglante, lorsque j'arrive enfin aux grilles du Grand Duché. Ce domaine, qui m'apparaissait autrefois comme un havre de paix avec ses roses et ses fontaines, ressemble ce soir à une forteresse imprenable. Je prends la porte de derrière, celle des domestiques, mais je suis immédiatement stoppée par Dame Marie.
— Que faites-vous ici, Eilish ? me demande-t-elle.
Sa voix est un fouet. Son regard, autrefois simplement sévère, est devenu hautain et méprisant. Elle me jette un coup d'œil dégoûté, presque venimeux. Les nouvelles vont vite dans cette ville ; elle sait déjà tout. Pour elle, je ne suis plus la petite jardinière douée, mais la complice de criminels qui ont osé souiller la demeure du Duc.
— Je... m'incliné-je respectueusement, tentant de garder une contenance malgré mes vêtements froissés et mes yeux rougis. Je suis venue voir le Grand Duc. S'il vous plaît.
— Allez-vous-en ! Je suis sûre qu'il est bien trop occupé pour recevoir des gens de votre espèce ! crache-t-elle en me tournant le dos avec une superbe indifférence.
— S'il vous plaît... juste quelques minutes. Mon père est malade, et mon frère... ma voix s'étrangle dans ma gorge.
— Ça suffit, jeune fille ! Vos affaires de famille ne me regardent pas. Vous manquez de dignité à venir pleurer ici après ce que les vôtres ont fait.
Je me sens prête à m'effondrer sur les graviers du sentier, quand une silhouette s'extrait de l'ombre de la galerie.
— Laissez-la tranquille... dit une voix calme, autoritaire.
Je ne le connais pas personnellement, mais j'ai cru comprendre que c'était l'assistant et le maître d'hôtel personnel du Duc. C’est un homme dont la discrétion n’a d’égale que son efficacité. Dame Marie pivote sur ses talons, ses pas claquant sur le sol de pierre comme des coups de feu. Elle semble vouloir protester, mais le regard de l'homme la fait taire.
— Suivez-moi, Mademoiselle. La prochaine fois, prenez rendez-vous avant le coucher du soleil, ajoute-t-il d'un ton neutre qui me semble être la plus grande des charités en cet instant.
Je m'incline, le cœur battant à tout rompre, et je sèche fébrilement mes larmes avec mes poignets avant de lui emboîter le pas. Le trajet dans les couloirs du château me semble durer une éternité. Chaque tableau sur les murs, chaque statue de marbre semble me juger. Nous arrivons enfin devant une immense double porte en chêne sculpté. Le maître d'hôtel frappe, reçoit l'autorisation d'entrer, puis s'efface pour me laisser passer. Le clic de la serrure derrière moi sonne comme le verrou d'une cage qui se referme.
Le bureau est plongé dans une pénombre seulement dissipée par quelques bougies et la lueur mourante du crépuscule. Devant moi, le Duc est assis derrière son bureau massif. Un verre de vin à la main, il semble attendre, son visage plongé dans une impassibilité effrayante.
Je m'incline, si bas que j'ai l'impression que je ne pourrai jamais me relever.
— Bonsoir, Duc... murmuré-je.
Le silence qui suit est pesant, suffocant. Je sens ses yeux parcourir mon corps, me déshabiller littéralement de toute défense. Un frisson violent me parcourt l'échine ; l'intensité de son regard est une brûlure froide. Ferdinand est vêtu d'une chemise blanche de soie fine, à moitié déboutonnée, laissant entrevoir la lueur d'une fine chaîne en or sur son torse athlétique et sombre. Son pantalon sombre, parfaitement coupé, souligne sa stature imposante. Ses cheveux noirs, d'ordinaire si soignés, sont légèrement ébouriffés, ce qui lui donne un air sauvage, presque prédateur. Ses yeux gris, perçants comme des lames d'acier, me fixent avec une faim qui me trouble jusqu'à la moelle.
Il se lève lentement, avec une économie de mouvement qui trahit une maîtrise totale de lui-même. Il contourne son bureau et se dirige vers moi. Sa démarche est féline, gracieuse, et pourtant, elle dégage une aura de puissance brute qui me fait reculer instinctivement de quelques millimètres. Il s'arrête à une distance indécente, son souffle chaud caressant mon front.
— Eilish... murmure-t-il.
Sa voix, grave et sensuelle, résonne dans la pièce comme le grondement lointain de l'orage.
— Que me vaut l'honneur de ta visite ? Te rends-tu enfin compte que tu n'as nulle part d'autre où aller ?
Il s'approche encore, son corps frôlant presque le mien. Je peux sentir la chaleur qui émane de lui, l'odeur du vin cher et d'un parfum boisé. Mon cœur bat la chamade, tambourinant contre mes côtes comme un oiseau pris au piège
Sa question, d'une dureté tranchante, est une menace à peine voilée. Sa main quitte mon ventre pour se glisser entre mes cuisses, la chaleur de sa paume brûlant à travers ma chair. Instinctivement, mes jambes se contractent, se serrant l'une contre l'autre dans un geste de défense désespéré. __ Voilà plus de cinq heures que mes désirs sont en suspens, et maintenant, tu oses te refuser à moi, Eilish ? Sa voix, murmurée à mon oreille, est un mélange troublant de reproche et d'une sensualité brutale. __ Je ne suis pas une putain ! Mon exclamation, bien que pleine de rage, manque de la conviction que je souhaiterais y entendre. __ Pourtant, tes actions aujourd'hui m'ont démontré le contraire, n'est-ce pas ? Au moment où il prononce ces mots, sa main se fraie un chemin entre mes lèvres intimes, la chaleur humide de mon désir involontaire rencontrant ses doigts impatients. Je n'ai aucun souvenir d'avoir relâché la tension de mes cuisses, pourtant… __ Lâchez-moi Duc ! Ma su
__ Ma courtisane… Le murmure du Duc vibre contre mon cou, une intonation rauque et dangereuse qui fait frissonner chaque parcelle de mon épiderme. Son visage s'enfouit dans la nuque, et une onde de chaleur mêlée d'appréhension me submerge lorsque ses lèvres brûlantes se posent sur ma peau, la mordillant avec une lenteur délibérée. Mon dos est à présent plaqué contre la rigidité de son corps musclé, et une sensation troublante, la dureté de son membre pressant le creux de mes reins, me fige. Mes yeux, exorbités de surprise et d'une angoisse naissante, fixent les étagères devant lesquelles je me retrouve captive, l'emprise de ses bras puissants ne me laissant aucune échappatoire. __ Non… pas de suçon ! Ma voix, habituellement assurée, tremble sous l'effet de sa proximité, du trouble qu'il insinue en moi. Cet homme est un brasier, et je suis une imprudente qui s'amuse dangereusement avec les flammes. Un cri étranglé s'échappe de ma gorge lorsque je sens ses dents acérées s'enfoncer d
Ma main n'étant plus prisonnière de la sienne, je recule instinctivement, mais me heurte à quelque chose de dur derrière moi. Je me raidie.. _ Christopher…Vibre la voix du Duc, rauque et menaçante, juste derrière mon oreille. Une onde de terreur me parcourt l'échine. Mon corps se retrouve involontairement plaqué contre le sien, sa présence imposante et suffocante m'enserre comme une étreinte mortelle. Un réflexe de survie me pousse à faire un bond sur le côté, le cœur battant la chamade, tel un oiseau pris au piège. Cet homme est une ombre omniprésente dans ma vie, et sa proximité immédiate provoque en moi un malaise profond, une colère lancinante.Je baisse la tête, mes yeux rivés sur le sol, et murmure une excuse indistincte, cherchant à m'éclipser de sa présence oppressante. Instinctivement, je prends le chemin opposé, celui menant à la bibliothèque, le seul sanctuaire de cet enfer où je parvenais encore à respirer, à me sentir, ne serait-ce qu'un instant, dans mon propre espac
__ Cousin La voix, maintenant derrière moi, me cloue sur place. Je garde la tête baissée, les yeux rivés sur mes pieds, et mes doigts crispent un pan de ma robe. Mes mains tremblent, mon cœur tambourine sauvagement dans ma poitrine. Le diable. Celui qui me piétine et me mutile à sa guise. Sa présence seule suffit à m'emplir d'une terreur froide. __ Je vais... ne... ne... nettoyer. Sans relever la tête, je m'éloigne à pas rapides, presque frénétiques. Il est à quelques pas de la porte menant au couloir, à la sortie. Il reste immobile, et je sens son regard peser sur moi, un regard que je me refuse à croiser. Prudentement, je passe près de lui et quitte la pièce, aspirant une bouffée d'air frais.Mon souffle se coupe lorsque je croise Thierry dans le grand hall d'entrée, au pied de l'escalier monumental qui s'élève majestueusement vers les étages supérieurs. Ses murs sont ornés de tapisseries sombres représentant des scènes de chasse complexes et de portraits austères aux regards per
_Que faites-vous, Mademoiselle ? Dépêchez-vous ! La voix aiguë de Dame Marie me ramène à la réalité. J'hoche la tête et m'exécute. Arrivée devant la grande porte à double battant de l'antre du diable, des souvenirs que j'aurais voulu oublier refont surface le soir où j'ai perdu ma virginité avec le Duc.Je secoue la tête pour me ressaisir. La porte est grande ouverte. Je pénètre dans l'immense bureau. La première chose qui attire mon regard est un homme de dos, absorbé par l'examen des étiquettes de vin sur une imposante étagère en bois sombre qui s'étend du sol au plafond. Des bouteilles de toutes formes et couleurs y sont alignées, certaines poussiéreuses, d'autres étincelantes sous la lumière des chandeliers. Il a une chevelure châtain foncé, une carrure large, et porte un costume noir impeccable. Il respire la richesse et le pouvoir à des kilomètres. Je toque doucement à la porte, tenant les verres d'une main sur un plateau pour avoir son accord avant de pénétrer dans son espace
__Embrasse-moi ! Un ordre direct, sans appel. Après un dernier regard paniqué vers la porte close, j'arquai le dos, le désespoir me donnant une force inattendue. J'enroulai mes bras tremblants autour de son cou puissant, mes jambes s'accrochant à sa taille, puis plaquai mes lèvres tremblantes sur les siennes, des lèvres charnues que je haïssais et désirais à la fois. Il ne fit rien, resta immobile, ne répondant pas à mon baiser forcé. Je mordis doucement sa lèvre inférieure, la suçotant brièvement, avant de m'écarter et de déposer un baiser rapide sur le coin de ses lèvres froides, puis un autre sur son nez parfait d'aristocrate. Finalement, je me retirai complètement, me laissant retomber sur le dos, épuisée.__ Non… vas-t'en ! ordonna-t-il d'une voix calme et détachée à son serviteur. Un souffle de soulagement quitta mes lèvres tremblantes, suivi d'un sanglot étouffé de pure détresse.__ Cela t'est-il si triste d'être vue avec moi. Ce n'était pas une question qu'il me posait, mai
Assise sur le bord de mon lit, je reste immobile, le regard perdu vers le plafond décrépit de ma chambre. Le silence de la maison est seulement brisé par le bruit de mes larmes qui s'écrasent sur mes mains jointes. L'échéance est là. Demain soir, l'homme au sourire lubrique reviendra, et nous n'aur
Je jette un coup d'œil furtif, presque malgré moi, vers le balcon de marbre de l'étage supérieur. Dame Marie nous a annoncé ce matin, avec son ton pincé habituel, que le Grand Duc Ferdinand était parti pour la capitale de l'empire et qu'il ne reviendrait pas avant plusieurs jours. Cette nouvelle a
EilishJe reste étendue dans mon lit, les yeux obstinément fixés sur les lattes de bois du plafond. Ma respiration est courte, saccadée, comme si l'air de la chambre était devenu trop rare. Le souvenir du baiser du Duc, ce mélange de douceur feinte et de brutalité souveraine, me hante sans relâche
Eilish— Je... je suis désolée, Monseigneur, murmuré-je, ma voix n’étant plus qu'un souffle inaudible dans l'immensité de la salle à manger.Mes doigts crispés sur la serviette tremblaient encore. Je n'osais pas relever la tête, terrifiée par l'ampleur de ma maladresse, mais surtout par la proxim







