LOGINGifford Vance se tient devant la baie vitrée qui va du sol au plafond de l’appartement-terrasse, dans sa tour de verre, tandis que l’horizon détrempé de Boston se brouille en un gris froid et métallique sous ses yeux. Dans sa main, un verre de cristal rempli de scotch reste intact, la glace fondant lentement dans le liquide ambré. Jane Snow n’est plus. La réalité clinique et brutale de sa mort a été estampillée sur un rapport du médecin légiste, une vérité absolue et immuable qui lui lacère la poitrine. Pourtant, son esprit refuse de s’attarder sur le deuil ; à la place, il se change en un ressentiment vicieux et brûlant.Pourquoi Yvonne Lind s’en sortirait-elle indemne ? Elle est l’architecte de cette misère. Elle n’a passé que quelques petites semaines dans un centre de détention, une infime fraction des souffrances qu’a endurées Jane, et voilà qu’elle s’attend à retrouver sa vie tranquille et indépendante comme si elle avait les mains entièrement propres.Les jointures de Gifford b
« Je t’ai promis que je porterais cet enfant, Williams, et je tiens parole. Le bébé naîtra en sécurité. »Yvonne parle avec une distance calme et professionnelle. Bien que l’absurdité même de la façon dont elle a conçu cet enfant lui glace encore le sang, elle n’a aucune intention de jouer double jeu ni de revenir sur leur accord.Cependant, sa promesse ne signifie pas qu’elle souhaite la moindre proximité inutile avec Williams Vance.Les paroles cruelles de Gifford, tout à l’heure, résonnent encore dans son esprit et, franchement, elle n’a pas besoin que Gifford lui rappelle qui est Williams à présent.Williams n’est plus le garçon rebelle et impulsif qui lui faisait autrefois des farces sarcastiques. Il est le fondateur de V&L Capital, une entité redoutable dont le nom fait régulièrement la une de la presse financière mondiale. Avec sa fortune colossale et ses traits saisissants, aussi tranchants qu’une lame, les femmes de la haute société se je
Il est impossible de dire depuis combien de temps Williams se tient dehors, dans le froid. Mais un simple coup d’œil au pavé de brique sous ses bottes révèle une demi-douzaine de mégots jetés, dont les braises rougeoient faiblement, comme de minuscules étoiles mourantes dans l’obscurité de Boston.Il a fumé presque la moitié d’un paquet.Peut-être a-t-il entendu le déclic de la lourde porte en chêne, ou peut-être est-ce un instinct soudain, silencieux.Williams se retourne lentement. La lumière de la lune d’automne tombe en taches dures et déchiquetées sur l’arête de son nez et sur les lignes nettes, comme tannées, de sa mâchoire.Ils se tiennent à quelques pas l’un de l’autre, les yeux dans les yeux. Ni l’un ni l’autre ne parle, et pourtant le silence entre eux paraît aussi immense et infranchissable que l’océan Atlantique.Finalement, c’est Williams qui rompt la tension. Il fait un pas lourd en avant, la voix rauque et éraillée par le froid. « Pourquoi as-tu caché ça à mon frère, to
À l'instant où la porte claque et où le lourd silence du brownstone retombe, Yvonne laisse enfin échapper le souffle qu'elle retenait. Elle presse le bout de ses doigts contre ses tempes, massant la douleur sourde qui pulse sous sa peau. Elle se retourne et attrape son téléphone. Le sommeil que réclame son corps devra attendre. Elle est officiellement une femme libre, et il est temps de remettre sa vie en ordre. Deux mois passés enfermée dans une cellule de détention ont sans nul doute ravagé ses dossiers en cours au cabinet. De plus, dans la profession juridique, même une accusation de meurtre entièrement réfutée laisse une tache indélébile. Si un cabinet rival venait à en entendre parler, il n'hésiterait pas à s'en servir pour traîner Evercore Legal Partners dans la boue. Le temps qu'Yvonne compose le numéro de son associé gérant, elle s'est déjà préparée au discours de licenciement qui l'attend. « Allô ? Clarence, c'est Yvonne Lind. » À sa grande surprise, la voix à l'aut
« Je t'ai gâché la vie ? » Yvonne le dévisage, la voix chargée d'une incrédulité pure et sans mélange. Elle vient enfin de mesurer à quel point les accusations de Gifford sont dénuées de fondement. « Évidemment ! » rugit Gifford, les yeux exorbités, la colère débordant de tout son être. « Si tu n'avais pas insisté pour m'épouser il y a trois ans, Jane n'aurait jamais pris des risques aussi désespérés et aussi tragiques pour me reconquérir ! Nous serions mariés à l'heure qu'il est. Nous aurions fondé une belle et heureuse famille ! » Le rire d'Yvonne est froid et tranchant. « Je voulais t'épouser, Gifford. Mais pourquoi n'as-tu pas dit non ? » Gifford se raidit, le visage soudain pâle. « Tu sais très bien pourquoi ! À cause de Grand-père... » « Peu importe la raison », le coupe Yvonne, sa voix frappant comme un marteau sur l'acier. « Tu n'as pas refusé ce mariage. Tu t'es tenu devant cet autel. Tu m'as passé la bague au doigt. C'était ton choix, Gifford, et tu dois en ass
« À genoux, Gifford ! Supplie Yvonne de te pardonner, tout de suite ! » Florence Vance fusille du regard son fils aîné, les yeux étincelants d'un mélange de déception amère et de fureur absolue. « Tu t'es déjà demandé pourquoi, Gifford ? Pourquoi tu peux te consacrer entièrement à ta carrière depuis trois ans, sans la moindre distraction domestique ? Parce qu'Yvonne s'occupe de tout ! Elle prend si bien soin de ton père et de moi que tu n'as jamais à t'en soucier. Au début de cette année, quand ton père a subi une opération du cœur en urgence à Boston… c'est Yvonne qui a mis sa propre carrière au cabinet d'avocats entre parenthèses. Elle a pris l'avion pour Boston et elle est restée à son chevet, sans dormir, pendant une semaine entière ! » La poitrine de Florence se soulève tandis qu'elle s'approche de lui. « C'est ton devoir de fils. Mais Yvonne nous a suppliés de ne rien te dire ! Elle disait que tu gérais une fusion de plusieurs millions de dollars, et elle ne voulait pas te







