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Chapitre 105 : La main de Lancret

Author: Déesse
last update publish date: 2026-09-30 08:43:04

Isadora

Le cinquième bloc est le plus court, et c'est celui pour lequel Étienne avait attendu huit semaines. Je comprends pourquoi en le lisant.

Qui l'empoisonna. Je l'écris ici comme elle me le dicta, et comme mes soupçons me le portent, et je prie ceux qui liront de faire la part entre ce qu'elle savait et ce que je crois.

Ce qu'elle savait : que la mort venait de sa table, d'une main proche, payée par une maison qui voulait ses clos. Ce qu'elle savait e
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    Isadora Deux mois. Il faut que je l'écrive simplement, parce que la simplicité est la vérité : deux mois ont passé. Février est arrivé sans que je m'en aperçoive, on ne voit pas passer les mois, dans cette vie nouvelle, on voit passer les chiffres. Vingt-deux minutes de course continue. Quatre kilos de fonte dans chaque main. Quarante tours de cour. Le carnet noir s'est rempli de mesures, de marges recopiées, de lettres dictées pour Beaune, de rapports du notaire de Lyon que je lis et que je rends. Le carnet bordeaux, lui, s'est rempli d'autre chose : de ce que je dois devenir, ligne après ligne, semaine après semaine, la colonne qui s'allonge comme une plante enfin arrosée. Et ce matin, un lundi de février, six heures, la cour sous la gelée blanche, ce matin arrive la chose que je n'attendais plus, parce que j'avais appris à ne plus l'attendre : La balance. Je l'avais refusée, en décembre. J'

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    IsadoraAlexandre remonte à dix-huit heures. Il me trouve exactement où il m'a laissée, le cahier fermé devant moi, le carnet noir ouvert à côté, et quatre heures de lecture dans les yeux.Il ne demande pas ce que je pense. Il me connaît. Il demande :— Tu as tout lu.— Tout.— Alors tu as lu la dernière page.— Non, dis-je. Je me suis arrêtée au nom. La dernière page, j'ai décidé de la lire avec toi.Il s'assied en face de moi. J'ouvre le cahier à la dernière page, et la dernière page est différente des autres : l'écriture y est celle du copiste de 1320, plus jeune, plus nerveuse, et elle dit ceci :Mon père, avant de mourir, me chargea d'écrire encore ceci, qu'il tenait de la bouche de son père, lequel le tenait de la mourante elle-même : que la formule dont elle fut tuée ne fut point perdue. Qu'elle la possédait entière, les plantes, les doses, les délais, et le contrepoison qui les défait, et qu'el

  • ISADORA , LE RÉVEIL D'UNE REINE    Chapitre 105 : La main de Lancret

    IsadoraLe cinquième bloc est le plus court, et c'est celui pour lequel Étienne avait attendu huit semaines. Je comprends pourquoi en le lisant.Qui l'empoisonna. Je l'écris ici comme elle me le dicta, et comme mes soupçons me le portent, et je prie ceux qui liront de faire la part entre ce qu'elle savait et ce que je crois.Ce qu'elle savait : que la mort venait de sa table, d'une main proche, payée par une maison qui voulait ses clos. Ce qu'elle savait encore : que trois semaines avant la première soif, une proposition lui avait été faite, par messagers, très honorable en apparence, le mariage de sa fille, alors âgée de dix-neuf ans, avec le fils d'une grande maison de la côte, moyennant quoi les clos entreraient en dot dans cette maison. Elle avait refusé. Elle dit : ils demandent en mariage ce qu'ils prendront en héritage, et en héritage ce qu'ils ne peuvent prendre autrement que sur mon corps.Puis le bloc donne la maison. Et c'est

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    IsadoraLe quatrième bloc du cahier, je ne l'oublierai jamais, parce que c'est celui où l'écriture du premier Vasseur, copiée, mais on sent la main d'origine derrière, on sent le tremblement à travers cent trente ans de transmission, devient plus lente, plus espacée, comme si les mots eux-mêmes coûtaient :Elle mourut en l'an 1289, au mois de juin, âgée de trente-huit ans. Non de fièvre. Non de chute. De poison.Trente-huit ans. Mon âge, l'an prochain. J'ai trente-sept ans. La première de nous est morte à l'âge où j'arrive.Le cahier ne fait pas de littérature. Il fait de la médecine légale avant la lettre, et c'est là que la main d'apothicaire se voit le plus, c'est là que je comprends que le premier Vasseur a écrit cela non en amoureux, non en poète, mais en homme qui voulait que la preuve survive :Elle dépérit en un mois. D'abord la soif, qui ne s'éteignait point. Puis les mains qui tremblaient au moment de verser, elle qui

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