LOGIN— Tu as gagné, dit-il simplement. Tu as gagné contre tout. Contre Éric, contre Louisette, contre tes propres démons. Tu as gagné parce que tu n’as jamais renoncé. Parce que tu as cru en toi, même quand personne d’autre ne croyait en toi.— Grâce à toi, murmura-t-elle. Grâce à Esther. Grâce à maman. Sans vous, je n’y serais jamais arrivée.— Nous t’avons aidée, c’est vrai. Mais le mérite te revient. C’est toi qui t’es relevée. C’est toi qui as choisi de vivre, d’aimer, d’être heureuse. C’est toi qui as vaincu.Espoir, fatigué de courir après les papillons, revint vers ses parents en trottinant. Il tenait dans sa main une fleur qu’il avait cueillie dans le parterre de roses – une rose blanche, à peine éclose, qu’il tendit fièrement à sa mère.— Tiens, maman. C’est pour toi.Nina prit la fleur, la respira, les larmes aux yeux.— Merci, mon ange. Elle est magnifique.— C’est la plus belle de tout le jardin, dit Espoir gravement. Comme toi.Ghislain éclata de rire, et Nina l’imita, touchée
Esther but une gorgée de thé, les yeux perdus dans les flammes.— Tu sais ce que j’admire le plus chez toi ? dit-elle. Cette lucidité que tu as acquise au fil des épreuves. Tu sais exactement ce que tu veux, ce que tu ne veux plus. Et tu ne transiges pas.— J’ai trop transigé autrefois. Aujourd’hui, je sais dire non. Je sais me protéger. Je sais préserver ce que j’ai construit.— Et Louisette ?— Louisette est un souvenir. Une vieille photo qui jaunit au fond d’un tiroir. Elle n’a plus aucun pouvoir sur moi. Elle est libre de vivre sa vie, et moi la mienne. Nos routes se sont séparées, et elles ne se croiseront plus.Le silence retomba dans le salon, confortable et apaisant. Dehors, la neige continuait de tomber, recouvrant le jardin d’un manteau blanc. Dans la chambre voisine, Espoir s’était réveillé et babillait joyeusement dans son lit. Nina se leva, alla le chercher, le ramena dans le salon où il grimpa sur les genoux de sa marraine.— Regarde, dit Esther en lui montrant les floco
Ghislain rentra dans la maison, Espoir dans les bras. L’enfant avait les joues rougies par le vent et les cheveux pleins de feuilles mortes.— Alors, ma chérie ? demanda-t-il doucement. Tu vas bien ?— Oui, répondit Nina en se tournant vers lui. Je vais bien. Vraiment bien.— Tu as répondu à la lettre ?— Non. Je ne répondrai pas.Ghislain hocha la tête, comprenant sans qu’elle ait besoin de s’expliquer.— Tu as bien fait, dit-il simplement. Le silence est parfois la plus belle des réponses.— Ce n’est pas un silence de colère, précisa Nina. Ni de rancune. C’est un silence de paix. La paix que j’ai trouvée, que j’ai construite, et que je ne veux plus jamais perdre. Louisette a fait son chemin, j’ai fait le mien. Nos routes se sont croisées, puis séparées. Il n’y a pas de retour en arrière possible.— Elle comprendra, dit Ghislain. Si elle a vraiment changé, comme elle le dit, elle comprendra.— Je crois qu’elle a changé, murmura Nina. Vraiment changé. Sa lettre est sincère, je le sens
Je ne te demande pas de me pardonner. Tu l’as déjà fait, il y a des années, dans ce square où nous nous sommes vues pour la dernière fois. « Je te pardonne, mais je t’oublie », m’as-tu dit. Ces mots m’ont hantée pendant des mois. Aujourd’hui, je les comprends. Le pardon, ce n’est pas l’oubli. Ce n’est pas la réconciliation. C’est la paix. Celle que tu m’as offerte ce jour-là, et que je n’ai pas su accepter.Aujourd’hui, j’aimerais te dire que je suis désolée. Du fond du cœur, sincèrement, profondément désolée. Pour tout ce que je t’ai fait. Pour chaque larme que tu as versée. Pour chaque souffrance que je t’ai infligée. Pour chaque année de bonheur que je t’ai volée. »Nina sentit les larmes couler sur ses joues, mais elle ne les essuya pas. Elle continua de lire.« Maman m’a écrit, tu sais. Elle m’a pardonné, elle aussi. Elle m’envoie des lettres chaque mois, avec des photos d’Espoir, de toi, de Ghislain. Je les garde précieusement, dans une boîte en fer, sous mon lit. Elles sont mon
Ce fut par un matin d’automne, cinq ans après la naissance d’Espoir, que la lettre arriva. Le facteur la glissa dans la boîte aux lettres de la maison, parmi les factures et les magazines, sans se douter qu’il tenait entre ses mains le dernier CHAPITRE d’une histoire qui avait commencé bien des années plus tôt.Nina était assise dans le jardin, sous le vieux tilleul, une tasse de café à la main, tandis qu’Espoir jouait sur la pelouse avec son père. C’était un samedi, et la maison respirait le calme et la paix. Ghislain avait pris son week-end, comme il le faisait chaque fois qu’il le pouvait, et ils avaient prévu une promenade en forêt dans l’après-midi.Elle ouvrit la boîte aux lettres d’un geste machinal, et son regard tomba sur l’enveloppe. Une enveloppe beige, ordinaire, avec son nom et son adresse écrits d’une écriture qu’elle n’avait pas vue depuis des années mais qu’elle reconnut immédiatement. L’écriture de Louisette. Elle la tenait entre ses mains, figée, incapable de bouger.
Un soir d’été, alors qu’ils étaient assis tous les trois dans le jardin, sous le vieux tilleul, Nina regarda Ghislain qui apprenait à Espoir à reconnaître les constellations. L’enfant, âgé de quatre ans maintenant, pointait le doigt vers le ciel en posant des questions à n’en plus finir. « Et celle-là, papa, c’est quoi ? Et celle-là, elle s’appelle comment ? » Ghislain répondait, patient, amusé, émerveillé par la curiosité insatiable de son fils.— Tu sais quoi ? dit soudain Nina.— Quoi ? demanda Ghislain en se tournant vers elle.— Je crois que je n’ai jamais été aussi heureuse. Vraiment heureuse. D’un bonheur simple, tranquille, qui ne demande rien d’autre que ce que nous avons déjà.— Moi non plus, répondit Ghislain en souriant. Chaque jour, je me dis que je ne pourrais pas être plus heureux que la veille. Et chaque jour, je me trompe.— C’est drôle, reprit Nina. Il y a quelques années, je ne savais même pas ce qu’était le bonheur. Je le confondais avec l’absence de souffrance. Po







