LOGIN— Espoir, poursuivit Ghislain, parce que nous voulons que notre fils sache, toute sa vie, que rien n’est jamais perdu. Que même dans les moments les plus sombres, il y a toujours une lumière au bout du chemin. Qu’il suffit de croire, d’aimer, d’espérer, pour que l’impossible devienne possible.L’officier hocha la tête, visiblement ému.— C’est un très beau message, dit-il simplement. Votre fils aura de la chance de grandir avec des parents comme vous.Quand il fut parti, Nina prit le bébé dans ses bras et le regarda longuement. Il dormait toujours, paisiblement, ses petits poings serrés contre sa poitrine. Elle effleura son front du bout des doigts, déposa un baiser léger sur ses cheveux.— Espoir, murmura-t-elle. Mon petit Espoir. Tu ne sais pas encore tout ce que ce prénom signifie. Tu ne sais pas d’où je viens, ce que j’ai traversé, ce que j’ai souffert. Mais un jour, je te raconterai. Je te raconterai l’histoire de ta mère, de ton père, de tous ceux qui nous ont aidés à être là au
Et puis, dans un dernier cri, le bébé était arrivé.Le silence qui suivit fut le plus beau que Nina ait jamais entendu. Un silence plein, chargé d’attente et de promesses, que seul le crépitement de la pluie contre les vitres osait troubler. Puis un petit cri s’éleva, fragile et puissant à la fois, et Nina fondit en larmes.— C’est un garçon, annonça la sage-femme en posant le nouveau-né sur la poitrine de Nina.Elle le regarda, ce petit être fripé qui gigotait contre elle, et elle eut l’impression que le monde entier s’arrêtait de tourner. Il était si petit, si fragile, si parfait. Ses doigts minuscules, ses yeux encore fermés, sa bouche qui cherchait déjà le sein. Il était la vie, la vie dans ce qu’elle avait de plus pur, de plus beau, de plus miraculeux.Ghislain s’était approché, le souffle court, les yeux humides. Il regardait son fils, et il ne pouvait pas parler. Lui, l’homme éloquent, le diplomate habile, le fils du président qui avait toujours su trouver les mots justes, rest
Esther, qui écoutait en silence, leva sa tasse comme pour porter un toast.— À vous deux, dit-elle. Au chemin parcouru, aux épreuves traversées, aux victoires remportées. À votre amour, qui est un exemple pour nous tous. Et à tous les anniversaires de mariage que vous célébrerez ensemble.— À nous, dit Nina en levant sa tasse à son tour.— À nous, répéta Ghislain.Les tasses s’entrechoquèrent, et un éclat de rire s’éleva dans la petite cafétéria. Marthe, derrière son comptoir, essuya discrètement une larme. Elle en avait vu, des couples, défiler dans son établissement. Mais aucun ne l’avait touchée comme celui-ci. Peut-être parce qu’elle avait été témoin de leur histoire depuis le début. Peut-être parce qu’elle savait tout ce qu’ils avaient traversé avant d’en arriver là.— J’ai quelque chose pour toi, dit Ghislain en sortant un petit paquet de sa poche.— Qu’est-ce que c’est ? demanda Nina, surprise.— Ouvre.Elle défit le papier avec précaution, et découvrit un livre. Un recueil de
Ce fut par une matinée de juin, douce et ensoleillée, que Ghislain mit son plan à exécution. Il y avait un an, jour pour jour, que Nina et lui s’étaient dit oui dans la petite chapelle romane entourée de champs de lavande. Un an de bonheur, de rires, de petits miracles quotidiens. Un an de vie commune, de défis relevés ensemble, de joies partagées. Ghislain voulait marquer le coup, et il savait exactement comment s’y prendre.— Où m’emmènes-tu ? demanda Nina, les yeux bandés par un foulard de soie, tandis que la voiture roulait doucement dans les rues de la ville.— C’est une surprise. Tu verras bien.— J’espère que ce n’est pas un saut en parachute. Je ne suis pas habillée pour.— Non, ce n’est pas un saut en parachute. C’est beaucoup plus dangereux.— Plus dangereux que sauter d’un avion ? Qu’est-ce que ça peut bien être ?— Une cafétéria.Nina éclata de rire, mais son rire s’étrangla dans sa gorge quand la voiture s’arrêta et que Ghislain lui retira son bandeau. Elle reconnut imméd
— C’est vrai, admit Esther. J’ai été exigeante. Et regardez ce que j’ai obtenu. Un botaniste fou qui parle à ses plantes et qui collectionne les mousses.— Les mousses sont des organismes fascinants, se défendit Thomas avec un sérieux feint. Saviez-vous qu’il existe plus de douze mille espèces de mousses dans le monde ? Certaines peuvent survivre à des températures extrêmes, à la sécheresse, même aux radiations. Les mousses sont des survivantes.— Comme nous, dit doucement Nina. Comme nous tous.Il y eut un silence, chargé de tout ce qu’ils n’avaient pas besoin de dire. Chacun autour de cette table avait traversé des épreuves, des souffrances, des moments où tout semblait perdu. Et chacun, à sa manière, avait survécu. S’était relevé. Avait trouvé l’amour, ou l’avait retrouvé.Ghislain leva son verre, et tous l’imitèrent.— Je voudrais porter un toast, dit-il. Pas seulement à Esther et Thomas, qui vont bientôt s’unir, mais à nous tous. À ce que nous avons traversé, à ce que nous avons
Esther avait hoché la tête, incapable de parler. Elle qui avait toujours été forte pour les autres, qui avait toujours su trouver les mots pour consoler, encourager, réconforter, se trouvait soudain démunie face à son propre bonheur. Mais c’était un bonheur doux, paisible, qui ne demandait qu’à être accueilli. Et elle l’accueillit.Les mois passèrent, et l’histoire entre Esther et Thomas se consolida. Il emménagea dans son petit appartement, avec ses herbiers, ses microscopes, ses carnets de notes. Elle apprit à partager son espace, son temps, son quotidien. Ce n’était pas toujours facile – elle avait passé tant d’années seule qu’elle en avait oublié ce que c’était que de vivre à deux. Mais Thomas était patient, compréhensif, jamais envahissant. Il respectait ses silences, ses besoins de solitude, ses manies d’archiviste. Et il l’aimait. Vraiment. Pour ce qu’elle était, sans chercher à la changer.Un soir, alors qu’ils dînaient tous les quatre – Nina, Ghislain, Esther et Thomas – dans







