LOGINChapitre 6
Célestane
Je suis revenue. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que je n'ai pas dit tout ce que j'avais à dire. Peut-être parce que je refuse de partir comme une voleuse. Alors je suis là, de nouveau, face à ces visages qui me regardent comme une menace.
— Vous avez osé revenir.
La voix de mon père présumé est glaciale.
— Je ne suis pas partie parce que j'avais menti. Je suis partie parce que vous avez refusé de m'écouter.
— Nous vous avons écoutée. Et nous avons entendu des mensonges.
— Ce ne sont pas des mensonges. J'ai des papiers. Des preuves. Des dates qui correspondent. Pourquoi refusez-vous de regarder ?
— Parce que nous savons qui vous êtes.
C'est Éliana qui parle. Sa voix est douce, presque triste.
— Vous êtes une femme qui a préparé son coup. Une escroquerie. Vous avez vu une famille riche, un nom puissant, et vous avez décidé de vous inventer une histoire. C'est classique.
— Ce n'est pas une histoire. C'est ma vie.
— Votre vie ? Vous ne savez rien de notre vie. Vous ne savez rien de nous. Vous arrivez ici avec vos papiers, vos accusations, et vous voulez qu'on vous croie sur parole. Vous voulez profiter de notre nom. De notre argent. De notre position.
— Je ne veux pas votre argent.
— C'est ce qu'ils disent tous.
Mon père présumé s'avance.
— Vous pensez que nous sommes assez naïfs pour tomber dans ce piège ? Vous pensez que nous allons ouvrir nos bras à une inconnue qui prétend être notre fille ? Notre enfant est mort. Il y a vingt-deux ans. Nous avons fait notre deuil. Et vous, vous arrivez ici, comme une insulte à sa mémoire.
— Je ne suis pas une insulte. Je suis peut-être cet enfant.
— Vous n'êtes rien.
Ses mots me frappent en pleine poitrine. Je vacille. Mais je ne recule pas.
— Regardez les papiers. Regardez les dates. Regardez les noms. Tout correspond. Pourquoi refusez-vous de voir la vérité ?
— Parce que la vérité, c'est que vous êtes une menteuse.
C'est Éliana encore. Elle s'approche de moi, lentement, les mains tendues.
— Je comprends. Je comprends que vous ayez besoin d'une famille. Que vous ayez besoin d'appartenir à quelque chose. Mais vous ne pouvez pas vous inventer une vie. Vous ne pouvez pas voler la mienne.
— Je ne vole rien. Je cherche seulement à savoir qui je suis.
— Et vous pensez que c'est en détruisant notre famille que vous y parviendrez ?
— Je ne détruis rien. Je pose des questions.
— Vous posez des accusations. Vous salissez notre nom. Vous faites souffrir mes parents.
Ses yeux brillent. Des larmes montent. Elle les laisse couler, lentement, avec une grâce étudiée. Puis elle se tourne vers ses parents.
— Maman. Papa. Regardez ce qu'elle nous fait. Regardez ce qu'elle vous fait. Elle vous oblige à revivre la mort de votre enfant. Elle vous oblige à douter de moi. De nous. Elle est dangereuse.
Mon père présumé hoche la tête. Ma mère présumée se lève, les yeux humides.
— Partez, dit-elle d'une voix brisée. Partez et ne revenez plus. Vous avez fait assez de mal.
— Je n'ai fait aucun mal. Je cherche la vérité.
— La vérité, c'est que vous n'êtes pas notre fille. Et rien de ce que vous direz ne changera cela.
Je les regarde. Tous les trois. Leur froideur. Leur méfiance. Leur haine à peine voilée. Je comprends que rien ne les fera changer d'avis. Rien. Pas mes papiers. Pas mes preuves. Pas ma douleur.
Éliana s'approche encore. Elle prend ma main. Sa peau est douce, froide. Elle me regarde avec une tristesse parfaite.
— Je suis désolée. Vraiment. Je ne vous veux aucun mal. Mais vous devez partir. Pour votre bien. Et pour le nôtre.
Ce geste. Cette main tendue. Cette fausse gentillesse. C'est pire que les insultes. Pire que les cris. Pire que tout. Parce que je vois dans ses yeux la vérité. Elle ne me plaint pas. Elle me méprise. Elle me détruit avec le sourire.
Je retire ma main. Je recule d'un pas.
— Vous êtes douée.
Ma voix est basse, tremblante.
— Vous êtes vraiment douée. Vous jouez la victime à la perfection. Vous pleurez au bon moment. Vous dites les mots qu'il faut. Et eux, ils vous croient. Parce que vous êtes belle. Parce que vous êtes élégante. Parce que vous êtes des leurs.
— Je ne joue pas. Je suis sincère.
— Non. Vous avez peur. Je le vois. Vous avez peur que je dise la vérité. Parce que si je dis la vérité, alors vous n'êtes plus rien. Vous n'êtes plus Éliana Valmont. Vous n'êtes plus leur fille. Vous n'êtes plus personne.
Son visage se fige. Une seconde. Une fraction de seconde. Mais je l'ai vue. La peur. La vraie. Celle qui ne se joue pas.
Puis elle se reprend. Elle baisse les yeux. Elle serre les poings.
— Vous êtes cruelle. Vous êtes une menteuse et une cruelle.
— Non. Je suis celle que vous avez volée.
Mon père présumé s'interpose. Il me prend par le bras, fermement.
— Ça suffit. Sortez. Maintenant.
Il me pousse vers la porte. Je résiste. Je me retourne. Je regarde Éliana une dernière fois.
— Vous pouvez me rejeter. Vous pouvez me traiter de menteuse. Mais un jour, la vérité éclatera. Et ce jour-là, vous ne pourrez plus vous cacher derrière vos larmes.
Elle ne répond pas. Elle détourne le regard. Mais je vois ses mains trembler.
Chapitre 45AdrienLa soirée continue. Les rires. Les conversations. Les alliances. Les mensonges. Je reste près de Célestane. Je la surveille. Du coin de l'œil. Je la vois sourire. Faire semblant. Jouer le jeu. Comme toujours.Et puis un homme s'approche. Grand. Élégant. Arrogant. Je le connais. Un invité. Un homme d'affaires. Un homme qui se croit tout permis. Il s'arrête devant Célestane. Il la regarde. Un sourire mauvais aux lèvres.— Célestane. La femme qui prétend être une Valmont. La femme qui a construit un empire sur des mensonges.— Vous avez quelque chose à dire ?Sa voix est calme. Froide. Elle ne se laisse pas atteindre.— J'ai entendu dire que vous aviez été accusée de fraude. De manipulation.
Chapitre 44CélestaneLe gala est prestigieux. Un des plus grands de l'année. Toutes les familles les plus puissantes sont réunies. Les Valmont. Les Delacroix. Les Montclair. Les Devereux. Tous. Et moi. Célestane. La femme qui vient de nulle part. La femme qui a construit un empire. La femme qui ose se tenir parmi eux.Je suis aux côtés d'Adrien. Il m'a proposé de l'accompagner. J'ai accepté. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que j'ai besoin de lui. Peut-être parce que je veux montrer que je ne suis pas seule. Peut-être parce que quelque chose a changé entre nous.Nous entrons. Ensemble. Tous les regards se tournent vers nous. Des murmures. Des chuchotements. Des sourires en coin. Certains nous regardent avec curiosité. D'autres avec jalousie. D'autres avec mépris. Je les ignore. Je garde la têt
Chapitre 43CélestaneLa réception est privée. Un salon luxueux. Des visages que je connais. Des visages qui me méprisent. Des visages qui me jugent. Je suis venue avec Adrien. Pour une réunion. Pour parler d'alliances. Pour avancer. Mais je sens les regards. Les chuchotements. Les sourires en coin. Je les ignore. Je garde la tête haute. Le dos droit. Le visage fermé.Et puis il s'approche. Un jeune homme. Élégant. Arrogant. Un héritier. Un proche d'Adrien. Je ne connais pas son nom.— Célestane. C'est ça ?Sa voix est douce. Faussement polie. Je le regarde.— Oui.— On m'a beaucoup parlé de vous. La femme qui prétend être une Valmont. La femme qui a construit un empire. La femme qui vient de nulle part.
Chapitre 42AdrienJe commence à utiliser mes contacts. Mes relations. Mes réseaux. Je cherche. Je fouille. Toutes les personnes ayant travaillé autrefois auprès des Valmont. Les domestiques. Les secrétaires. Les jardiniers. Les chauffeurs. Les nounous. Tous. Je les retrouve. Je les interroge. Je les écoute.Et je découvre. Des incohérences. Des anomalies. Des trous. Des silences. Des noms qui reviennent. Des dates qui ne correspondent pas. Des documents qui ont été modifiés. Effacés. Détruits. Quelqu'un a travaillé pendant des années pour effacer certaines traces. Quelqu'un a tout organisé. Tout planifié.— Qui ?Je parle tout seul. Dans mon bureau. Je fixe les dossiers. Les notes. Les témoignages. Je cherche. Je cherche encore. Mais je ne trouve pa
Chapitre 41CélestaneJ'ai réfléchi. Plusieurs jours. Des nuits sans sommeil. Des heures à tourner en rond. Des pensées qui se bousculent. Adrien. L'alliance. La vérité. La confiance. La peur. Tout se mélange. Tout me terrifie.Je le convoque. Dans mon bureau. Il arrive. Ponctuel. Calme. Serein. Il me regarde. Ses yeux sont doux. Patients. Il attend. Il ne dit rien. Il me laisse parler.— J'ai réfléchi.— Je vous écoute.— J'accepte votre alliance.Il ne sourit pas. Il ne triomphe pas. Il hoche simplement la tête.— Mais à une condition.— Laquelle ?— Vous ne prendrez jamais de décision concernant mon héritage sans mon accord. Jamais. Peu
Chapitre 40CélestaneLe matin se lève. La lumière entre par la fenêtre. Je suis encore assise. Les documents s'étalent devant moi. Adrien est là. À côté. Il n'est pas parti. Il est resté. Toute la nuit.— Regardez.Sa voix me tire de mes pensées. Il tient une page. Une nouvelle pièce. Un document que nous n'avions pas vu. Je m'approche. Je lis. Mon cœur s'accélère.— C'est une preuve. Une vraie preuve. Ça pourrait nous rapprocher de la vérité.— Oui.Il me regarde. Ses yeux sont fatigués. Mais brillants. Il sourit. Un sourire doux. Un sourire que je ne lui connaissais pas. Et soudain, je réalise. Nous sommes trop proches. Beaucoup trop proches. Nos épaules se touchent. Nos mains







