LOGINJEANNE
Il y a un mois
« Tu es une merde pathétique et lâche, et je déteste d’avoir jamais cru un mot de ce que tu disais. Tu ne me mérites pas, et tu ne mérites certainement pas une seconde de plus de mon temps. Va trouver la femme tordue que tu juges pas “trop indépendante”, parce que j’en ai fini d’être l’idiote qui t’aimait, espèce de salaud. »
Moi un peu pompette n’était généralement pas moi la plus charmante.
Tout le bar s’est tu, mais je m’en fichais. Ça faisait déjà assez mal que mon petit ami m’ait quittée parce qu’il me trouvait trop indépendante. Je n’avais plus assez d’énergie pour le drame des autres.
« Encore, s’il vous plaît. » Je montre mon verre vide.
« Je ne pense pas que vous devriez en reprendre. » Les sourcils du barman se lèvent.
« Ne vous inquiétez pas, je peux gérer quelques verres— »
« Le prochain verre que vous lui servez devrait être de l’eau. »
Une voix grave s’élève à côté de moi. Je me tourne vers lui. Il a l’air soigné, comme ces acteurs qu’on voit à la télévision.
« Pardon ? » J’ai le hoquet. « Je ne vous connais pas, vous ne me connaissez pas, donc je suis assez sûre que vous n’avez pas votre mot à dire sur ce que je commande ni sur la quantité que je bois. »
Il tourne enfin pleinement la tête vers moi.
Et merde.
Il est magnifique.
Le genre de beauté qui vous fait oublier, un instant, ce que vous alliez dire.
Il porte un costume sombre, les manches relevées sur des avant-bras fermes. Ses cheveux sont presque aussi foncés que les miens, légèrement en désordre, comme s’il ne passait pas beaucoup de temps à les rendre parfaits.
Mais ce sont ses yeux qui me saisissent.
Bleus. Froids.
Assez intenses pour me donner l’impression qu’il me voit entièrement.
« Un autre verre comme ça va vous tomber dessus comme un camion, dit-il. Je vous le dis parce que je connais la raison de ce besoin soudain d’alcool fort : un homme qui vient de vous briser le cœur. »
Je le toise de la tête aux pieds.
« Et tous les cons qui vous regardent en ce moment vont essayer de vous ramasser, surtout si vous êtes trop ivre pour rentrer chez vous. » Il s’interrompt et lève les mains. « Mais bon, si vous cherchez une baise de vengeance rapide et salope, buvez donc. »
« Waouh, je ricane, en prenant une gorgée d’eau. Je pensais déjà être de mauvaise humeur, mais vous êtes pire. Et deuxièmement, je ne suis pas vraiment le genre de fille à la baise de vengeance rapide et salope. »
Même si ça me ferait probablement plus de bien que de me saouler.
« Peut-être que vous devriez l’être. »
Je me tourne de nouveau vers lui. Cette conversation est une distraction, et après la rupture, j’en ai besoin.
« Et pourquoi ça ? »
Je détourne les yeux, mais ils reviennent vers lui quelques secondes plus tard.
« Vous y pensez, n’est-ce pas ? »
« Comment pouvez-vous en être si sûr ? »
« Vous voulez vraiment le savoir ? » Il marque une pause. « Vous n’êtes pas encore debout pour sortir d’ici. Et, pour ne rien oublier, vous ne m’avez pas encore aspergé de votre verre avant de partir en déclarant que tous les hommes sont des cons. »
Je ris.
« Peut-être que je devrais. »
« Peut-être, dit-il en reprenant une gorgée de whisky. Mais avant ça, dites-moi. Qu’est-ce qu’il a vraiment fait, cet homme ? »
Je baisse les yeux vers mon verre.
« Qui ? »
« Votre petit ami. »
« Ex. »
« Oui, ça paraît évident. Mais je ne voulais pas présumer. »
Je soupire et fais glisser mon doigt autour du bord du verre.
« D’accord. Je travaille avec lui. »
Son sourcil se lève.
« Je sais. Pas le plus intelligent des choix. Mais j’ai fait mon stage là-bas pendant ma dernière année d’études, et on a appris à se connaître. Il me draguait, et j’étais flattée, parce qu’il est beau. »
« Et plus âgé. »
Je le regarde.
« C’est votre type ? »
Un léger pli se forme entre mes sourcils tandis que mon regard parcourt lentement son visage.
« Peut-être. »
Quelque chose passe dans ses yeux. Il le masque tout de suite.
Je redescends les yeux vers mon verre.
« Bref, à la fin de mon stage, Damien m’a invitée à prendre un verre. Une chose en a entraîné une autre, et on s’est embrassés. »
« Juste embrassés ? demande-t-il. Très Hallmark, tout ça. »
Je le fusille du regard.
« Oui, juste embrassés. C’était… agréable. Il me plaisait, mais j’étais concentrée sur la fin de mes études, alors on en est restés là. Après mon diplôme, on m’a proposé un poste dans la même entreprise. Damien travaillait temporairement à Buenos Aires quand j’ai commencé, mais peu après son retour, on a commencé à sortir ensemble. »
« Il y a combien de temps ? »
« Trois mois. »
Il lève un sourcil.
« Donc il n’a fallu que trois mois pour que votre grande histoire d’amour s’éteigne ? »
« Je n’ai jamais dit que c’était une grande histoire. »
« Donc le type était ennuyeux. »
« Je n’ai pas dit ça non plus. »
Je secoue la tête, puis ris malgré moi.
Le coin de sa bouche tressaille.
« Qu’est-ce qui n’a pas marché ? »
Mon sourire disparaît.
Je fixe l’eau devant moi.
« Il a dit que ça ne fonctionnait pas. »
« Ça a l’air assez banal. »
Un rire sans joie m’échappe.
« Je suppose. Rien de spécial, ni moi ni mon histoire. »
Son regard me parcourt.
« Je ne dirais pas ça. »
Je lève les yeux.
Les siens sont accrochés aux miens, et quelque chose dans sa façon de le dire me coupe le souffle.
« Alors, qu’est-ce que vous allez faire ? demande-t-il. »
« Rien, j’imagine. »
Je reprends une gorgée d’eau.
« Mon travail est formidable, et j’aime l’entreprise, donc ce n’est pas comme si j’allais partir. Je n’aime simplement pas ce que je ressens en ce moment. »
Je fixe mon verre.
« Je n’aime pas penser que c’est de ma faute. Que j’aurais dû essayer plus fort. Que si seulement j’avais… »
Ma voix s’éteint.
Il m’observe un instant.
« Et vous ne savez toujours pas pourquoi il a rompu ? »
Je secoue la tête.
« Pas vraiment. »
« Qu’est-il dit ? »
J’hésite.
Puis la colère revient d’un coup.
« Il a dit que j’étais trop indépendante. »
L’inconnu cligne des yeux.
« Trop indépendante ? »
« Apparemment, je suis trop à l’aise à faire les choses seule. J’ai ma carrière, mon argent, ma vie. » Je ricane. « Apparemment, c’est un problème. »
Il me fixe un moment.
« C’est sa raison ? »
« Ses mots exacts. »
Il secoue lentement la tête.
« On dirait un idiot. »
Un rire m’échappe.
« C’est ce que je me répète depuis deux heures. »
Il se recule, m’étudie.
« Alors, et maintenant ? »
« Demain, je vais au travail. Je fais semblant que tout va bien. J’évite Damien autant que possible. Et, un jour, je cesserai de me demander ce qui cloche chez moi. »
« Il n’y a rien qui cloche chez vous. »
Les mots viennent si facilement que je le regarde.
Il soutient mon regard.
Puis ses yeux glissent lentement le long de mon corps avant de remonter vers mon visage.
« Oubliez la baise de vengeance, alors. »
Je cligne des yeux.
« Vraiment ? »
« Je pense que vous devriez viser quelque chose qui vous le fasse vraiment oublier. »
Mon pouls rate un battement.
« Et qu’est-ce que vous suggérez, exactement ? »
Sa bouche s’étire en un sourire lent. « Je pense que vous devriez viser une nuit franchement sale, qui dure des heures. Et je pense que c’est avec moi que vous devriez la passer. »
Mon cœur s’emballe.
« P-Pourquoi vous ? »
Il incline la tête vers moi. Un souffle de son parfum m’atteint : un mélange enivrant de santal.
« Parce que je peux vous garantir que ce sera bon pour vous. Parce que je pense qu’on a tous les deux besoin de sortir de nos têtes, ce soir. Et parce que je n’ai pas arrêté de penser à vous retirer cette robe depuis le moment où je me suis assis. »
Je me tortille sur mon tabouret. Je rassemble une mèche derrière mon oreille et tente de me reprendre.
« Waouh. Vous êtes un homme terriblement direct. »
« Donc vous dites… »
Je reste silencieuse un instant.
« En fait, j’ai changé d’avis. »
La déception passe sur son visage. Un sourire en coin me vient. Je me penche vers lui.
« Je ne vais pas penser aux conséquences. »
« Qu’est-ce que vous… ? »
« Je dis oui. » Je me rapproche encore. « Allons-y. »
JEANNEJe suis en pyjama, ce vendredi soir, assise face à la télévision, un verre de vin à la main et ma tablette sur les genoux. Manon m’a invitée à sortir avec elle et ses amies, mais j’ai décliné. J’avais encore du travail à terminer.Cela fait une semaine que Louis s’est excusé dans son bureau, et nous n’avons plus été ensemble physiquement depuis. J’avais cru qu’il me demanderait de le rejoindre dans son penthouse ce soir-là, et j’étais prête à refuser. Non seulement à cause de mon dîner prévu avec Manon, mais aussi parce que je n’étais pas encore prête à retomber dans son lit aussi vite. Il n’a rien demandé. Il m’a embrassée sur le seuil de son bureau, m’a souhaité un bon dîner, puis m’a dit qu’il me reverrait bientôt.J’ai été reconnaissante qu’il me laisse de l’espace. Mais depuis, il a presque toujours été absent pour le travail. Et même si c’était ce dont j’avais besoin, j’en ai maintenant assez. Il rentre tard ce soir, et nous ne nous verrons que dema
LOUISElle se retourne, le dos contre la porte, et lève les yeux vers moi.— Pourquoi pas ? Qu’est-ce que je vous apporte que les Jessica de ce monde ne peuvent pas vous apporter ? Vous ne voulez pas de relation avec moi, alors si tout ce que vous voulez, c’est du sexe, pourquoi ne pas le trouver auprès de quelqu’un qui ne se souciera pas de vos mensonges ?Parce qu’il n’y a aucune comparaison possible entre Diane et elle.Parce qu’elle fait naître en moi quelque chose dont j’ignorais même l’existence.C’est pour cela que je n’arrive pas à m’éloigner, même lorsque je sais que je le devrais.Je lui prends le cou et caresse sa mâchoire de mon pouce.— Je ne ressens rien lorsque je suis avec Diane. Le sexe entre nous a toujours été…Je secoue la tête.— Putain de froid et vide. Avec toi, c’est différent. Quand je te touche, ce n’est que putain de chaleur, et je n’en ai pas eu assez. Je veux davantage avec toi.Son so
LOUIS Lorsque je passe devant le bureau de Remy après ma réunion et que je vois Jeanne penchée au-dessus de son bureau, son cul moulé par sa robe ajustée, ma mâchoire se serre si fort que je suis surpris que les gens qui marchent à côté de moi n’entendent pas mes dents grincer.Qu’est-ce que mon frère est encore en train de foutre ?Hier, je lui ai clairement dit de ne pas toucher à Jeanne, et dès le lendemain, il la fait monter dans son bureau, avec ses longues jambes, sa jupe moulante et ses magnifiques yeux verts.Dès que je raccroche avec lui, je sors de mon bureau et trouve une excuse pour parler à Paul, attendant simplement qu’elle redescende dans le couloir. Je devrais probablement me demander pourquoi je réagis de manière aussi irrationnelle alors que j’ai déjà décidé que c’était mieux ainsi, mais je refuse de le faire.Si Remy pense que je vais le laisser avoir Jeanne, il se trompe lourdement.Elle me suit dans mon bureau et son doux parfum de soleil et de fleurs sauvages me
JEANNELouis était donc de mauvaise humeur hier à cause de moi ?Je suis surprise qu’il ait suffisamment tenu à ce qui s’est passé pour laisser cela l’affecter.Et, mon Dieu… Remy sait que je couchais avec son frère.Mes joues s’enflamment, mais je ne détourne pas les yeux. J’ai fait un choix et je n’ai aucune raison d’en avoir honte.Je me penche au-dessus de son bureau et commence à rassembler mes feuilles.— Alors, je suppose que vous n’avez plus vraiment besoin de voir tout ça.Une nouvelle fois, son regard passe par-dessus mon épaule et, cette fois, un large sourire se dessine sur son visage.Je me redresse et regarde derrière moi, mais il n’y a toujours personne.Qu’est-ce qui lui arrive ?— Vous voulez que j’apporte tout ça à l’équipe marketing ? Ou c’était simplement une excuse pour me faire monter ici ?— Ce n’était pas une excuse. L’équipe a réellement besoin de copies de ces documents.— D
JEANNE— Tu vas bien ? demande Manon alors que je récupère mon sac à main et m’apprête à partir.Lorsqu’elle est rentrée du travail hier soir, elle a immédiatement compris que quelque chose n’allait pas. Probablement parce que j’avais les yeux rouges à force d’avoir pleuré. Quand je lui ai expliqué ce qui s’était passé, elle m’a prise dans ses bras et m’a dit que Louis était un salaud qui ne me méritait pas. Ensuite, elle a commandé à manger et lancé un thriller qui ne contenait absolument aucune romance. Pendant quelques heures, j’ai réussi à faire le vide dans ma tête.Ce matin, je suis préparée, même si je ne suis pas exactement prête, à affronter Louis et Damien. Le premier, je ne le verrai probablement même pas, et pour le second… eh bien, je vais simplement devoir supporter son arrogance.— Ça va aller. Je ne laisserai pas un homme aussi égocentrique que Louis Chevalier me démolir. Il faut juste que je termine ce projet et, ensuite, je n’aurai plus jamais à le revoir.Elle s’app
LOUIS« L’équipe a réfléchi et elle veut lancer quelques campagnes de presse sur le développement de l’hôtel. Les premières étapes, les plans préliminaires, avec un gros accent sur les aspects liés au développement durable. »« D’accord. Prends ce dont tu as besoin auprès des architectes. »Ce qui me fait immédiatement penser à Jeanne.Encore une fois, quelque chose se serre douloureusement dans ma poitrine.« Ils pensent aussi à filmer nos entrepreneurs en train de sourire et d’avoir l’air compétents, ce genre de choses. Peut-être que ta petite architecte sexy pourrait être notre vedette. »« Elle n’est pas à moi », je rétorque sèchement.Ses sourcils remontent encore.« Un peu sur la défensive, non ? Je voulais simplement dire qu’elle faisait partie de ton équipe. »Je me force à me détendre et il m’observe avec un sourire tordu.« C’est elle qui te mettait dans cet état quand je suis entré ? Je ne t’en veux pas. Si elle travaillait pour moi, je l’aurais penchée sur mon bureau en— »







