เข้าสู่ระบบIris
Il faut que je reprenne depuis le début.
Six mois plus tôt, j'étais effondrée sur ce même canapé, dans ce même appartement, mais je n'avais pas encore adopté Kaos et je n'avais pas encore acheté de perruque. J'étais juste une femme divorcée, en plein deuil d'un mariage qui n'avait peut-être jamais existé, cherchant désespérément une raison de ne pas sombrer complètement.
Le déclencheur, ç'a été l'interview.
C'était un matin de mai, exactement six mois après le divorce. Je buvais mon café en parcourant machinalement les actualités sur mon ordinateur, et soudain, son visage est apparu. Aleksandr Volkov, le milliardaire au cœur de glace, invité d'une émission matinale pour parler de son nouveau projet philanthropique. J'aurais dû fermer l'onglet. J'aurais dû éteindre l'ordinateur et sortir marcher, respirer, toucher de l'herbe comme disent les jeunes. Mais je suis restée. Comme on reste devant un accident de voiture.
La journaliste , une blonde peroxydée au sourire carnassier , l'avait interrogé sur sa vie privée. Et Aleksandr, qui d'habitude esquivait ce genre de questions avec une froideur toute professionnelle, Aleksandr qui refusait systématiquement d'évoquer quoi que ce soit de personnel, Aleksandr avait souri. Un vrai sourire. Le genre de sourire que je n'avais pas vu depuis notre lune de miel en Toscane, quand il m'avait regardée par-dessus une assiette de pâtes fraîches avec une tendresse que j'avais crue sincère.
— Il y a quelqu'un, avait-il admis d'une voix que je ne lui connaissais pas. Une femme... extraordinaire. Mais elle tient à rester discrète.
— Vous êtes amoureux ? avait demandé la journaliste.
— Je ne sais pas. Peut-être. C'est difficile à définir. Mais elle me fait ressentir des choses que je n'avais jamais ressenties. Elle est... fascinante.
Fascinante.
Ce mot m'avait frappée en plein plexus. Pas « attachante », pas « charmante », pas « agréable à fréquenter ». Fascinante. En cinq ans de mariage, il ne m'avait jamais qualifiée de fascinante. J'étais « passionnée » euphémisme poli pour « trop intense ». J'étais « spontanée » traduction diplomatique pour « mal organisée ». J'étais « chaleureuse » code secret pour « émotionnellement excessive ».
Mais fascinante ? Jamais.
La journaliste avait naturellement demandé qui était cette femme mystérieuse. Aleksandr avait refusé de donner son nom, mais il avait lâché quelques détails , assez pour que les tabloïds s'emballent. Une artiste. Une étrangère. Quelqu'un qu'il avait rencontré récemment, par hasard, dans des circonstances qu'il refusait de préciser. Les médias l'avaient surnommée « Le Spectre », parce qu'elle apparaissait à son bras lors d'événements mondains avant de disparaître sans laisser de trace, refusant systématiquement les photos et les interviews.
J'avais passé les trois jours suivants à ruminer. Pas à pleurer , je n'avais plus de larmes. À ruminer, à analyser, à décortiquer chaque mot de cette interview comme si ma vie en dépendait. Qu'est-ce que cette femme avait que je n'avais pas ? Qu'est-ce qu'elle faisait que je n'avais pas fait ? Était-ce vraiment lui le problème, ou était-ce moi ?
La réponse m'est venue un soir, vers trois heures du matin, alors que je fixais le plafond de ma chambre sans parvenir à dormir.
Je ne saurais jamais ce qui rendait cette femme fascinante à moins de le découvrir par moi-même.
L'idée était absurde. Ridicule. Complètement folle. Et pourtant, une fois qu'elle avait germé dans mon cerveau, elle avait poussé comme une mauvaise herbe, étouffant toute pensée rationnelle. Je n'allais pas l'espionner, ni engager un détective, ni faire quoi que ce soit d'illégal. J'allais juste... m'approcher. Devenir quelqu'un d'autre. Créer un personnage et l'observer de l'intérieur. Pas pour le reconquérir — mon Dieu, non, j'avais ma fierté. Mais pour comprendre. Pour obtenir des réponses à la question qui me hantait depuis le divorce : étais-je incapable d'être aimée, ou était-il incapable d'aimer ?
Le reste appartient à l'histoire.
La perruque rousse achetée dans une boutique du Marais. Les lentilles vertes commandées sur Internet. La garde-robe flambant neuve , robes de créateurs, talons vertigineux, accessoires sophistiqués , qui a dévoré la quasi-totalité de mes économies. Et puis l'identité : Maya. Artiste peintre berlinoise. Spécialisée dans l'art abstrait. Expositions confidentielles mais cotées. Aucune attache, aucun passé, aucune empreinte numérique. Un fantôme.
Le plus dur n'avait pas été de créer le personnage. Le plus dur avait été de trouver un moyen de l'approcher.
J'avais finalement utilisé un contact de l'époque où j'étais Madame Volkov , un galeriste qui me devait un service et qui n'avait pas posé de questions quand je lui avais demandé une invitation pour le vernissage d'une exposition à la Fondation Volkov. J'y étais allée déguisée en Maya, tremblant de peur sous ma robe vert émeraude, convaincue qu'il allait me reconnaître au premier regard.
Il ne m'avait pas reconnue.
Pire : il était tombé sous le charme en moins d'une heure.
Je me souviens encore de cette première conversation, devant une toile abstraite, lui me demandant ce que je voyais, moi répondant que je voyais « une colère qui essaie de devenir autre chose ». Je me souviens de son regard qui s'était allumé comme une ampoule. Je me souviens qu'il m'avait dit « Vous êtes fascinante » pour la première fois, et que j'avais failli m'étrangler avec ma coupe de champagne.
Ce soir-là, j'avais compris deux choses.
Premièrement : Aleksandr n'était pas le robot que je croyais. Il y avait de l'émotion sous la glace, des failles dans l'armure, une vulnérabilité qu'il cachait au monde entier mais qu'il offrait volontiers à une inconnue aux cheveux roux.
Deuxièmement : j'étais en train de commettre la plus grosse erreur de ma vie, et je ne pouvais plus m'arrêter.
AleksandrLa salle de cours est parsemée de tapis de sol, de ballons de gymnastique et de coussins colorés. Six couples sont déjà installés, les femmes au ventre arrondi, les hommes à l'air plus ou moins terrifié. Nous nous installons au fond, sur un tapis orange vif, face à la sage-femme, une femme énergique d'une quarantaine d'années qui se présente comme « Sophie, votre guide dans cette merveilleuse aventure ».— Aujourd'hui, nous allons parler des contractions, dit-elle avec un enthousiasme suspect. Et plus précisément, de la façon dont le corps et l'esprit travaillent ensemble pour donner la vie.Iris me jette un coup d'œil. Elle a l'air enthousiaste. Moi, j'ai l'impression d'être un imposteur dans une salle de gym pour femmes enceintes. Je ne sais pas quoi faire de mes mains, de mes jambes, de mon corps tout entier. J'ai suivi des négociations internationales avec plus d'aisance que ce cours de préparation à l'accouchement.— Nous
AleksandrLa salle d'échographie est plongée dans la pénombre.Iris est allongée sur la table d'examen, son ventre légèrement arrondi dépassant de la chemise relevée. La technicienne, une femme d'une cinquantaine d'années au sourire rassurant, étale le gel froid sur sa peau. Je me tiens debout à côté d'elle, ma main dans la sienne, le cœur battant à tout rompre.— Prêts ? demande la technicienne.— Oui, dit Iris.— Oui, dis-je, bien que je ne sois pas du tout prêt.L'écran s'allume. Des formes floues apparaissent, des ombres grises qui se déplacent lentement. Et puis, soudain, un battement.Un battement de cœur.Le cœur de notre enfant.Le son emplit la pièce, régulier, puissant, incroyablement vivant. On dirait un tambour lointain, une pulsation primitive, le bruit le plus beau que j'aie jamais entendu. Je sens mes yeux s'emplir de larmes, et je ne fais rien pour les retenir.— C'est
IrisLes nausées commencent à la septième semaine.Elles arrivent le matin, sans prévenir, comme une vague qui me submerge et me laisse pantelante au-dessus de la cuvette des toilettes. Aleksandr, réveillé par le bruit, se précipite dans la salle de bains, à moitié endormi, les cheveux en bataille.— Encore ? demande-t-il en s'agenouillant à côté de moi.— Toujours, dis-je entre deux haut-le-cœur.Il m'apporte un verre d'eau, un gant frais, des mots réconfortants. Il ne sait pas quoi faire, mais il reste là, patient, attentif. Sa présence suffit.— C'est affreux, dis-je en m'essuyant la bouche.— C'est le prix à payer pour créer la vie.— Tu es bien philosophe, pour un homme qui n'a jamais eu la nausée de sa vie.— J'ai eu la nausée quand j'ai lu ton dossier de divorce.Je ris, malgré moi, ce qui déclenche une nouvelle nausée. Nous sommes pathétiques, tous les deux, agenouillés sur le
IrisAttendre est un supplice.Aleksandr et moi avons décidé de garder le secret pendant quelques semaines, le temps de confirmer la grossesse par une prise de sang et de passer la première échographie. Mais garder un secret pareil est impossible. Chaque fois que je croise un membre de la famille, j'ai l'impression que la vérité est écrite en lettres capitales sur mon front. Chaque fois que la Babouchka me regarde avec ses yeux perçants, je suis persuadée qu'elle a déjà deviné.— Tu es rayonnante, me dit-elle un dimanche, alors que nous prenons le thé dans son appartement. Il y a quelque chose de différent chez toi.— C'est le bonheur, dis-je en espérant que ma voix ne tremble pas.— Le bonheur, ça ne donne pas cette lueur dans les yeux. Le bonheur, ça rend bête. Toi, tu es lumineuse. Ce n'est pas pareil.— Peut-être que je suis amoureuse.— Tu es amoureuse depuis le premier jour. Même quand tu te cachais derri
IrisLe test est posé sur le rebord du lavabo.Un petit bâtonnet en plastique blanc, anodin en apparence, mais chargé d'une signification qui fait trembler mes mains et vaciller mes certitudes. Je l'ai acheté hier soir, dans une pharmacie de quartier, en payant en espèces et en évitant le regard de la pharmacienne. Comme si acheter un test de grossesse était un acte honteux. Comme si l'espoir qui me dévorait le ventre était un secret inavouable.Je n'ai pas dormi de la nuit.Aleksandr dormait à côté de moi, paisible, confiant, inconscient du séisme qui se préparait dans mon corps et dans mon cœur. Pouchkine, allongé au pied du lit, ronflait doucement, ses pattes agitées par un rêve de course-poursuite avec un écureuil imaginaire. Kaos, installé sur l'oreiller à côté de ma tête, ronronnait avec une régularité de métronome, sa chaleur féline apaisant mes tempes bourdonnantes.Et moi, je fixais le plafond en me répétant que ce n'était peut-ê
IrisLa chapelle est petite, humble, nichée au sommet d'une colline toscane.C'est ici, dans cette même région, qu'Aleksandr et moi nous étions mariés il y a huit ans. C'est ici que j'avais prononcé mes vœux pour la première fois, dans une robe en soie sauvage, devant une assemblée d'invités souriants. C'est ici que j'avais cru que le bonheur était simple, qu'il suffisait d'aimer et d'être aimée en retour.Je me suis trompée, à l'époque. Le bonheur n'est pas simple. Il se construit, il se mérite, il se conquiert. Mais aujourd'hui, je sais que je suis prête. Aujourd'hui, je sais que nous sommes prêts.Je me tiens devant le miroir de la petite sacristie, vêtue d'une robe en dentelle ivoire. Ce n'est pas la même robe que la première fois. Celle-là est plus sobre, plus simple, plus vraie. Elle a été choisie avec soin, sans hâte, sans pression. Elle me ressemble.— Tu es magnifique.La voix de Liam s'élève derrière moi. Il est là







