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CHAPITRE 2 : Comment tout a commencé

작가: Dledition
last update 게시일: 2026-06-12 22:11:31

Iris

Il faut que je reprenne depuis le début.

Six mois plus tôt, j'étais effondrée sur ce même canapé, dans ce même appartement, mais je n'avais pas encore adopté Kaos et je n'avais pas encore acheté de perruque. J'étais juste une femme divorcée, en plein deuil d'un mariage qui n'avait peut-être jamais existé, cherchant désespérément une raison de ne pas sombrer complètement.

Le déclencheur, ç'a été l'interview.

C'était un matin de mai, exactement six mois après le divorce. Je buvais mon café en parcourant machinalement les actualités sur mon ordinateur, et soudain, son visage est apparu. Aleksandr Volkov, le milliardaire au cœur de glace, invité d'une émission matinale pour parler de son nouveau projet philanthropique. J'aurais dû fermer l'onglet. J'aurais dû éteindre l'ordinateur et sortir marcher, respirer, toucher de l'herbe comme disent les jeunes. Mais je suis restée. Comme on reste devant un accident de voiture.

La journaliste , une blonde peroxydée au sourire carnassier , l'avait interrogé sur sa vie privée. Et Aleksandr, qui d'habitude esquivait ce genre de questions avec une froideur toute professionnelle, Aleksandr qui refusait systématiquement d'évoquer quoi que ce soit de personnel, Aleksandr avait souri. Un vrai sourire. Le genre de sourire que je n'avais pas vu depuis notre lune de miel en Toscane, quand il m'avait regardée par-dessus une assiette de pâtes fraîches avec une tendresse que j'avais crue sincère.

— Il y a quelqu'un, avait-il admis d'une voix que je ne lui connaissais pas. Une femme... extraordinaire. Mais elle tient à rester discrète.

— Vous êtes amoureux ? avait demandé la journaliste.

— Je ne sais pas. Peut-être. C'est difficile à définir. Mais elle me fait ressentir des choses que je n'avais jamais ressenties. Elle est... fascinante.

Fascinante.

Ce mot m'avait frappée en plein plexus. Pas « attachante », pas « charmante », pas « agréable à fréquenter ». Fascinante. En cinq ans de mariage, il ne m'avait jamais qualifiée de fascinante. J'étais « passionnée »  euphémisme poli pour « trop intense ». J'étais « spontanée »  traduction diplomatique pour « mal organisée ». J'étais « chaleureuse »  code secret pour « émotionnellement excessive ».

Mais fascinante ? Jamais.

La journaliste avait naturellement demandé qui était cette femme mystérieuse. Aleksandr avait refusé de donner son nom, mais il avait lâché quelques détails , assez pour que les tabloïds s'emballent. Une artiste. Une étrangère. Quelqu'un qu'il avait rencontré récemment, par hasard, dans des circonstances qu'il refusait de préciser. Les médias l'avaient surnommée « Le Spectre », parce qu'elle apparaissait à son bras lors d'événements mondains avant de disparaître sans laisser de trace, refusant systématiquement les photos et les interviews.

J'avais passé les trois jours suivants à ruminer. Pas à pleurer , je n'avais plus de larmes. À ruminer, à analyser, à décortiquer chaque mot de cette interview comme si ma vie en dépendait. Qu'est-ce que cette femme avait que je n'avais pas ? Qu'est-ce qu'elle faisait que je n'avais pas fait ? Était-ce vraiment lui le problème, ou était-ce moi ?

La réponse m'est venue un soir, vers trois heures du matin, alors que je fixais le plafond de ma chambre sans parvenir à dormir.

Je ne saurais jamais ce qui rendait cette femme fascinante à moins de le découvrir par moi-même.

L'idée était absurde. Ridicule. Complètement folle. Et pourtant, une fois qu'elle avait germé dans mon cerveau, elle avait poussé comme une mauvaise herbe, étouffant toute pensée rationnelle. Je n'allais pas l'espionner, ni engager un détective, ni faire quoi que ce soit d'illégal. J'allais juste... m'approcher. Devenir quelqu'un d'autre. Créer un personnage et l'observer de l'intérieur. Pas pour le reconquérir — mon Dieu, non, j'avais ma fierté. Mais pour comprendre. Pour obtenir des réponses à la question qui me hantait depuis le divorce : étais-je incapable d'être aimée, ou était-il incapable d'aimer ?

Le reste appartient à l'histoire.

La perruque rousse achetée dans une boutique du Marais. Les lentilles vertes commandées sur Internet. La garde-robe flambant neuve , robes de créateurs, talons vertigineux, accessoires sophistiqués , qui a dévoré la quasi-totalité de mes économies. Et puis l'identité : Maya. Artiste peintre berlinoise. Spécialisée dans l'art abstrait. Expositions confidentielles mais cotées. Aucune attache, aucun passé, aucune empreinte numérique. Un fantôme.

Le plus dur n'avait pas été de créer le personnage. Le plus dur avait été de trouver un moyen de l'approcher.

J'avais finalement utilisé un contact de l'époque où j'étais Madame Volkov , un galeriste qui me devait un service et qui n'avait pas posé de questions quand je lui avais demandé une invitation pour le vernissage d'une exposition à la Fondation Volkov. J'y étais allée déguisée en Maya, tremblant de peur sous ma robe vert émeraude, convaincue qu'il allait me reconnaître au premier regard.

Il ne m'avait pas reconnue.

Pire : il était tombé sous le charme en moins d'une heure.

Je me souviens encore de cette première conversation, devant une toile abstraite, lui me demandant ce que je voyais, moi répondant que je voyais « une colère qui essaie de devenir autre chose ». Je me souviens de son regard qui s'était allumé comme une ampoule. Je me souviens qu'il m'avait dit « Vous êtes fascinante » pour la première fois, et que j'avais failli m'étrangler avec ma coupe de champagne.

Ce soir-là, j'avais compris deux choses.

Premièrement : Aleksandr n'était pas le robot que je croyais. Il y avait de l'émotion sous la glace, des failles dans l'armure, une vulnérabilité qu'il cachait au monde entier mais qu'il offrait volontiers à une inconnue aux cheveux roux.

Deuxièmement : j'étais en train de commettre la plus grosse erreur de ma vie, et je ne pouvais plus m'arrêter.

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