Isra Tome 1 : Les Héritiers

Isra Tome 1 : Les Héritiers

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À dix-neuf ans, Annarah est la princesse héritière de Krista, un royaume où certains habitants maîtrisent les pouvoirs de l’esprit. Elle a toujours refusé de se laisser enfermer dans son statut de princesse. Passionnée par le combat et éprise de liberté, elle n’imaginait pourtant pas que son destin lui échapperait si vite. Lorsque ses parents lui annoncent qu’elle devra épouser Kavi, le prince de Tor, Annarah voit son avenir décidé sans elle. Kavi est séduisant, puissant et loin d’être l’homme qu’elle s’était imaginé détester. Mais alors qu’elle tente de comprendre ce mariage arrangé, un mystérieux inconnu hante ses rêves. Son nom est Kemuel. Lorsqu’Annarah le rencontre enfin dans le monde réel, elle découvre que leur lien est bien plus ancien et plus dangereux qu’elle ne l’aurait imaginé. Entre attirance, secrets et pouvoirs qui dépassent les simples mortels, elle devra choisir à qui accorder sa confiance. Mais les menaces ne viennent pas seulement des royaumes rivaux. Dans l’ombre, Ime, une déesse déchue animée par la jalousie et le désir de vengeance, prépare son retour. Les naissances d’une nouvelle génération d’enfants dotés de pouvoirs extraordinaires pourraient bouleverser l’équilibre d’Isra. Alors que les alliances se brisent, que les familles se déchirent et que les sentiments deviennent des armes, Annarah découvrira que son histoire ne concerne pas seulement son cœur. Elle est au centre d’un destin capable de changer Isra à jamais.

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الفصل الأول

Chapitre 1 — Annarah et Kavi

Encore une fois, Annarah se réveilla avec le cœur rempli d'une tendresse qu'elle ne savait pas nommer.

Elle resta immobile dans son lit, les yeux ouverts sur le plafond encore plongé dans la pénombre.

Pendant quelques secondes, elle ne bougea pas, comme si le moindre mouvement risquait de faire disparaître les dernières traces de son rêve.

Il était encore là.

Cet homme dont elle ignorait tout.

Elle ne connaissait ni son nom, ni son royaume, ni même la raison pour laquelle son esprit le faisait revenir nuit après nuit. Dans ses rêves, elle ne voyait jamais clairement tout son visage. Elle retenait surtout son regard, sa présence, cette sensation inexplicable d'être en sécurité lorsqu'il était près d'elle.

C'était absurde.

Annarah avait dix-neuf ans. Elle était la fille unique du roi Wimme et de la reine Miera de Krista. Elle avait grandi entourée de conseillers, de gardes, de précepteurs et de règles. Elle savait que les rêves pouvaient être influencés par les émotions, la magie ou simplement les souvenirs.

Pourtant, aucun de ses cours ne lui avait appris quoi faire lorsqu'un inconnu semblait plus réel dans un rêve que certaines personnes de sa vie éveillée.

Elle passa une main sur son visage et soupira.

— Il faut que j'arrête de penser à toi.

L'homme ne répondit évidemment pas.

Il n'était pas là.

Annarah repoussa les couvertures et se leva.

Sa chambre était vaste, comme l'exigeait son rang, mais elle avait toujours essayé de la rendre plus personnelle. Quelques livres étaient empilés près de la fenêtre. Une robe abandonnée sur un fauteuil attendait d'être rangée.

Son arc reposait contre un meuble, soigneusement entretenu malgré les remontrances répétées de sa mère.

Elle ouvrit les rideaux.

Krista s'éveillait doucement.

Depuis les hauteurs du château, Annarah pouvait voir les toits de la ville, les premières rues animées et, plus loin, les immenses forêts qui entouraient le royaume. Au-delà des montagnes commençaient les territoires des autres royaumes d'Isra.

Krista avait quelque chose de particulier.

Ses habitants étaient réputés pour leurs dons liés à l'esprit. Certains pouvaient lire les pensées. D'autres maîtrisaient l'invisibilité ou étaient capables de créer des barrières invisibles suffisamment puissantes pour arrêter une attaque.

Annarah avait hérité de ces trois capacités.

Elle aurait pu en être fière.

Elle l'était.

Mais elle refusait que ses pouvoirs deviennent une excuse pour décider de sa vie à sa place.

Elle s'habilla rapidement et descendit vers la grande salle à manger.

Son estomac gargouillait. Malgré son humeur, elle avait faim et pensait déjà aux pâtisseries préparées chaque matin par les cuisines royales.

Lorsqu'elle entra dans la salle, elle comprit immédiatement que quelque chose n'allait pas.

Son père était déjà assis.

Wimme, roi de Krista, était un homme sérieux. Il pouvait être tendre avec sa fille, mais seulement lorsqu'il oubliait quelques instants qu'elle était également la princesse héritière. Ce matin-là, son visage ne laissait aucune place à la légèreté.

La reine Miera se tenait à côté de lui. Elle avait les mains posées autour d'une tasse, mais n'avait presque pas bu.

Annarah ralentit.

— Vous vouliez me voir ?

Wimme désigna la chaise face à lui.

— Assieds-toi.

Elle s'exécuta, plus méfiante qu'elle ne voulait le montrer.

Son père attendit quelques secondes avant de parler.

— Nous avons récemment échangé avec le roi Dug et la reine Matita du royaume de Tor.

Annarah hocha la tête. Elle connaissait les souverains de Tor de réputation.

Leur royaume était puissant et particulièrement reconnu pour sa maîtrise des armes magiques.

— Ils ont un fils, poursuivit Wimme. Le prince Kavi. Il a deux ans de plus que toi.

Annarah fronça les sourcils.

— Je sais qu'ils ont un fils. Mais pourquoi me parlez-vous de lui ?

Miera posa sa tasse.

Elle semblait chercher ses mots depuis plusieurs minutes.

— Parce que Kavi a demandé ta main.

Annarah resta parfaitement immobile.

Pendant quelques secondes, elle ne sentit plus ni la faim, ni la fatigue, ni même le sol sous ses pieds.

— Ma main ?

— Pour un mariage, précisa Miera doucement.

Annarah regarda son père.

— Vous avez accepté ?

Wimme ne détourna pas les yeux.

— Nous avons considéré la proposition. Une alliance entre Krista et Tor renforcerait la paix entre nos deux royaumes.

— Une alliance politique peut se faire autrement.

— Pas toujours.

Elle sentit quelque chose se briser en elle.

— Je ne le connais même pas.

— Tu apprendras à le connaître.

— Et si je ne veux pas ?

Le silence de Wimme fut plus violent qu'une réponse.

Annarah sentit ses yeux se remplir de larmes.

— Vous avez déjà décidé.

— Annarah… intervint Miera.

— Non, maman. Je veux comprendre. Est-ce que vous me demandez mon avis ou est-ce que vous m'annoncez simplement ce qui va arriver ?

Wimme inspira profondément.

— Tu es une princesse de Krista.

— Je sais.

— Tu as des responsabilités envers ton peuple.

— Je sais aussi.

— Alors tu dois comprendre qu'une princesse ne peut pas toujours vivre comme une jeune femme ordinaire.

Annarah se leva.

— Être votre fille ne signifie pas que je vous appartiens.

Miera ferma les yeux.

Wimme resta silencieux.

Annarah quitta la pièce avant que ses larmes ne coulent devant eux.

Elle traversa les couloirs du château sans prêter attention aux servantes qui s'écartaient sur son passage.

Elle ne voulait plus entendre parler de paix, d'alliance, de royaume ou de

devoir.

Elle voulait simplement sortir.

Les écuries étaient presque désertes lorsqu'elle y arriva.

Wellan leva immédiatement la tête.

Annarah posa son front contre son encolure.

— Toi au moins, tu ne me demanderas jamais d'épouser quelqu'un que je n'ai jamais rencontré.

Elle prit son arc et partit avec lui.

La forêt de Krista l'accueillit comme elle le faisait depuis son enfance.

Elle galopa jusqu'à une clairière, puis ralentit près d'un lac qu'elle aimait particulièrement. Elle descendit de cheval et s'assit au bord de l'eau.

Le silence lui fit du bien.

Elle regarda son reflet.

Ses longs cheveux bruns tombaient autour de son visage. Ses yeux vert pomme étaient encore rougis par les larmes.

Elle avait toujours su qu'un jour son statut lui imposerait des choix difficiles.

Elle n'avait simplement jamais imaginé que le premier serait son mariage.

Elle pensa alors à l'homme de ses rêves.

Et si c'était lui ?

L'idée était ridicule.

Elle eut un rire amer.Un inconnu rencontré uniquement dans ses rêves ne pouvait pas apparaître dans sa vie juste au moment où ses parents lui annonçaient un mariage arrangé.

Le bruit de sabots derrière elle interrompit ses pensées.

Annarah se redressa immédiatement.

Un cavalier avançait entre les arbres.

Elle attrapa son arc et se mit debout.

— Arrêtez-vous.

Le cavalier obéit.

Il descendit lentement de cheval et leva les mains pour montrer qu'il ne représentait aucune menace.

— Je suis désolé. Je ne voulais pas vous effrayer.

Annarah resta sur ses gardes.

— Vous êtes sur les terres de Krista. Qui êtes-vous ?

L'homme s'inclina.

— Prince Kavi de Tor.

Le cœur d'Annarah manqua un battement.

Elle avait demandé à ne pas le rencontrer.

Et voilà qu'il était devant elle.

Kavi était différent de ce qu'elle avait imaginé. Il était grand, avec de larges épaules et une allure de guerrier. Ses cheveux étaient blonds et courts. Ses yeux bleus observaient Annarah avec une attention qui n'avait rien d'agressif.

— Vous saviez que j'étais ici ? demanda-t-elle.

— Je savais que vous aimiez vous rendre dans cette forêt.

— Mon père vous l'a dit ?

— Il m'a parlé de vous.

Annarah soupira.

— J'espère qu'il a choisi ses mots avec prudence.

Kavi eut un léger sourire.

— Il m'a surtout dit que vous étiez difficile à impressionner.

Elle aurait voulu rester furieuse.

Mais malgré elle, le coin de ses lèvres se releva.

— Vous êtes donc le prince Kavi.

— Et vous êtes Annarah.

— La princesse Annarah, corrigea-t-elle par réflexe.

— Je préfère Annarah.

Cette réponse la surprit.

Kavi remit une main sur la bride de son cheval.

— Je suis venu parler à vos parents.

— Je suppose que c'est à propos du mariage.

— Oui.

Elle baissa son arc.

— Vous êtes donc heureux de cette décision ?

Kavi resta silencieux un instant.

— Je ne vous connais pas encore.

— Ce n'est pas une réponse.

— C'est la réponse la plus honnête que je puisse vous donner.

Annarah le regarda autrement.

Elle s'était attendue à rencontrer un prince sûr de lui, persuadé qu'elle accepterait parce qu'il était le fils d'un roi.

Kavi semblait au contraire conscient de ce que cette décision représentait pour elle.

— Alors pourquoi avez-vous demandé ma main ?

— Parce que nos familles pensent que cette alliance est importante. Mais je voulais vous rencontrer avant que nos parents ne décident de tout à notre place.

Annarah sentit sa colère se fissurer.

— Vous êtes étrange.

— On me l'a déjà dit.

Un silence moins hostile s'installa entre eux.

Puis Kavi regarda le château au loin.

— Nous devrions rentrer.

Annarah acquiesça.

Ils remontèrent à cheval.

À leur arrivée au château, la nuit était déjà tombée.

Le village dormait presque entièrement. Quelques lumières tremblaient encore derrière les fenêtres des maisons, tandis que les gardes saluaient le prince lorsqu'il franchissait les portes.

Wimme et Miera les attendaient dans la cour.

Le visage du roi s'éclaira immédiatement lorsqu'il aperçut Kavi.

— Kavi ! Soyez le bienvenu à Krista.

Il prit le jeune prince dans ses bras avant même qu'il ait eu le temps de répondre.

Miera s'avança à son tour.

— Nous sommes ravis de vous recevoir.

Kavi s'inclina devant eux.

— C'est un honneur, Votre Majesté.

Annarah observa la scène en silence.

Son père semblait déjà considérer Kavi comme un membre de la famille.

— Père, je l'ai rencontré dans la forêt. Il prétend être le prince Kavi.

Wimme eut un rire amusé.

— Il ne prétend rien du tout. Il est bien celui que tu devras épouser.

Annarah lui lança un regard noir.

Kavi intervint avant que la tension ne monte.

— Mon père m'a chargé de vous transmettre un message.

Wimme l'invita à entrer.

Kavi expliqua que le roi Dug souhaitait savoir où aurait lieu la cérémonie et qui reprendrait le trône de Krista, puisque Annarah était fille unique.

Wimme répondit que le mariage aurait lieu à Qwaser. La princesse Océane, cousine d'Annarah, était en fin de grossesse et la famille voulait lui éviter un long voyage.

Quant à la succession, un cousin éloigné d'Annarah était destiné à reprendre le trône.

Miera décida immédiatement d'écrire au royaume de Qwaser.

Elle demanda également à Annarah d'aller se préparer pour le repas du soir.

Dans les appartements de la reine, Annarah ne put retenir ses questions.

— Mère, vous allez réellement organiser ce mariage ?

Miera posa une main sur sa joue.

— Je sais que tu as peur.

— Je ne veux pas que vous décidiez de toute ma vie en une matinée.

— Je ne veux pas cela non plus.

Annarah la regarda avec surprise.

— Alors dites-le à père.

Miera baissa les yeux.

— Ton père croit sincèrement qu'il protège Krista. Il pense que cette alliance

empêchera une nouvelle période de tensions entre les royaumes.

— Et moi ? Qui me protège ?

Miera n'eut pas de réponse immédiate.

Elle serra simplement sa fille contre elle.

— Je serai toujours de ton côté.

Cette promesse n'effaça pas le mariage, mais elle apaisa quelque chose en Annarah.

Les servantes vinrent ensuite la préparer pour le banquet.

Annarah supporta difficilement les longues heures consacrées à ses cheveux, à sa robe et aux bijoux. Elle finit par rire malgré elle lorsque l'une des servantes lui demanda de rester parfaitement immobile alors qu'elle tentait de fixer une dernière épingle.

— Je préférais mon arc.

— Votre Altesse, ce soir vous devez ressembler à une princesse.

Annarah soupira.

— Je suis une princesse tous les autres jours aussi.

Lorsqu'elle entra dans la salle du banquet, les conversations cessèrent quelques secondes.

Kavi se leva sans même s'en rendre compte.

Annarah portait une robe élégante, mais elle avait insisté pour qu'elle reste suffisamment confortable pour pouvoir marcher et bouger librement. Ses longs cheveux bruns étaient tressés, laissant quelques mèches encadrer son visage.

Kavi ne parvenait pas à détourner les yeux.

Elle s'installa à sa place, près de lui.

Pendant le repas, elle parla peu. Les adultes discutaient de politique, de frontières et du mariage à venir. Kavi, lui, lui adressait parfois un regard discret.

À plusieurs reprises, Annarah surprit son regard.

Cela la gênait.

Et, contre toute logique, cela lui plaisait aussi.

Lorsqu'elle regagna sa chambre, elle espérait enfin retrouver le calme.

Quelques minutes plus tard, on frappa doucement.

— Entrez.

Kavi apparut dans l'encadrement de la porte.

— Je voulais vous parler.

Annarah croisa les bras.

— De quoi ?

Il resta à quelques pas d'elle.

— Je sais que vous ne vouliez pas de ce mariage.

— C'est exact.

— Et je sais que vous ne me connaissez pas.

Elle ne répondit pas.

Kavi inspira profondément.

— Mais je veux être honnête avec vous. Dès que je vous ai vue, quelque chose a changé pour moi.

Annarah sentit ses joues chauffer.

— Est-ce ma beauté ? Mon statut ?

— Non.

— Alors quoi ?

— Je ne sais pas encore.

Cette réponse lui parut plus sincère que n'importe quelle déclaration passionnée.

Kavi s'approcha lentement.

— Je vais vous épouser, Annarah. Mais je voudrais que ce mariage puisse devenir quelque chose que vous choisirez aussi.

Elle resta silencieuse.

Il prit doucement ses mains.

Annarah aurait pu les retirer.

Elle ne le fit pas.

Kavi posa un baiser léger sur ses lèvres.

Pendant une seconde, elle oublia tout.

Puis l'homme de ses rêves apparut dans son esprit.

Annarah se dégagea.

— Kavi… partez, s'il vous plaît.

Il parut blessé, mais respecta sa demande.

— Je suis désolé.

Lorsqu'il quitta la chambre, Annarah resta seule.

Elle porta deux doigts à ses lèvres.

Elle aurait dû penser uniquement à Kavi.

Pourtant, elle ne cessait de revoir le visage de l'inconnu de ses rêves.

Plus tard dans la nuit, une réponse arriva au château de Qwaser : le roi Kin acceptait d'accueillir la cérémonie et proposait même d'envoyer Myryah aider aux préparatifs.

Miera, épuisée, remit la lettre à côté de son lit avant de s'endormir.

Annarah, elle, resta éveillée longtemps.

Elle regarda la lune à travers la fenêtre.

— Qui es-tu ? murmura-t-elle à l'homme qu'elle ne connaissait pas.

Elle finit par fermer les yeux.

Presque immédiatement, elle se retrouva ailleurs.

L'homme était là.

Son regard semblait plus triste que d'habitude.

— Je vois que vous n'avez pas tenu votre promesse.

Annarah sentit son cœur se serrer.

— Pardonnez-moi. Mais accordez-moi une faveur.

Il s'approcha.

— Je ferai tout pour vous.

— Dites-moi votre nom.

L'homme resta silencieux quelques secondes.

Puis il répondit.

— Kemuel.

Annarah ouvrit les yeux.

Le nom resta dans son esprit.

Kemuel.

Elle ne savait pas encore qui il était.

Elle ne savait pas pourquoi il venait dans ses rêves.

Mais désormais, elle avait un nom.

Et sans le savoir, elle venait de donner un premier visage à une histoire qui

allait bouleverser sa vie.

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