LOGINJe suis tombée amoureuse de mon ex sans le reconnaître Après des années à l’étranger, Lorina Devray revient avec une nouvelle vie. Lors d’un voyage, elle rencontre un homme mystérieux. Ils deviennent proches. Puis elle découvre son identité : Kaël Montcer L’homme qu’elle a autrefois quitté.
View MoreChapitre 1
Lorina
La passerelle vibre sous mes talons, une trépidation métallique qui remonte le long de mes jambes comme un signal d'alarme que j'ignore délibérément. L'air conditionné de la cabine cède la place à une bouffée humide, chaude malgré la pluie fine qui strie le hublot de l'aérogare. Paris. Huit années dissoutes dans cette première gorgée d'air, et je reste immobile en haut des marches, bloquant la file des passagers pressés, incapable de faire un pas de plus.
L'odeur. Voilà ce qui me frappe en premier. Le bitume détrempé, les réacteurs refroidissant sur le tarmac, et dessous, enfoui mais reconnaissable entre mille, ce parfum de pierre mouillée propre à la ville que j'ai fuie. Il y a des souvenirs qui ne préviennent pas. Ils montent comme une nausée, se coincent dans la gorge, et vous laissent vacillante au milieu des inconnus.
Une femme derrière moi s'impatiente, raclement de gorge discret. Je m'excuse sans la regarder, reprends ma descente. Chaque marche est une concession. La pluie coule maintenant sur mes joues, se mêle aux mèches échappées de mon chignon. Je n'ouvre pas de parapluie. Je veux sentir ce contact froid, cette réalité liquide qui me prouve que je suis bien là, que ce retour n'est pas un rêve.
Le taxi sent le cuir usé et le désodorisant bon marché. Le chauffeur, un homme d'une soixantaine d'années au profil fatigué, jette un coup d'œil dans le rétroviseur.
_ Vous avez des bagages, Madame ?
Ma valise est restée en Italie. Ou plutôt, j'ai sciemment abandonné mes robes de soleil, mes sandales, mes toiles inachevées dans l'atelier de Florence. Comme on abandonne une peau devenue trop étroite.
_ Juste ceci.
Je désigne le sac de voyage à mes pieds, un fourre-tout en toile élimée qui contient l'essentiel. Quelques vêtements sombres, mes carnets de croquis, un foulard en soie hérité de ma mère, et une lettre que je n'ai jamais ouverte. Le taxi s'engage sur l'autoroute, et Paris se déploie derrière la vitre comme une promesse ou une menace, je ne sais plus.
Les lumières orangées des lampadaires dansent sur l'asphalte luisant. Je pose mon front contre la vitre froide. J'avais vingt-deux ans quand je suis partie. J'en ai trente aujourd'hui. Entre les deux, il y a eu l'Italie, les galeries, les expositions, les amants de passage dont aucun n'a laissé de trace. Il y a eu cette construction patiente, obstinée, d'une femme que personne ne connaît. Une femme neuve, sans passé, sans attaches.
Et pourtant, me voici.
Le chauffeur reprend la parole, la voix teintée de cette familiarité propre aux taxis parisiens, ceux qui ont tout entendu et ne s'étonnent plus de rien.
_ Vous revenez de loin ?
_ De loin, oui.
Je ne précise pas. Il n'insiste pas. Le silence retombe, ponctué par le battement régulier des essuie-glaces. La pluie redouble, noyant les façades haussmanniennes dans un voile gris. Les Champs-Élysées défilent, scintillants de réverbères et de phares. Rien n'a changé. Et pourtant, tout me semble étranger, comme si je regardais une carte postale trop longtemps conservée.
La galerie m'attend demain. Un espace que j'ai acheté sur plans, sans le visiter, sur la foi de photographies et de l'enthousiasme de mon associée, Iris. Une folie, avait-elle dit en riant au téléphone. Une folie nécessaire, avais-je répondu. Après des années à exposer les autres, il était temps d'avoir mes propres murs, ma propre lumière, mon propre espace. Un lieu où je pourrais enfin montrer qui je suis devenue.
Sauf que je ne sais plus très bien qui je suis. La femme qui a quitté Paris et celle qui y revient portent le même nom, mais elles n'habitent pas le même corps.
Le taxi s'arrête devant un immeuble de la rue de Rivoli. La façade est belle, sculptée, éclairée par des appliques en fer forgé. Je paie, refuse l'aide pour mon sac, descends sous la pluie. Le hall d'entrée est silencieux, dallé de marbre, gardé par un concierge invisible. L'appartement qu'Iris m'a déniché est au troisième étage, un bijou de trois pièces avec moulures et cheminée, trop grand pour moi seule.
J'ouvre la porte, allume la lumière. L'odeur de la peinture fraîche. Des cartons empilés dans l'entrée. Un canapé recouvert d'un drap blanc. Rien n'est à sa place, tout est à construire. Exactement comme ma vie.
Je pose mon sac, retire mes chaussures trempées, marche pieds nus jusqu'à la fenêtre. En bas, la ville gronde doucement, cette rumeur continue qui ne s'éteint jamais tout à fait. Je pose ma main sur la vitre froide. Huit ans. Huit années à fuir, à me reconstruire, à devenir quelqu'un d'autre. Et il aura suffi d'un appel téléphonique, d'une opportunité professionnelle, pour que je remballe tout et que je revienne sur mes pas.
Est-ce vraiment la galerie qui m'a ramenée ? Ou bien cette part obscure, inavouée, qui voulait revenir depuis le premier jour ?
Je frissonne. La fatigue du voyage, le décalage horaire, la pluie qui tambourine contre les carreaux. Tout concourt à cette sensation étrange qui m'a saisie dans le taxi et qui ne me lâche plus. Un pressentiment sans nom, une angoisse qui serre la gorge et accélère le cœur. Comme si ce retour n'était pas seulement un nouveau départ, mais aussi un rendez-vous que j'ignorais avoir pris.
Mon reflet dans la vitre me fixe, fantôme surgi de la nuit parisienne. Une femme en noir, cheveux bruns défaits par la pluie, cernes légers sous les yeux clairs. Élégante, oui. Distante, aussi. Une beauté que j'ai travaillée comme on travaille une armure, faite de retenue et de mystère.
Je détourne le regard. Demain, le gala. Demain, il faudra sourire, serrer des mains, convaincre des mécènes. Le masque reprendra sa place, celui que je porte si bien depuis huit ans.
Mais ce soir, seule dans cet appartement vide, je laisse l'angoisse m'envelopper comme un vieux manteau familier. Quelque chose approche. Quelque chose que je ne sais pas encore nommer.
Chapitre 68KaëlJe l'aperçois de l'autre côté du salon, cette silhouette que je connais trop bien. Sybille. Mon ex-fiancée, choisie par ma mère, imposée comme une pièce maîtresse dans le grand échiquier des alliances Montcer. Répudiée quand j'ai découvert ses trahisons, ses comptes secrets, ses mensonges. Et aujourd'hui, elle est là, dans ma maison, à quelques pas de ma femme, en train de lui parler.La voir parler à Lorina me glace le sang. Un froid soudain qui se répand dans mes veines, qui contracte mes mâchoires, qui serre mon poing sur mon verre de whisky. Sybille est dangereuse, calculatrice. Sous ses airs de femme du monde, c'est une prédatrice. Elle ne fait jamais rien au hasard. Si elle s'est approchée de Lorina, c'est qu'elle a un plan. Et ce plan, j'en suis certain, ne vise qu
Chapitre 66KaëlElle a prononcé le mot interdit. Ma mère. Helena Montcer. Deux syllabes qui résonnent encore dans ma tête, comme une sentence, comme un poison qui s'infiltre sous ma peau. Elle était allongée contre moi, chaude et confiante, et sa voix a glissé sur mon torse, douce et pourtant tranchante : « Parle-moi de ta mère. » Et moi, l'idiot, j'ai répondu « Non » avant de fuir, de me rhabiller, de laisser la femme que j'aime seule dans un lit défait.Maintenant je suis dans mon bureau, une pièce froide au bout du couloir, éclairée par la seule lueur d'une lampe de cuivre. Le whisky coule dans un verre en cristal, ambre et brûlant, mais je ne bois pas. Je fixe le liquide comme s'il pouvait me donner une réponse. Dehors, la pluie continue de marteler les vitres, et le silence du manoir e
Chapitre 65LorinaAprès la passion, le vide. Nos corps sont encore emmêlés, moites, épuisés. La respiration de Kaël ralentit peu à peu, son torse se soulève et s'abaisse sous ma joue. Dehors, le vent s'est calmé, la pluie s'est mise à tomber, un crépitement régulier contre les vitres. Nous restons allongés sans parler, ennemis réconciliés par le désir, mais réconciliés pour combien de temps ? Un instant, une heure, une nuit ? Demain, il sera de nouveau cet homme froid qui verrouille les portes et se retranche derrière ses silences.Mes doigts se promènent sur son torse, suivent le relief de ses muscles, s'attardent sur la cicatrice en forme de croissant qui barre son épaule. Cette cicatrice, je la connais par cœur. Je l'ai soignée, embrassée, aimée. El
Chapitre 64KaëlElle me défie, et tout mon contrôle vole en éclats. Ce n'était qu'un baiser d'abord, un baiser pour la faire taire, pour reprendre l'avantage, pour lui rappeler qui commande ici. Mais ses doigts se crispent sur mes épaules, sa bouche répond à la mienne avec la même violence, et soudain il n'y a plus de stratégie, plus de contrat, plus de mariage de convenance. Il n'y a qu'elle, son corps contre le mien, sa chaleur, son odeur, et cette faim qui me consume depuis huit ans.Mes mains glissent sur ses hanches, mes lèvres quittent les siennes pour descendre sur son cou. Sa peau frémit sous mes baisers, elle gémit, un son rauque qui se perd dans le silence de la chambre. Je gémis à mon tour, malgré moi, incapable de retenir ce souffle qui m'échappe. C'est toxique, c'est malade, c'est la seule chos












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