Je suis tombée amoureuse de mon ex sans le reconnaître

Je suis tombée amoureuse de mon ex sans le reconnaître

last updateLast Updated : 2026-09-09
By:  Les écrits d'une Mariam Updated just now
Language: French
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Je suis tombée amoureuse de mon ex sans le reconnaître Après des années à l’étranger, Lorina Devray revient avec une nouvelle vie. Lors d’un voyage, elle rencontre un homme mystérieux. Ils deviennent proches. Puis elle découvre son identité : Kaël Montcer L’homme qu’elle a autrefois quitté.

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Chapter 1

Chapitre 1

Chapitre 1

Lorina

La passerelle vibre sous mes talons, une trépidation métallique qui remonte le long de mes jambes comme un signal d'alarme que j'ignore délibérément. L'air conditionné de la cabine cède la place à une bouffée humide, chaude malgré la pluie fine qui strie le hublot de l'aérogare. Paris. Huit années dissoutes dans cette première gorgée d'air, et je reste immobile en haut des marches, bloquant la file des passagers pressés, incapable de faire un pas de plus.

L'odeur. Voilà ce qui me frappe en premier. Le bitume détrempé, les réacteurs refroidissant sur le tarmac, et dessous, enfoui mais reconnaissable entre mille, ce parfum de pierre mouillée propre à la ville que j'ai fuie. Il y a des souvenirs qui ne préviennent pas. Ils montent comme une nausée, se coincent dans la gorge, et vous laissent vacillante au milieu des inconnus.

Une femme derrière moi s'impatiente, raclement de gorge discret. Je m'excuse sans la regarder, reprends ma descente. Chaque marche est une concession. La pluie coule maintenant sur mes joues, se mêle aux mèches échappées de mon chignon. Je n'ouvre pas de parapluie. Je veux sentir ce contact froid, cette réalité liquide qui me prouve que je suis bien là, que ce retour n'est pas un rêve.

Le taxi sent le cuir usé et le désodorisant bon marché. Le chauffeur, un homme d'une soixantaine d'années au profil fatigué, jette un coup d'œil dans le rétroviseur.

_ Vous avez des bagages, Madame ?

Ma valise est restée en Italie. Ou plutôt, j'ai sciemment abandonné mes robes de soleil, mes sandales, mes toiles inachevées dans l'atelier de Florence. Comme on abandonne une peau devenue trop étroite.

_ Juste ceci.

Je désigne le sac de voyage à mes pieds, un fourre-tout en toile élimée qui contient l'essentiel. Quelques vêtements sombres, mes carnets de croquis, un foulard en soie hérité de ma mère, et une lettre que je n'ai jamais ouverte. Le taxi s'engage sur l'autoroute, et Paris se déploie derrière la vitre comme une promesse ou une menace, je ne sais plus.

Les lumières orangées des lampadaires dansent sur l'asphalte luisant. Je pose mon front contre la vitre froide. J'avais vingt-deux ans quand je suis partie. J'en ai trente aujourd'hui. Entre les deux, il y a eu l'Italie, les galeries, les expositions, les amants de passage dont aucun n'a laissé de trace. Il y a eu cette construction patiente, obstinée, d'une femme que personne ne connaît. Une femme neuve, sans passé, sans attaches.

Et pourtant, me voici.

Le chauffeur reprend la parole, la voix teintée de cette familiarité propre aux taxis parisiens, ceux qui ont tout entendu et ne s'étonnent plus de rien.

_ Vous revenez de loin ?

_ De loin, oui.

Je ne précise pas. Il n'insiste pas. Le silence retombe, ponctué par le battement régulier des essuie-glaces. La pluie redouble, noyant les façades haussmanniennes dans un voile gris. Les Champs-Élysées défilent, scintillants de réverbères et de phares. Rien n'a changé. Et pourtant, tout me semble étranger, comme si je regardais une carte postale trop longtemps conservée.

La galerie m'attend demain. Un espace que j'ai acheté sur plans, sans le visiter, sur la foi de photographies et de l'enthousiasme de mon associée, Iris. Une folie, avait-elle dit en riant au téléphone. Une folie nécessaire, avais-je répondu. Après des années à exposer les autres, il était temps d'avoir mes propres murs, ma propre lumière, mon propre espace. Un lieu où je pourrais enfin montrer qui je suis devenue.

Sauf que je ne sais plus très bien qui je suis. La femme qui a quitté Paris et celle qui y revient portent le même nom, mais elles n'habitent pas le même corps.

Le taxi s'arrête devant un immeuble de la rue de Rivoli. La façade est belle, sculptée, éclairée par des appliques en fer forgé. Je paie, refuse l'aide pour mon sac, descends sous la pluie. Le hall d'entrée est silencieux, dallé de marbre, gardé par un concierge invisible. L'appartement qu'Iris m'a déniché est au troisième étage, un bijou de trois pièces avec moulures et cheminée, trop grand pour moi seule.

J'ouvre la porte, allume la lumière. L'odeur de la peinture fraîche. Des cartons empilés dans l'entrée. Un canapé recouvert d'un drap blanc. Rien n'est à sa place, tout est à construire. Exactement comme ma vie.

Je pose mon sac, retire mes chaussures trempées, marche pieds nus jusqu'à la fenêtre. En bas, la ville gronde doucement, cette rumeur continue qui ne s'éteint jamais tout à fait. Je pose ma main sur la vitre froide. Huit ans. Huit années à fuir, à me reconstruire, à devenir quelqu'un d'autre. Et il aura suffi d'un appel téléphonique, d'une opportunité professionnelle, pour que je remballe tout et que je revienne sur mes pas.

Est-ce vraiment la galerie qui m'a ramenée ? Ou bien cette part obscure, inavouée, qui voulait revenir depuis le premier jour ?

Je frissonne. La fatigue du voyage, le décalage horaire, la pluie qui tambourine contre les carreaux. Tout concourt à cette sensation étrange qui m'a saisie dans le taxi et qui ne me lâche plus. Un pressentiment sans nom, une angoisse qui serre la gorge et accélère le cœur. Comme si ce retour n'était pas seulement un nouveau départ, mais aussi un rendez-vous que j'ignorais avoir pris.

Mon reflet dans la vitre me fixe, fantôme surgi de la nuit parisienne. Une femme en noir, cheveux bruns défaits par la pluie, cernes légers sous les yeux clairs. Élégante, oui. Distante, aussi. Une beauté que j'ai travaillée comme on travaille une armure, faite de retenue et de mystère.

Je détourne le regard. Demain, le gala. Demain, il faudra sourire, serrer des mains, convaincre des mécènes. Le masque reprendra sa place, celui que je porte si bien depuis huit ans.

Mais ce soir, seule dans cet appartement vide, je laisse l'angoisse m'envelopper comme un vieux manteau familier. Quelque chose approche. Quelque chose que je ne sais pas encore nommer.

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