MasukElisaUn rire clair traverse la fenêtre du salon, un rire cristallin d'enfant qui semble défier la morsure du froid. Léo, mon petit bonhomme de quatre ans, pourchasse un oiseau imaginaire dans la neige fraîchement tombée, ses petites bottes rouges s'enfonçant dans la poudreuse avec des crissements joyeux. Il bat des bras comme un oisillon maladroit, le visage rouge d'excitation et de vent glacé. Emma, plus sage, plus réservée, le regarde avec une indulgence de grande sœur du haut de ses six ans, emmitouflée dans sa doudoune rose bonbon, les mains enfoncées dans les poches. Je souris, mon front appuyé contre le carreau glacé, laissant le froid du verre apaiser la légère migraine qui me tenaille les tempes depuis ce matin. La chaleur du poêle à bois dans mon dos, le bruit de leurs jeux, l'odeur du gâteau aux pommes qui refroidit sur la ta
Après cinq ans d'absence, Gabriel, un architecte au charme ténébreux, revient dans sa ville natale enneigée pour affronter son passé. Il découvre que son amour de jeunesse, Elisa, a épousé son frère aîné, Julien, le pilier stable et rassurant de la famille, avec qui elle a fondé une famille. Une visite un soir d'hiver, alors que Julien est absent, rouvre des blessures que tous croyaient cicatrisées. Dans le huis clos de la maison familiale, le désir inassouvi entre Elisa et Gabriel se rallume, plus brûlant que jamais. Déchirée entre la passion dévorante et interdite pour Gabriel et l'amour profond et sécurisant qu'elle porte à Julien, le père de ses enfants, Elisa se lance dans une relation clandestine torride. Le triangle amoureux atteint son paroxysme, forçant Elisa à un choix qui brisera des cœurs, mais qui, contre to
Elena L'appartement est le même que je l'avais laissé – le parquet qui grince, la lucarne qui laisse entrer la lune, les poutres apparentes qui craquent avec la chaleur de l'été. Rien n'a bougé, et pourtant tout est différent. Parce qu'il est là. Il pose son sac dans l'entrée, regarde autour de lui, redécouvre l'espace qu'il a quitté cinq mois plus tôt. Ses doigts effleurent la table, le dossier du canapé, le bord de la fenêtre. Des gestes lents, presque religieux, comme s'il entrait dans un sanctuaire. — J'avais peur de ne jamais revoir cet endroit, murmure-t-il. — Moi, j'avais peur que tu n'y reviennes jamais. Il se tourne vers moi. La lumière de la lune découpe son visage, creuse ses joues, adoucit ses traits. — J'ai pensé à toi chaque nuit, dit-il. Dans les chambres d'hôtel, dans les foyers de travailleurs, dans les trains. Chaque nuit, je me demandais si
ElenaCinq mois.Cinq mois de silence, de solitude, d'attente. Cinq mois à survivre, à faire semblant, à compter les jours en me répétant qu'il reviendra, qu'il l'a promis, qu'il ne m'a jamais menti.L'été est arrivé, lourd, chaud, poisseux. La ville sent l'asphalte fondu et les tilleuls en fleur. La fac m'a laissée passer en deuxième année avec des notes médiocres, des examens bâclés, des travaux rendus en retard. Je m'en fiche. Rien n'a d'importance en dehors de lui.J'ai changé. Je le sais. Maman le voit quand elle m'appelle et que je réponds d'une voix blanche, sans émotion, sans nouvelle à raconter. "Tu as maigri", dit-elle. "Tu devrais venir manger à la maison." Je refuse – la maison, c'est là-bas, dans cet appartement sous les toits, même si elle est vide de lui, même si elle résonne de son absence.Je n'ai parlé à personne de notre séparation. Pas à Julie, qui a définitivement disparu de ma vie. Pas à Théo, qui a fi
ElenaIl ne revient pas.La première nuit, je me dis qu'il a besoin d'air, de silence, d'espace. Qu'il va revenir au matin, les yeux cernés, les traits tirés, et qu'on se réconciliera dans un baiser maladroit, comme après chaque dispute.Le matin se lève. Il ne revient pas.La deuxième nuit, je pleure. Je pleure dans mon oreiller, dans ce lit trop grand, dans cet appartement trop vide. Je revois son visage au moment où il est parti, cette expression de défaite absolue, de renoncement total. Il n'avait plus rien à perdre, parce qu'il avait déjà tout perdu – et moi, la dernière chose qui lui restait, je n'avais pas su le retenir.Le troisième jour, je vais à la fac, mécaniquement, comme un automate. Théo me croise dans le couloir, me sourit, me demande si ça va. Je dis oui, très bien, comme toujours. Il ne me croit pas. Personne ne me croit.Le quatrième jour, je craque. Je téléphone à l'entrepôt où il travaille
ElenaÇa commence par un rien. Comme toujours. Comme toutes les disputes qui finissent en guerre, comme toutes les guerres qui commencent par une étincelle.Un verre renversé sur la table basse.Le vin rouge se répand sur mes cours de fac, imbibe les feuilles volantes, noie mes notes griffonnées à la hâte. Je rentre de l'université, épuisée, les nerfs à vif après une journée de regards obliques et de chuchotements dans les couloirs. Il y a des rumeurs à la fac aussi. Il y en a partout. Les rumeurs sont des cafards qui survivent à tout, qui se faufilent sous les portes, qui infestent les murs.Samuel est affalé sur le canapé, une bouteille entamée à la main, les yeux dans le vague. Il boit trop depuis l'enterrement. Il fume trop, dort trop peu, parle à peine. Son travail à l'entrepôt l'a usé, sa vie souterraine l'a brisé, la mort de François l'a achevé. Il n'est plus que l'ombre de l'homme que j'ai retrouvé en décembre.— T'
LéoSix mois.Cent quatre-vingts jours depuis que Claire a ouvert la porte de l'appartement pour la dernière fois.Cent quatre-vingts nuits dans l'atelier de Jade, à écouter sa respiration, à regarder les ombres des sculptures
Je parle pendant deux heures.Je raconte les premiers mois avec Claire, l'enthousiasme, la certitude d'avoir trouvé la bonne. Je raconte le mariage, les projets, la maison qu'on a achetée. Je raconte l'installation dans le quotidien, les habitudes, les petits mensonges qu'on se fait à soi-même pour
Léo Elle tourne le dos. Elle marche vers la fenêtre. Ses épaules sont droites, incroyablement droites. Elle regarde dehors. La rue. Les immeubles. La vie qui continue, indifférente.— Tu sais ce qui me rend le plus malade ?— ...— Ce n'est pas que tu ne m'aimes plus. Ce n'est pas que tu aies renc
LéoJe la regarde. Elle est si jeune. Vingt-neuf ans. Sa vie est devant elle, un champ immense et vierge. Je n’ai pas le droit de le labourer avec mes ruines.— Tu devrais partir.Les mots sortent de ma bouche, mais ils ne sont pas à moi. Ils viennent d’ailleurs, d’un endroit ancien et lâche que je







