MasukAprès cinq ans d'absence, Gabriel, un architecte au charme ténébreux, revient dans sa ville natale enneigée pour affronter son passé. Il découvre que son amour de jeunesse, Elisa, a épousé son frère aîné, Julien, le pilier stable et rassurant de la famille, avec qui elle a fondé une famille. Une visite un soir d'hiver, alors que Julien est absent, rouvre des blessures que tous croyaient cicatrisées. Dans le huis clos de la maison familiale, le désir inassouvi entre Elisa et Gabriel se rallume, plus brûlant que jamais. Déchirée entre la passion dévorante et interdite pour Gabriel et l'amour profond et sécurisant qu'elle porte à Julien, le père de ses enfants, Elisa se lance dans une relation clandestine torride. Le triangle amoureux atteint son paroxysme, forçant Elisa à un choix qui brisera des cœurs, mais qui, contre to
Elena L'appartement est le même que je l'avais laissé – le parquet qui grince, la lucarne qui laisse entrer la lune, les poutres apparentes qui craquent avec la chaleur de l'été. Rien n'a bougé, et pourtant tout est différent. Parce qu'il est là. Il pose son sac dans l'entrée, regarde autour de lui, redécouvre l'espace qu'il a quitté cinq mois plus tôt. Ses doigts effleurent la table, le dossier du canapé, le bord de la fenêtre. Des gestes lents, presque religieux, comme s'il entrait dans un sanctuaire. — J'avais peur de ne jamais revoir cet endroit, murmure-t-il. — Moi, j'avais peur que tu n'y reviennes jamais. Il se tourne vers moi. La lumière de la lune découpe son visage, creuse ses joues, adoucit ses traits. — J'ai pensé à toi chaque nuit, dit-il. Dans les chambres d'hôtel, dans les foyers de travailleurs, dans les trains. Chaque nuit, je me demandais si
ElenaCinq mois.Cinq mois de silence, de solitude, d'attente. Cinq mois à survivre, à faire semblant, à compter les jours en me répétant qu'il reviendra, qu'il l'a promis, qu'il ne m'a jamais menti.L'été est arrivé, lourd, chaud, poisseux. La ville sent l'asphalte fondu et les tilleuls en fleur. La fac m'a laissée passer en deuxième année avec des notes médiocres, des examens bâclés, des travaux rendus en retard. Je m'en fiche. Rien n'a d'importance en dehors de lui.J'ai changé. Je le sais. Maman le voit quand elle m'appelle et que je réponds d'une voix blanche, sans émotion, sans nouvelle à raconter. "Tu as maigri", dit-elle. "Tu devrais venir manger à la maison." Je refuse – la maison, c'est là-bas, dans cet appartement sous les toits, même si elle est vide de lui, même si elle résonne de son absence.Je n'ai parlé à personne de notre séparation. Pas à Julie, qui a définitivement disparu de ma vie. Pas à Théo, qui a fi
ElenaIl ne revient pas.La première nuit, je me dis qu'il a besoin d'air, de silence, d'espace. Qu'il va revenir au matin, les yeux cernés, les traits tirés, et qu'on se réconciliera dans un baiser maladroit, comme après chaque dispute.Le matin se lève. Il ne revient pas.La deuxième nuit, je pleure. Je pleure dans mon oreiller, dans ce lit trop grand, dans cet appartement trop vide. Je revois son visage au moment où il est parti, cette expression de défaite absolue, de renoncement total. Il n'avait plus rien à perdre, parce qu'il avait déjà tout perdu – et moi, la dernière chose qui lui restait, je n'avais pas su le retenir.Le troisième jour, je vais à la fac, mécaniquement, comme un automate. Théo me croise dans le couloir, me sourit, me demande si ça va. Je dis oui, très bien, comme toujours. Il ne me croit pas. Personne ne me croit.Le quatrième jour, je craque. Je téléphone à l'entrepôt où il travaille
ElenaÇa commence par un rien. Comme toujours. Comme toutes les disputes qui finissent en guerre, comme toutes les guerres qui commencent par une étincelle.Un verre renversé sur la table basse.Le vin rouge se répand sur mes cours de fac, imbibe les feuilles volantes, noie mes notes griffonnées à la hâte. Je rentre de l'université, épuisée, les nerfs à vif après une journée de regards obliques et de chuchotements dans les couloirs. Il y a des rumeurs à la fac aussi. Il y en a partout. Les rumeurs sont des cafards qui survivent à tout, qui se faufilent sous les portes, qui infestent les murs.Samuel est affalé sur le canapé, une bouteille entamée à la main, les yeux dans le vague. Il boit trop depuis l'enterrement. Il fume trop, dort trop peu, parle à peine. Son travail à l'entrepôt l'a usé, sa vie souterraine l'a brisé, la mort de François l'a achevé. Il n'est plus que l'ombre de l'homme que j'ai retrouvé en décembre.— T'
Elena---Le téléphone sonne à trois heures du matin.Je décroche avant que la deuxième sonnerie ne retentisse, par réflexe, par habitude des nuits légères où le sommeil ne vient qu'à l'aube. La voix de maman est méconnaissable – une voix de papier froissé, une voix de cendre et de larmes.— François est mort. Crise cardiaque. Cette nuit.Je ne réponds rien. Les mots ne sortent pas. Samuel se réveille à côté de moi, se redresse sur un coude, voit mon visage, comprend que le monde vient de basculer.— Quand ? je demande, bêtement, comme si l'heure exacte changeait quelque chose.— Vers minuit. Il s'est levé pour boire un verre d'eau. Il n'est jamais revenu dans la chambre.Maman sanglote, se tait, sanglote encore. Derrière elle, j'entends le silence de la maison, ce silence particulier des nuits de deuil, épais comme un brouillard, lourd comme une chape de plomb.— Les obsèques sont après-demai
LéoÀ midi, je suis dans mon bureau. Les volets sont à demi tirés. La lumière zèbre la pièce de bandes parallèles. Mon téléphone est sur le bureau, face contre verre. Je le retourne.J’ai besoin de te voir. Maintenant. – Franck.Je réponds. À l’hôpital. Bureau 417.Il arrive à treize heures. Il n’a
LéoLa lumière de l’aube est un scalpel. Elle découpe la pièce, révèle la nudité du lieu, la nudité de nos corps enlacés, la nudité de ce que nous venons de faire. Cette lueur grise, impitoyable, ne laisse aucune place aux ombres où se cacher. Elle pose tout sur la table, crûment.Je regarde le pla
JadeL’étreinte se défait, mais pas le contact. Ses doigts glissent le long de mon bras, brûlants à travers le tissu de mon pull. Son regard ne me quitte plus, une mare sombre où je me noie volontiers. Il n’y a plus de sculpture, plus d’atelier, plus de monde. Il n’y a que la pression de sa main su
LéoLe soir tombe, gris et humide, avalant les contours de la clinique. Je suis garé en double file, moteur éteint, dans l’ombre d’un platane défeuillé. Mes doigts tambourinent sur le volant. Mon pouls bat à mon cou, à mes tempes, un rythme sourd et persistant. L’image est brûlée au fond de mes yeu







