MasukOn le sait tous les deux. Ce qu'on a fait ici, dans cette chambre, est irréversible. Il n'y aura pas de marche arrière. Pas de retour à l'innocence. L'enfant que j'étais est mort cette nuit. La sœur qu'elle était a disparu. À leur place, il y a un homme et une femme qui s'aiment assez pour défier toutes les lois, toutes les morales, tous les tabous.Plus tard, on se rhabille en silence. On remet nos masques, nos rôles, nos mensonges.Mais avant de sortir, je la retiens par le poignet.– Quoi qu'il arrive, je dis. Quoi que les gens disent, quoi que le monde pense. Je ne regretterai jamais ça. Je ne te regretterai jamais.
Je pose mes mains sur ses épaules. Sa peau est fraîche, lisse, parfaite. Je glisse les doigts sous les bretelles de sa robe, je les fais tomber le long de ses bras. Le tissu glisse, s'affaisse, s'écrase à ses pieds dans un souffle soyeux. Elle ne porte rien en dessous – juste sa peau, son corps, son offrande.Elle est nue dans la chambre de notre enfance. Nue comme elle ne l'a jamais été dans la salle de bain, parce que cette fois, c'est pour moi, rien que pour moi, et qu'elle le sait, et que je le sais.Son corps est un poème. Un poème écrit avec de la lumière de lune et de la porcelaine. Ses seins, ronds, parfaits, dressent leurs pointes sombres vers moi. Sa taille est fine, ses hanc
Et on s'embrasse.Ce baiser est différent du premier. Le premier était sauvage, désespéré, douze ans de frustration qui explosaient. Celui-ci est un sceau, un pacte, une signature au bas d'un contrat écrit avec du sang – le nôtre, celui qui ne nous lie pas mais qui nous unit quand même.Quand nos lèvres se séparent, la nuit est tombée. La cabane est une ombre derrière nous, la vieille cabane de notre enfance, témoin silencieux de notre chute. Le jardin est noir, la maison au loin n'est qu'une constellation de fenêtres éclairées – la chambre de maman, le bureau de François, la cuisine vide. Des lumières douces, inoffensives, qui ne savent rien du séisme qui vient de se produire sous leurs murs.– Dis-moi comment on fait, murmure-t-ell
SamuelElle m'attend dans le jardin, là où tout a commencé. Le crépuscule tombe sur les arbres, le ciel est un incendie de roses et d'oranges, les ombres s'allongent sur la pelouse. Je l'ai appelée par texto – "Retrouve-moi à la cabane, 20 heures, ne dis rien à personne."Pas de formule de politesse. Pas de "je t'aime". Pas de promesses.Juste un ordre. Parce que je ne sais plus faire autrement. Parce que ce qui s'est passé cette nuit dans le jardin, et ce matin dans la cuisine, m'a brisé en deux et je ne sais pas recoller les morceaux autrement qu'en essayant de contrôler quelque chose.Elle est assise sur le s
François est assis à la table, le journal ouvert devant lui, les lunettes sur le bout du nez, l'air paisible et inconscient, l'air d'un homme qui ne sait pas que sa famille vient de basculer dans l'abîme.La scène est si normale, si quotidienne, si banale. Le pain grillé, le beurre, la confiture. Le bruit des tasses contre les soucoupes. Le tintement de la petite cuillère dans le bol de maman. Cette normalité est obscène, elle me donne la nausée.Samuel entre quelques secondes après moi. Nos regards se croisent , un éclair, une décharge, une reconnaissance muette , puis s'évitent aussitôt, comme deux aimants qui se repoussent. Il ne me dit pas bonjour. Je ne lui dis pas bonjour. On se parle sans se parler, on se regarde sans se regarder, on est là sans &ec
Ma main agrippe sa chemise. Le tissu se froisse, se déchire presque. Son autre main s'est glissée dans mon dos, sous mon pull, sur ma peau nue. Ses doigts sont brûlants, ils tracent des chemins de feu sur ma colonne vertébrale, sur mes côtes, sur mes omoplates.Le baiser nous emporte. Il nous noie. Il nous dévore. Sa langue trouve la mienne, et le goût est celui du paradis et de l'enfer mêlés, du désir et de la peur, du péché et de la grâce.Quand on se sépare, on respire comme des noyés. Haletants, tremblants, foudroyés. Son front contre le mien. Nos lèvres qui se frôlent encore, incapables de se quitter tout à fait.
LéoÀ midi, je suis dans mon bureau. Les volets sont à demi tirés. La lumière zèbre la pièce de bandes parallèles. Mon téléphone est sur le bureau, face contre verre. Je le retourne.J’ai besoin de te voir. Maintenant. – Franck.Je réponds. À l’hôpital. Bureau 417.Il arrive à treize heures. Il n’a
LéoLa lumière bleue du réveil numérique cisaille la chambre à trois heures dix-sept.Je regarde ce chiffre fixe, inaltérable, comme il compte les secondes de cette vie que je ne reconnais plus. À côté de moi, Carole dort. Sa respiration est un métronome parfait, régulier, sans une aspérité. Son co
LéoLa lumière de l’aube est un scalpel. Elle découpe la pièce, révèle la nudité du lieu, la nudité de nos corps enlacés, la nudité de ce que nous venons de faire. Cette lueur grise, impitoyable, ne laisse aucune place aux ombres où se cacher. Elle pose tout sur la table, crûment.Je regarde le pla
JadeIl n’y a plus de lenteur. La tension a atteint son point de rupture. Il arrache mon tee-shirt d’un geste sec. L’air froid de la pièce me mord la peau, aussitôt remplacé par la chaleur de ses mains qui emprisonnent mes seins, les pétrissant avec une avidité qui frôle la douleur. Je crie, les on







