FAZER LOGINMais je sais.
Je sais ce qui se passe derrière cette porte verrouillée.
Je ferme les yeux.
Je ne veux pas imaginer. Mais j'imagine. Les images viennent d'elles-mêmes, sans que je les appelle, sans que je les veuille. Des images crues, précises, douloureuses. Je les vois sur son lit , le lit où je me suis assise des centaines de fois, où on regardait des films, où on mangeait des pop-corn en lançant les g
ElisaLa vibration de mon téléphone posé sur le marbre de la salle de bain est un coup de tonnerre dans le silence cotonneux. Mon cœur s'emballe immédiatement, un galop frénétique et stupide qui résonne jusque dans mes tempes. Je sais que c'est lui. Je le sais avant même de lire le nom qui affiche l'écran, illuminant la pièce plongée dans la pénombre d'un après-midi d'hiver. Mon corps le sait avant mon esprit, comme un animal qui flaire le danger, ou la promesse. Gabriel.J'ai fui la cuisine, ce matin, après ma dérive honteuse. J'ai fui les sourires innocents de mes enfants, qui m'ont regardée avec cette intuition étrange qu'ont les petits, comme s'ils sentaient que leur mère n'était plus tout à fait la même. J'ai fui le poids du regard de Julien absent, ce regard qui me suit partout, même quand il n'
ElisaLa porte s'est refermée sur lui il y a une heure. Une heure, ou une éternité. Le temps s'est distendu, élastique, et je flotte dans une bulle cotonneuse où les secondes n'ont plus de sens. Le vent est tombé dehors, laissant derrière lui un silence de crypte, un silence si profond que j'entends les battements de mon cœur, le sang qui pulse à mes tempes, le froissement de mes vêtements sur ma peau en feu. Le poêle ronronne encore, diffusant une chaleur doucereuse que mon corps brûlant ne supporte plus. Je l'ouvre, j'ajoute une bûche d'un geste mécanique, sans réfléchir, juste pour occuper mes mains qui tremblent. J'erre dans la maison comme une âme en peine, mes pieds nus glissant sans bruit sur le parquet glacé. La bûche crépite, une étincelle fuse dans l'obscurité, et je sursaute comme sous l'effet d'une d&eacut
Léo et Emma traversant la cuisine demain matin, les cheveux en bataille, les yeux encore gonflés de sommeil. Leurs petits pieds nus sur le carrelage froid. Leurs voix aiguës réclamant leur chocolat chaud. Les bols ornés de dinosaures et de princesses que je poserai sur cette même table. Les miettes de leurs tartines qui tomberont sur ce bois que je suis à deux doigts de profaner. Leurs rires innocents, leurs questions naïves. "Maman, pourquoi tu as l'air triste ? Maman, pourquoi tu as les yeux rouges ?" Et moi, debout à cette même place, les lèvres encore gonflées du baiser de leur oncle, portant sur ma peau l'odeur d'un autre homme.Je me jette en arrière, brisant le contact avec la violence du désespoir. Mon dos heurte le plan de travail, la pierre froide s'enfonce dans mes reins, une douleur bienvenue qui me ramène à la réalité. Le souffle c
ElisaSon regard ne me lâche pas. Il me tient debout, prisonnière de cette toile magnétique qu'il tisse autour de moi depuis qu'il a franchi le seuil. La chaleur du poêle est une caresse trop lourde, l'odeur du thé à la verveine est devenue entêtante, presque écœurante. La vérité de sa phrase , reprendre ce qui m'appartient , danse dans l'air entre nous comme une flamme nue. Je suis à lui. Il l'a dit, et mon corps l'a cru avant même que mon esprit ne puisse protester. Sa main est toujours dans ma nuque, chaîne de velours et d'acier qui me force à soutenir l'incendie de ses yeux. Je suis une offrande, une proie consentante, et il le sait. Il le voit dans la façon dont mes pupilles se dilatent, dans la façon dont ma respiration s'est faite courte et saccadée, dans ce frisson qui parcourt ma peau et que je ne peux pas contrôler.Puis,
ElisaJe n’en peux plus. Ce silence chargé de tout ce que nos corps hurlent en secret est une torture, une chambre d'échos où résonnent nos désirs inavoués. Chaque battement de mon cœur résonne dans mon bas-ventre, une pulsation lourde, humide, qui m’affole. Je sens son regard sur moi comme une brûlure au fer rouge, il caresse ma nuque, glisse sur mes épaules, s’attarde sur mes lèvres avec une insistance obscène. Mes tétons sont si durs qu’ils me font mal, frottant contre la laine rêche de mon pull, deux pointes douloureuses qui trahissent mon excitation. Je suis une épouse, une mère, une femme respectable, et je suis réduite à cette chose brûlante et palpitante, une flamme sous la glace de ma vie bien rangée, un volcan sous la neige. Cette dualité me déchire. La femme que je suis aujourd'hui et la fille que j'étais hier se livrent une guerre silencieuse dont mon corps est le champ de bataille.Je me retourne et je le regarde, enfin. Je plonge dans ses yeux de braise, ces yeux qui ont
GabrielElle m’a fait asseoir à la grande table en bois de la cuisine, cette table massive que j'ai moi-même aidé à poncer, il y a une éternité, quand Julien a acheté cette maison. C'était un dimanche, on avait bu des bières en travaillant, et Elisa nous regardait en riant, les mains couvertes de farine. Un souvenir simple, presque douloureux de normalité. La pièce est imprégnée de l’odeur du feu de bois et d’un parfum d’enfants sages, de gâteau au miel et de propreté. Sa maison. Celle de Julien. Chaque détail – le dessin d’Emma aimanté au frigo, une princesse maladroite sous un soleil orange, les bottes de Léo près du poêle, toutes petites, usées par les jeux – est un coup de poignard. Un rappel de ce que je n'ai pas, de ce que je n'aurai jamais. Mon frère a tout. La femm
LéoLa lumière de l’aube est un scalpel. Elle découpe la pièce, révèle la nudité du lieu, la nudité de nos corps enlacés, la nudité de ce que nous venons de faire. Cette lueur grise, impitoyable, ne laisse aucune place aux ombres où se cacher. Elle pose tout sur la table, crûment.Je regarde le pla
JadeJe vois dans ses yeux que c’est la même pour lui. Le même point de rupture qui approche. Son rythme se brise, devient chaotique, plus profond. Un rictus de plaisir pur déforme ses traits. C’est à la fois atroce et magnifique. La sculpture vivante de son extase.— Léo, je halète, le nom seul ét
JadeL’étreinte se défait, mais pas le contact. Ses doigts glissent le long de mon bras, brûlants à travers le tissu de mon pull. Son regard ne me quitte plus, une mare sombre où je me noie volontiers. Il n’y a plus de sculpture, plus d’atelier, plus de monde. Il n’y a que la pression de sa main su
LéoLe soir tombe, gris et humide, avalant les contours de la clinique. Je suis garé en double file, moteur éteint, dans l’ombre d’un platane défeuillé. Mes doigts tambourinent sur le volant. Mon pouls bat à mon cou, à mes tempes, un rythme sourd et persistant. L’image est brûlée au fond de mes yeu







