Mag-log inElle pose son manteau sur le dossier d'une chaise, croise les bras sur sa poitrine. Son regard s'est durci. Je connais ce regard. C'est celui qu'elle a quand elle se sent attaquée, quand elle se prépare à se défendre, quand elle passe en mode survie. Je l'ai vu face à sa rédactrice en chef, face à ses collègues, face au monde. Mais je ne l'ai jamais vu face à moi. Et ça me fait mal. Parce que je ne veux pas &e
ÉlisaLes cartons s'entassent dans mon appartement du Marais comme les ruines d'une vie qu'on déménage. Il y en a partout. Dans le salon, dans la chambre, dans la cuisine, jusque dans l'entrée où je bute dedans chaque fois que je passe la porte. Des cartons bruns, épais, solides, que j'ai achetés hier chez le quincaillier du coin et que j'ai montés un à un, les bras tremblants sous leur poids vide , parce qu'un carton vide, c'est déjà lourd. C'est lourd de tout ce qu'on va mettre dedans. C'est lourd de tout ce qu'on va laisser derrière.Je suis assise par terre, en tailleur, au milieu du salon, et je regarde autour de moi sans savoir par où commencer. Les murs sont nus, dépouillés des photos et des affiches qui les habillaient depuis dix ans. Il ne reste que les trous des clous, petites cicatrices dans le plâtre blanc, seules traces de mon passage dans cet appartement. Le parquet grince toujours à la même latte, près de la fenêtre. Le robinet de la cuisine fuit toujours, ce petit gout
Ses yeux s'embuent de larmes. Une larme coule sur sa joue, puis une autre, et elle ne les essuie pas. Elle les laisse couler, libres, comme une pluie d'orage sur son visage.— Je ne veux plus avoir peur de toi, murmure-t-elle.— Tu n'auras plus jamais peur de moi. Je te le promets. Plus jamais de scène de jalousie. Plus jamais de reproche quand tu rentres tard. Plus jamais de silence punitif. Juste de la confiance. De l'amour. De l'air.— Et si tu n'y arrives pas ? Si ta peur revient ? Si ta jalousie revient ?— Alors je te le dirai. Je te dirai : "Élisa, aujourd'hui, j'ai peur. Aujourd'hui, ma jalousie me ronge." Et on en pa
AdrienUn an. Cela fait un an aujourd'hui qu'Élisa a posé ses valises dans mon loft – d'abord quelques affaires, une brosse à dents, un livre sur la table de nuit, puis peu à peu ses robes dans l'armoire, ses sels de bain dans la salle de bains, ses livres qui ont colonisé mes étagères, ses plantes qui ont envahi le rebord des fenêtres. Un an que ma vie, mon espace, mon cœur se sont ouverts à elle et qu'elle les a remplis de sa présence, de son parfum, de son rire.Il est sept heures du matin, et je la regarde dormir. La lune n'est plus qu'un souvenir pâle dans le ciel qui s'éclaircit, remplacée par les premiers rayons du soleil qui filtrent &agra
Elle passe la chaîne autour de son cou, maladroitement, les doigts tremblants. Je l'aide à fermer le fermoir, et elle pose la main sur le pendentif, le serre contre sa poitrine.— J'accepte, dit-elle, la voix étranglée. J'accepte tes excuses. Et j'accepte ce bijou. Et j'accepte ta promesse. Mais Adrien...— Quoi ?— Ce n'est pas la première fois. Ce n'est pas la première fois qu'on a cette dispute. Ce n'est pas la première fois que tu t'excuses, que tu m'offres quelque chose, que tu me promets de changer. Et à chaque fois, ça recommence. À chaque fois, la peur revient, la jalousie revient, et on se retrouve au même point.&n
Je choisis un pendentif. Un cercle d'argent, symbole d'éternité, de perfection, d'infini. À l'intérieur, je serts une pierre de lune, cette pierre laiteuse et changeante qui capture la lumière et la restitue en reflets bleutés. La pierre de lune, c'est elle. Mystérieuse, changeante, infiniment belle. Je grave au dos du pendentif, de ma plus belle écriture, un mot simple : Respire.Respire. Parce que c'est ce que je veux lui offrir. De l'air. De l'espace. De la liberté. Parce que je veux qu'elle sache que je l'aime assez pour la laisser respirer, même si chaque inspiration qu'elle prend loin de moi me déchire le cœur.Je travaille toute la matinée, absorbé par ma tâche, oubliant presque de respire
Il détourne le regard, fixe le sol, les poings serrés. Je vois qu'il lutte contre lui-même, contre sa peur, contre cette jalousie qui le ronge de l'intérieur. Et je vois aussi qu'il est en train de perdre ce combat.— Je suis désolé, dit-il enfin, la voix brisée. Je suis désolé pour tout à l'heure. Pour ce que j'ai dit. Pour la façon dont je t'ai parlé. Je ne sais pas ce qui m'a pris.— Si, tu le sais. C'est ta peur. Ta peur de me perdre. Et cette peur, elle est en train de tout gâcher, Adrien. Elle est en train de nous détruire.— Je sais. Je le sais. Mais je ne peux pas m'en empêcher. Je ne sais pas comment faire pour lui résister.— Alors il faut qu'on trouve une solution. Ensemble. Parce que je ne peux pas continuer comme ça. Je ne peux pas passer ma vie à te rassurer, à me justifier, à me sentir coupable chaque fois que je fais quelque chose sans toi. Ce n'est pas une vie. Ce n'est pas de l'amour.Il hoche la tête, lentement. Il s'approche de moi, me prend dans ses bras. Il tremb







