تسجيل الدخولPOINT DE VUE : ALESSIA
À cette époque, j'aurais sans doute répondu à Lucius du tac au tac. J'aurais plaisanté sur son autorité de façade, je lui aurais fait remarquer qu'il pouvait très bien préparer lui-même le petit-déjeuner de sa compagne, et nous aurions fini par rire ensemble. Du moins, c'est ce que j'aurais fait si notre relation était restée ce qu'elle était autrefois. Mais cette époque est révolue : l'homme qui se tient devant moi n'est plus mon ami, et je me demande parfois s'il l'a seulement été un jour. — Je suis désolée, Alpha. J'ai oublié, murmuré-je en inclinant davantage la tête. Je n'ose pas croiser son regard. Je sais combien il aime me voir courber l'échine, savoir que je vis sous son autorité, que je dépends de son bon vouloir et que je ne peux rien faire sans risquer de payer le prix de sa mauvaise humeur. Ma soumission semble le satisfaire bien davantage que mes excuses. — Espèce d'incapable ! Tu es une perte d'espace et d'oxygène. Tu n'es même pas fichue de faire correctement une chose aussi simple ! lâche-t-il avec mépris, avant de laisser échapper un rire moqueur. Ses paroles me frappent plus durement que je ne voudrais l'admettre, mais je garde le silence. Que pourrais-je répondre ? Que je passe mes journées à servir des gens qui me traitent comme un déchet ? Que je suis épuisée de contenter tout le monde sans jamais recevoir la moindre reconnaissance ? Que j'aimerais, ne serait-ce qu'une journée, être traitée avec un peu de respect ? Aucune de ces réponses ne changerait quoi que ce soit, elles ne feraient qu'aggraver ma situation. Alors je serre les lèvres et j'avale les mots qui me brûlent la gorge. Puis, brusquement, le ton de Lucius change. — Bonjour, mon cœur, murmure-t-il avec une tendresse presque méconnaissable. Surprise, je relève légèrement la tête, mais il ne me regarde déjà plus. Toute son attention est tournée vers la femme qui vient d'entrer. Il l'attire contre lui et pose ses lèvres sur les siennes avec une affection qui me donne l'impression d'assister à une scène venue d'un autre monde. Ils s'embrassent sans se soucier de ma présence. Je détourne les yeux, sans pouvoir m'empêcher de ressentir une pointe d'amertume devant un tel contraste. Quelques secondes plus tôt, Lucius me traitait comme si ma simple existence l'irritait ; à présent, il se montre doux et attentionné avec sa compagne. C'est toujours pareil. Avec certaines personnes, il sait parfaitement comment se comporter : il sait sourire, caresser une joue, murmurer des mots tendres. Avec moi, il ne trouve que des insultes. C'est presque ironique. J'en profite pour reprendre discrètement mon travail, mais la vue des deux amoureux me ramène à une réalité à laquelle je préfère d'ordinaire ne pas penser : les compagnons prédestinés. Dans notre monde, trouver son âme sœur est l'un des plus beaux cadeaux que la Déesse de la Lune puisse faire à un loup-garou. Un compagnon prédestiné, c'est la personne qui vous est destinée, votre moitié, celle qui vous correspond parfaitement et avec qui vous êtes censé partager votre vie. C'est un lien unique, une connexion que rien ne peut véritablement remplacer, et pour beaucoup, c'est le seul amour véritable qu'ils connaîtront jamais. Depuis mon enfance, j'ai toujours rêvé de rencontrer le mien. J'imaginais parfois à quoi il ressemblerait, je me demandais s'il serait grand, s'il aurait un sourire capable de me faire oublier tous mes soucis, s'il me serrerait dans ses bras quand j'aurais besoin de réconfort. Je me demandais surtout s'il me regarderait comme une personne digne d'être aimée. Mais ces rêves ne sont que des illusions auxquelles je ferais mieux de renoncer. Je suis humaine, et les humains n'ont pas de compagnons prédestinés. Du moins, c'est ce que je crois. Bien sûr, il m'arrive encore de me demander si la Déesse de la Lune pourrait me jouer un tour cruel en m'en accordant un malgré tout. Mais à quoi bon ? Même si cela arrivait, je deviendrais une fois de plus la risée de toute la meute. Imaginez un peu : l'humaine incapable de se transformer, celle que tout le monde méprise, qui découvre qu'elle a un compagnon prédestiné, et ce compagnon qui la rejette simplement parce qu'elle est ce qu'elle est. Alessia, l'Omega. L'idiote. L'incapable. La fille qui ne mérite même pas de respirer le même air que les autres. Je connais déjà les moqueries, les regards méprisants, les humiliations, et je n'ai aucune envie de leur offrir une nouvelle occasion de s'amuser à mes dépens. Alors je préfère ne pas espérer. C'est plus simple ainsi. La compagne de l'Alpha Lucius Evermore n'est autre que ma propre sœur : Amara Nightwell. Autrefois, j'étais jalouse de sa beauté. Il m'arrivait de la regarder en me demandant comment une seule personne pouvait recevoir autant de grâce. Elle a de longs cheveux blonds et ondulés qui retombent élégamment sur ses épaules, de magnifiques yeux noisette et une silhouette digne d'un mannequin. Sans le moindre effort, elle attire tous les regards, et lorsqu'elle entre dans une pièce, elle semble parfaitement consciente de l'effet qu'elle produit. Pendant longtemps, j'ai envié cette beauté qui lui offrait si facilement l'attention des autres, et j'aurais menti en prétendant ne jamais avoir souhaité lui ressembler. Mais avec le temps, cette jalousie s'est dissipée : sa personnalité m'a fini par faire comprendre qu'une jolie apparence ne suffit pas à rendre une personne admirable.POINT DE VUE : ALESSIAMais ce n'est pas notre Alpha qui apparaît dans l'encadrement de la porte.C'est…Mon Dieu.L'homme qui vient d'entrer est sans conteste le plus bel homme que j'aie jamais vu de toute ma vie, et je reste immobile, incapable de détourner les yeux. Ses yeux sont d'un bleu magnifique, d'une nuance si profonde et si lumineuse que je pourrais les contempler pendant des heures, tandis que sa mâchoire parfaitement dessinée souligne ses pommettes saillantes et son nez droit. Et ses lèvres… pleines, roses, absolument parfaites. Je crois que je viens de perdre la capacité de penser correctement.Ses cheveux bruns sont coiffés vers le haut, en une élégante mèche qui leur donne un volume naturel sans jamais retomber devant ses yeux, et tout chez lui semble à sa place, comme si la nature avait décidé de créer l'homme parfait et lui avait consacré tout son temps. Je devrais probablement détourner le regard, ce serait la chose raisonnable à faire, mais je n'y arrive pas. Mon r
POINT DE VUE : ALESSIA— On arrête les câlins avant que je me mette à pleurer, lance-t-il. Je suis magnifique aujourd'hui, et je refuse que des yeux gonflés viennent gâcher mon apparence.Il passe rapidement les mains sur son visage, comme s'il essuyait des larmes invisibles, puis redresse les épaules d'un air solennel.— Voilà. Beaucoup mieux.Il acquiesce à sa propre réflexion, visiblement très satisfait de lui-même, et je ne peux m'empêcher de rire une nouvelle fois. C'est fou comme il arrive toujours à me faire rire, même lorsque j'ai l'impression que mon cœur est sur le point de se briser.Puis mon regard se pose sur l'horloge accrochée au mur, juste derrière lui, dont les chiffres rouges indiquent 11 h 34, et mon sourire disparaît instantanément.Mon Dieu, le déjeuner !J'étais tellement occupée à profiter de ce moment avec Zayden que j'en ai presque oublié la raison pour laquelle je cours dans tous les sens depuis ce matin. L'Alpha arrive bientôt, et je n'ai pas encore terminé
POINT DE VUE : ALESSIA— J'espère que tu as raison, dis-je en m'approchant de lui devant le miroir. Et j'espère aussi que tu finiras par trouver quelqu'un qui t'aime vraiment. Quant à moi, j'ai déjà renoncé à tout espoir.Zayden me lance aussitôt un regard désapprobateur.— Ne dis pas ça, ma belle. Ce n'est pas parce que ces gens ne savent pas traiter correctement ceux qui sont différents d'eux que tout le monde est pareil.Il accompagne ses paroles d'un sourire compatissant, un sourire que je connais par cœur, pour l'avoir vu tellement de fois sur son visage que je pourrais le reconnaître entre mille. Il apparaît chaque fois que mon frère pense à la façon dont les autres me traitent, et même s'il s'efforce de ne pas me montrer à quel point ma situation lui fait de la peine, je le connais trop bien pour me laisser tromper. Je lui répète souvent qu'il n'a pas besoin de se sentir mal pour moi, mais j'ai fini par cesser de lui demander d'arrêter de me regarder ainsi, car si les rôles éta
POINT DE VUE : ALESSIA— Où as-tu appris à faire tout ça ? lui demandé-je en désignant du doigt les flacons, les pinceaux et les petits instruments alignés devant lui.Certains de ces objets me sont totalement inconnus, et je n'avais jamais vu la plupart de ces produits avant aujourd'hui, alors que Zayden les manipule avec une assurance déconcertante, comme s'il avait fait cela toute sa vie.Il s'interrompt un instant, se penche vers moi et murmure à mon oreille :— Alessia, crois-moi, tu ne veux vraiment pas connaître la réponse.Avant que je puisse insister, il se redresse déjà et retourne à mes cheveux, les doigts agiles, comme si la conversation était close.Je fronce les sourcils, me demandant ce que cette phrase peut bien cacher. Pourtant, connaissant mon frère, je sais qu'il ne me donnera aucune explication de plus, car lorsqu'il décide de garder un secret, il peut se montrer aussi têtu qu'un âne. Je préfère donc ne pas insister et le laisse poursuivre son travail en silence.U
POINT DE VUE : ALESSIAIl subit déjà des discriminations au sein de sa propre communauté, mais cela ne l'empêche pas de vivre comme il l'entend. Si vous lui demandiez combien de fois il se soucie de l'opinion des autres, il vous donnerait une réponse très simple : zéro.Et je l'admire pour ça. Zayden possède une force de caractère que je n'ai jamais réussi à développer : là où il relève la tête, je baisse les yeux ; là où il répond, je me tais ; là où il refuse de se laisser piétiner, je m'efforce de devenir invisible pour éviter les coups. Nous sommes jumeaux, et pourtant nous sommes si différents.— Écoute-moi bien, Alessia, reprend-il en se rapprochant de moi. Cette visite pourrait être ta chance de quitter cet endroit.Mon sourire disparaît aussitôt. Quitter la meute… Ces mots résonnent dans ma tête comme une promesse à laquelle je n'ose plus croire. Zayden sait à quel point je souffre ici, il sait ce qu'on me fait subir, les humiliations que j'endure et les coups que je reçois, e
POINT DE VUE : ALESSIALa première étape, c'est le contact visuel. En général, à cet instant, le monde entier semble s'arrêter : c'est le moment où les loups entrent en connexion avec leur âme sœur, qu'ils en aient conscience ou non. À partir de là, tu te surprends à penser régulièrement à cette personne. Elle envahit tes pensées, et tu as beau essayer de te la sortir de la tête, rien n'y fait, car elle est partout, jusque dans les détails les plus insignifiants de ton quotidien.La deuxième étape, c'est le baiser. Dès que vos lèvres se touchent, les étincelles deviennent plus intenses et ce que tu ressens pour ton âme sœur prend une tout autre dimension : le désir grandit, la passion s'embrase et le besoin de l'avoir près de toi devient presque incontrôlable. Tu as du mal à trouver le sommeil, tant les émotions qui te submergent sont fortes, tu la cherches du regard, tu veux être à ses côtés et tu ressens sans cesse le besoin de te rapprocher d'elle.La troisième étape, c'est le marq







