تسجيل الدخولPOINT DE VUE : ALESSIA
J'aimerais pouvoir nager encore et encore, jusqu'à disparaître à l'horizon sans jamais avoir à revenir. Mais où irais-je ? Toute ma vie est ici : tout ce que je connais, tout ce que j'ai appris, chaque souvenir de mon enfance est lié à cet endroit, et toutes les personnes que j'ai connues y vivent aussi. Je n'ai nulle part où aller. Alors, chaque nuit, je redescends dans ce sous-sol qui me sert de prison et j'attends simplement que le jour se lève. Il m'arrive de souhaiter que l'eau fasse bien plus que calmer mes pensées. J'aimerais qu'elle puisse effacer les cicatrices que je dissimule sous mes vêtements, ces marques dont j'ai honte alors que je ne devrais même pas avoir à les cacher. Quand je flotte sur le dos, les yeux tournés vers le ciel, je m'imagine parfois que je peux repartir de zéro, que l'eau emporte tout ce que j'ai subi et me rend la vie que j'aurais dû avoir. Ou mieux encore, j'aimerais avoir un loup. Si j'en avais un, peut-être que ces blessures qui me poursuivent depuis cette nuit-là finiraient par guérir, peut-être que mon corps ne serait plus aussi fragile, peut-être que je pourrais enfin me défendre. Mais je sais que ce ne sont que des rêves. Cette nuit-là, j'étais prête à souffrir. Je savais que ma première transformation serait douloureuse et je m'étais convaincue que je supporterais l'épreuve, comme tous les jeunes loups-garous avant moi. Seulement, je ne m'attendais pas à cette douleur-là. Je ne me suis jamais transformée, et à la place, j'ai découvert ce que signifiait être jugée inférieure par tous ceux que j'aimais. Depuis, l'Alpha et ses amis prennent un malin plaisir à passer leur colère sur moi. Ils se servent de leurs poings, parfois même de couteaux, pour me faire payer des choses dont je ne suis pas responsable, et ils savent exactement où frapper : le ventre, le dos, tous ces endroits que les vêtements cachent sans peine et que personne ne peut voir à moins de me découvrir. Ce n'est pas le remords qui les pousse à la discrétion, seulement le souci de leur réputation. Alors je cache mes blessures, j'avale mes larmes et je continue d'avancer comme si tout allait bien. Dans cette meute, une seule personne ne m'a pas totalement abandonnée : mon frère jumeau. Il est le seul à me traiter encore comme sa sœur, et non comme une honte dont il faudrait se débarrasser. Chaque fois qu'il sort faire des courses, il pense à moi et me rapporte des vêtements neufs, parce que les miens sont devenus trop petits ou simplement trop usés. Ce sont de petits gestes, presque insignifiants aux yeux des autres, mais ils représentent tout pour moi : un vêtement propre, une tenue qui m'appartient, quelqu'un qui songe à moi sans y être obligé. C'est peu de chose, et pourtant je m'y accroche comme à une bouée de sauvetage. Sans lui, je serais sans doute réduite à traîner à moitié nue, sale et couverte de haillons, et le pire, c'est que personne ne s'en soucierait. Personne ne lèverait le petit doigt pour m'aider. Je lui suis reconnaissante de tout ce qu'il fait, même si je ne trouve pas toujours les mots pour lui dire à quel point son soutien compte. Il est ma seule vraie famille, dans un endroit où les liens du sang semblent avoir perdu toute valeur. Pour la nourriture, j'ai fini par trouver ma propre solution. Puisque c'est moi qui prépare les repas de toute la meute, je veille toujours à cuisiner un peu plus que nécessaire, puis j'attends que tout le monde ait fini de manger pour récupérer ce qui reste. C'est sans doute le seul avantage que je tire de ma condition d'esclave : je peux au moins assurer ma survie. Personne ne me demande jamais si j'ai faim, personne ne me tend une assiette, et si je veux manger, je dois me débrouiller seule. Alors je m'organise. Aujourd'hui, rien n'a changé. Je suis dans la cuisine de la maison de la meute, occupée à préparer le petit-déjeuner de tout le monde, et je connais cette routine par cœur. Mes mains enchaînent les gestes presque d'elles-mêmes tandis que mon esprit reste fixé sur la tâche : des œufs, du lard grillé, des crêpes épaisses, des tranches de pain doré, que je répartis dans les assiettes en veillant à ce que chaque portion soit prête à être servie. Je dois tout surveiller, la cuisson, la présentation, les quantités, car le moindre détail peut devenir un prétexte pour me reprocher quelque chose. Je pose une assiette sur le plan de travail et m'apprête à passer à la suivante lorsque mon nom retentit soudain dans la pièce. — Alessia ! La voix de Lucius Evermore déchire le silence. Je reconnais aussitôt ce ton froid et autoritaire, chargé d'une colère à peine contenue qui annonce rarement quelque chose de bon. C'est la voix de l'Alpha lorsqu'il a décidé que quelqu'un allait passer un mauvais moment, et bien souvent, ce quelqu'un, c'est moi. Mon corps se raidit avant même que je me retourne, mon cœur s'emballe et mes doigts se crispent autour de l'assiette. Je sais ce qui m'attend lorsque Lucius m'appelle ainsi, mais je n'ai pas le choix : je dois lui faire face. — Je t'avais dit qu'Amara Nightwell voulait une salade de fruits pour le petit-déjeuner ! gronde-t-il. Je sursaute et recule d'instinct, comme si la distance entre nous pouvait me protéger de sa fureur. Une salade de fruits. Bien sûr. J'ai oublié. Je baisse aussitôt la tête, la peur se répandant dans tout mon corps, car je sais que cet oubli risque de me coûter cher, même si je n'ai commis aucune faute volontaire. Il y a quatre ans, les choses auraient été bien différentes.POINT DE VUE : ALESSIAMais ce n'est pas notre Alpha qui apparaît dans l'encadrement de la porte.C'est…Mon Dieu.L'homme qui vient d'entrer est sans conteste le plus bel homme que j'aie jamais vu de toute ma vie, et je reste immobile, incapable de détourner les yeux. Ses yeux sont d'un bleu magnifique, d'une nuance si profonde et si lumineuse que je pourrais les contempler pendant des heures, tandis que sa mâchoire parfaitement dessinée souligne ses pommettes saillantes et son nez droit. Et ses lèvres… pleines, roses, absolument parfaites. Je crois que je viens de perdre la capacité de penser correctement.Ses cheveux bruns sont coiffés vers le haut, en une élégante mèche qui leur donne un volume naturel sans jamais retomber devant ses yeux, et tout chez lui semble à sa place, comme si la nature avait décidé de créer l'homme parfait et lui avait consacré tout son temps. Je devrais probablement détourner le regard, ce serait la chose raisonnable à faire, mais je n'y arrive pas. Mon r
POINT DE VUE : ALESSIA— On arrête les câlins avant que je me mette à pleurer, lance-t-il. Je suis magnifique aujourd'hui, et je refuse que des yeux gonflés viennent gâcher mon apparence.Il passe rapidement les mains sur son visage, comme s'il essuyait des larmes invisibles, puis redresse les épaules d'un air solennel.— Voilà. Beaucoup mieux.Il acquiesce à sa propre réflexion, visiblement très satisfait de lui-même, et je ne peux m'empêcher de rire une nouvelle fois. C'est fou comme il arrive toujours à me faire rire, même lorsque j'ai l'impression que mon cœur est sur le point de se briser.Puis mon regard se pose sur l'horloge accrochée au mur, juste derrière lui, dont les chiffres rouges indiquent 11 h 34, et mon sourire disparaît instantanément.Mon Dieu, le déjeuner !J'étais tellement occupée à profiter de ce moment avec Zayden que j'en ai presque oublié la raison pour laquelle je cours dans tous les sens depuis ce matin. L'Alpha arrive bientôt, et je n'ai pas encore terminé
POINT DE VUE : ALESSIA— J'espère que tu as raison, dis-je en m'approchant de lui devant le miroir. Et j'espère aussi que tu finiras par trouver quelqu'un qui t'aime vraiment. Quant à moi, j'ai déjà renoncé à tout espoir.Zayden me lance aussitôt un regard désapprobateur.— Ne dis pas ça, ma belle. Ce n'est pas parce que ces gens ne savent pas traiter correctement ceux qui sont différents d'eux que tout le monde est pareil.Il accompagne ses paroles d'un sourire compatissant, un sourire que je connais par cœur, pour l'avoir vu tellement de fois sur son visage que je pourrais le reconnaître entre mille. Il apparaît chaque fois que mon frère pense à la façon dont les autres me traitent, et même s'il s'efforce de ne pas me montrer à quel point ma situation lui fait de la peine, je le connais trop bien pour me laisser tromper. Je lui répète souvent qu'il n'a pas besoin de se sentir mal pour moi, mais j'ai fini par cesser de lui demander d'arrêter de me regarder ainsi, car si les rôles éta
POINT DE VUE : ALESSIA— Où as-tu appris à faire tout ça ? lui demandé-je en désignant du doigt les flacons, les pinceaux et les petits instruments alignés devant lui.Certains de ces objets me sont totalement inconnus, et je n'avais jamais vu la plupart de ces produits avant aujourd'hui, alors que Zayden les manipule avec une assurance déconcertante, comme s'il avait fait cela toute sa vie.Il s'interrompt un instant, se penche vers moi et murmure à mon oreille :— Alessia, crois-moi, tu ne veux vraiment pas connaître la réponse.Avant que je puisse insister, il se redresse déjà et retourne à mes cheveux, les doigts agiles, comme si la conversation était close.Je fronce les sourcils, me demandant ce que cette phrase peut bien cacher. Pourtant, connaissant mon frère, je sais qu'il ne me donnera aucune explication de plus, car lorsqu'il décide de garder un secret, il peut se montrer aussi têtu qu'un âne. Je préfère donc ne pas insister et le laisse poursuivre son travail en silence.U
POINT DE VUE : ALESSIAIl subit déjà des discriminations au sein de sa propre communauté, mais cela ne l'empêche pas de vivre comme il l'entend. Si vous lui demandiez combien de fois il se soucie de l'opinion des autres, il vous donnerait une réponse très simple : zéro.Et je l'admire pour ça. Zayden possède une force de caractère que je n'ai jamais réussi à développer : là où il relève la tête, je baisse les yeux ; là où il répond, je me tais ; là où il refuse de se laisser piétiner, je m'efforce de devenir invisible pour éviter les coups. Nous sommes jumeaux, et pourtant nous sommes si différents.— Écoute-moi bien, Alessia, reprend-il en se rapprochant de moi. Cette visite pourrait être ta chance de quitter cet endroit.Mon sourire disparaît aussitôt. Quitter la meute… Ces mots résonnent dans ma tête comme une promesse à laquelle je n'ose plus croire. Zayden sait à quel point je souffre ici, il sait ce qu'on me fait subir, les humiliations que j'endure et les coups que je reçois, e
POINT DE VUE : ALESSIALa première étape, c'est le contact visuel. En général, à cet instant, le monde entier semble s'arrêter : c'est le moment où les loups entrent en connexion avec leur âme sœur, qu'ils en aient conscience ou non. À partir de là, tu te surprends à penser régulièrement à cette personne. Elle envahit tes pensées, et tu as beau essayer de te la sortir de la tête, rien n'y fait, car elle est partout, jusque dans les détails les plus insignifiants de ton quotidien.La deuxième étape, c'est le baiser. Dès que vos lèvres se touchent, les étincelles deviennent plus intenses et ce que tu ressens pour ton âme sœur prend une tout autre dimension : le désir grandit, la passion s'embrase et le besoin de l'avoir près de toi devient presque incontrôlable. Tu as du mal à trouver le sommeil, tant les émotions qui te submergent sont fortes, tu la cherches du regard, tu veux être à ses côtés et tu ressens sans cesse le besoin de te rapprocher d'elle.La troisième étape, c'est le marq







