Se connecterAmbroise s'avance, aide Terel à se relever. Terel est, à ce moment-là, incapable de marcher sans être soutenu. Il saigne du nez et de la lèvre. Il tremble.
Ambroise l'accompagne jusqu'à la porte.Cassien, sans regarder personne, remonte les trois marches, s'assied sur son trône, ferme les yeux quelques secondes comme s'il a un vertige, ouvre les yeux, et dit d'une voix qui n'est plus tout à fait la même :Le procès des deux accusés principaux, Cassien et Ilyria, se tient le vingt et un mars à Millefonds.C'est la première fois depuis trois mois que je revois Cassien.Il est amené enchaîné dans la grande salle du Conseil, en tenue de prisonnier : une tunique de laine grise sans marques, des chaussures de cuir sans lacets, les cheveux tondus courts. Il a perdu, en trois mois, environ quinze kilogrammes. Sa peau est grise. Ses yeux sont ternes. Il ne me regarde pas quand il entre dans la salle. Il regarde le sol.Ilyria est amenée ensuite, également enchaînée. Elle a, elle, plus de dignité dans son maintien. Elle est maigrie mais droite. Elle a tressé ses cheveux roux comme d'habitude. Elle porte la même tunique grise que Cassien. Elle me regarde une fois, en entrant. Elle n'incline pas la tête. Elle ne détourne pas les yeux non plus. Elle me reg
— SeleneLa session de printemps du Grand Conseil se tient le vingt et un mars.Trois mois se sont écoulés depuis la nuit du solstice.Trois mois pendant lesquels j'ai vécu la vie que je n'avais, jusque-là, jamais crue possible.J'ai passé le mois de janvier au manoir Varengar. J'y ai fait, avec Rhaegar, plusieurs travaux. J'ai fait retirer le portrait de la Luna Corvina du grand vestibule et l'ai remplacé par un miroir, un simple grand miroir sans blason, où toute personne qui entre dans le manoir se voit avant de voir un ancêtre. J'ai fait désaffecter la chambre du fond au deuxième étage, la chambre secrète d'Ilyria et de Cassien, et l'ai transformée en salle de couture pour les servantes. J'ai fait murer le passage de service entre les deux étages. J'ai fait couper les orchidées noires du jardin d'hiver.J'ai aussi, sur les conseil
Il ne parle pas. Il coupe les liens de Nyra. Il la soulève. Il la porte vers l'extérieur.Je reste seule avec Ilyria.Je sens, sous la lame de ma dague, la peau chaude de la gorge d'Ilyria.Je sens, plus profondément, la certitude que je peux, en un mouvement, en une seconde, tuer cette femme qui a, quinze minutes plus tôt, posé un couteau sur la gorge de ma fille.Je sens, aussi, le regard de Nyra qui, dans l'embrasure de la porte, s'est retournée.Je sens le regard de ma fille sur moi.Je vois dans le regard de Nyra une chose : une confiance.Nyra me regarde comme on regarde une mère qu'on sait juste, même dans la colère, même dans la fenêtre de puissance, même dans les trois secondes où elle peut tuer.J'inspire.Je retire la dague.Je range la dague dans ma ceinture.Je regarde Ilyria dans les yeux.
Kaelen s'occupe des hommes. Damaris s'occupe des chevaux. Rhaegar dresse la carte du monastère de Val-Perdu, un monastère abandonné depuis un siècle, isolé dans une gorge, sans issue autre que la porte principale et une fissure dans la muraille est qu'un homme mince peut, après escalade, franchir. Je réfléchis au signal. Je finis par choisir : — Je suis venue seule, comme tu l'as demandé, mais je vois maintenant que tu as menti. — Cette phrase, dite d'une voix normale, sera entendue par Kaelen qui, caché dans la pièce adjacente derrière la fissure est, saura qu'il peut entrer.Nous partons à une heure du matin.Nous galopons quatre heures dans la nuit. Nous atteignons la gorge de Val-Perdu à l'aube. Kaelen, Damaris et les huit hommes disparaissent dans la forêt par le côté est. Je prends la piste principale, sur mon cheval, en t
Rhaegar comprend.— Selene.— Oui.— Nous ne sommes pas obligés de dormir ici cette nuit.— Si. Il faut.— Pourquoi ?— Parce que si je ne dors pas ici cette nuit, cette chambre restera pour toujours la chambre de Cassien. Il faut que, cette nuit, tu poses ton corps à côté du mien dans ce lit où j'ai dormi vingt-cinq ans en croyant à un homme qui me mentait. Il faut que la pièce bascule. Il faut qu'elle nous appartienne dès demain matin. Sinon je devrai la fermer à clé, ou la réaménager, ou la changer, et je passerai ma vie à rester la victime de vingt-cinq années. Non. Cette nuit.Il incline la tête.Il défait son manteau. Je défais ma robe. Nous nous couchons dans le lit.Il m'attire contre lui. Il ne fait rien de plus. Il m'embrasse sur le front. Il pose
Je regarde le feu.— Marek n'est pas Cassien. Marek n'a pas violé une résonance. Marek n'a pas tué un enfant. Marek a triché, il a menti, il a essayé de survivre à une situation impossible. C'est une trahison de moindre gravité.— C'est une trahison. Elle mérite une peine.— Elle mérite une peine. Je propose : douze années de service forcé pour la meute, dans un poste subalterne, sans droit de titre, sans salaire au-delà de la subsistance. Il vivra parmi nous. Il paiera par son travail. Il n'aura pas la mort mais il n'aura pas non plus la liberté. C'est proportionné.— C'est proportionné.— Il faudra, aussi, qu'il te confesse par écrit, avant l'entrée en service, le détail exact de ses actions depuis mars. Nous aurons besoin de ce document pour d'autres procès à venir







