Share

CHAPITRE 2 — La Photo

last update Tanggal publikasi: 2026-02-21 12:19:16

Zola dormit mal cette nuit-là.

Elle se retourna dans ses draps jusqu'à trois heures du matin, les yeux au plafond, avec le visage de Jospain qui revenait en boucle chaque fois qu'elle fermait les paupières. Ses yeux d'or. Ses blessures qui se refermaient seules. Sa voix — reste, reste seulement — qui avait quelque chose d'une prière dans son fond.

Et la photo sur la table de son père.

Elle s'était levée à six heures, incapable de rester couchée plus longtemps, et avait trouvé Kofi déjà à la table de la cuisine avec son café et ses fichiers. Son père était comme ça : il semblait ne pas avoir besoin de sommeil, ou alors il avait appris à s'en passer. Quarante-huit ans, les tempes grises, le dos droit d'un homme qui ne s'était jamais permis de se courber devant quoi que ce soit.

— Tu as mal dormi, dit-il sans lever les yeux.

— L'accident sur la route principale m'a obligée à faire un détour. Je suis rentrée tard.

— J'ai vu.

Elle s'arrêta en versant son café. Il avait vu. Ce qui voulait dire qu'il avait regardé par la fenêtre. Ou plus probablement qu'il avait une façon de savoir où elle se trouvait qu'il ne lui avait jamais expliquée en détail, et qu'elle avait cessé de questionner depuis l'adolescence.

— La photo d'hier soir, dit-elle en s'asseyant en face de lui. Tu sais qui c'est ?

Kofi ferma son dossier. Ça, c'était signe qu'il allait lui parler vraiment — quand il fermait ses dossiers, il était entièrement là, entièrement présent, ce qui était à la fois son meilleur et son pire côté.

— Jospain Sewero, dit-il. Alpha de la meute Sewero. Ils sont arrivés dans notre territoire il y a trois semaines. J'ai mis du temps à confirmer l'identification.

Zola but une gorgée de café pour se donner une contenance. Sewero. Ce nom qu'elle avait porté comme un secret pendant dix ans. La femme mourant dans la clairière, les mains ouvertes vers le ciel. Sewero. Dis-lui que je l'aime.

— Combien sont-ils ? dit-elle.

— Une vingtaine, peut-être plus. Ils sont discrets, bien organisés. Cette meute-là n'est pas comme les autres que j'ai rencontrées. — Il marqua une pause. — Leur Alpha encore moins.

— Qu'est-ce qu'il a de particulier ?

Kofi la regarda un moment. Il y avait quelque chose dans ce regard, une hésitation infime qui n'était pas habituelle chez lui, un homme qui n'hésitait jamais.

— Il est jeune, dit-il enfin. Trente-cinq ans, peut-être. Mais sa puissance... je n'ai jamais vu ça. Des témoignages de trois territoires différents. Il a survécu à des choses qui n'auraient pas dû être survivables. — Il rouvrit son dossier, mais en regardant sa fille plutôt que les pages. — Sois prudente, Zola. Plus prudente que d'habitude. Cette meute-là a l'air de vouloir s'installer.

Elle hocha la tête. Termina son café. Rinça sa tasse avec des gestes qui se voulaient naturels.

— Je suis de service à sept heures, dit-elle.

Elle passa la matinée à la clinique en mode automatique, pensant à autre chose pendant qu'elle prenait des températures et renouvelait des prescriptions. À midi, Thandi débarqua avec deux sandwichs du café en face et une expression qui annonçait qu'elle avait des choses à dire.

— Tu fais une tête, dit Thandi en s'installant sur le bord du bureau. Raconte.

Thandi Nkosi était la meilleure amie de Zola depuis l'âge de sept ans. Grande, rieuse, avec une façon de regarder les gens qui leur donnait l'impression d'être entièrement vus et entièrement acceptés en même temps — un talent rare, une sorte de grâce naturelle. Elle ne savait pas ce qu'était vraiment le travail de Kofi. Zola ne lui avait jamais dit, ne pourrait jamais lui dire. Mais elle savait que des choses se passaient, que Zola portait des secrets, et elle ne posait jamais les mauvaises questions.

— J'ai trouvé un homme blessé dans la forêt hier soir, dit Zola.

Thandi s'arrêta à mi-bouchée.

— Dans la forêt. La nuit.

— Je prenais le chemin coupant.

— Que tu n'es pas censée prendre.

— Exactement.

— Et il était blessé comment ?

— Grièvement. Des lacérations profondes. Il refusait l'hôpital.

Thandi masticha lentement, réfléchissant. — Il était comment, physiquement ? En dehors des blessures.

Zola s'obligea à ne pas sourire. — Ce n'est pas le sujet.

— Ça veut dire qu'il était très bien. Continue.

— Je suis restée avec lui jusqu'à ce qu'il aille mieux. Puis je suis rentrée.

Ce qu'elle ne dit pas : il allait mieux bien trop vite. Ce qu'elle ne dit pas : ses blessures se refermaient sous mes doigts. Ce qu'elle ne dit pas : ses yeux étaient d'une couleur qui n'existe pas dans ce monde. Ce qu'elle ne dit pas : mon père a sa photo et veut le tuer.

— Et tu y penses encore ce matin, dit Thandi. Ce n'était pas une question.

— Thandi.

— Je t'observe depuis six heures. Tu es ailleurs.

Zola s'apprêtait à répondre quand la porte de la clinique s'ouvrit. Le petit carillon retentit. Elle leva les yeux par réflexe professionnel.

L'homme dans l'embrasure était grand. Très grand. Torse couvert cette fois, un pull sombre sur les épaules larges, une veste, les mains dans les poches. Il n'avait pas de blessures visibles. Il marchait normalement, sans douleur, comme si la nuit précédente n'avait pas eu lieu.

Comme si ses blessures s'étaient, effectivement, refermées.

Il la trouva du regard en moins d'une seconde. Ces yeux d'or, dans la lumière blanche de la clinique, étaient encore plus troublants qu'à la lueur de sa lampe de poche. Ils étaient surnaturels. Ils étaient impossibles. Et la façon dont ils se posèrent sur elle — avec cette reconnaissance, cette certitude calme — lui fit l'effet d'une main sur la nuque.

— Je voudrais un rendez-vous, dit Jospain.

Thandi se leva très lentement de son perchoir sur le bureau, les yeux écarquillés, le sandwich oublié dans sa main.

— Bien sûr, dit Zola d'une voix parfaitement posée qui était le plus grand mensonge qu'elle ait jamais dit. Je vais vérifier les disponibilités.

Elle n'avait pas prévu de le revoir. Elle n'avait surtout pas prévu qu'il viendrait la chercher. Qu'il savait exactement où elle travaillait. Qu'il aurait ce regard-là, ce regard qui contenait tout ce qu'il n'avait pas dit la nuit précédente, et toutes les questions qu'elle n'avait pas encore osé poser.

Elle attrapa son carnet de rendez-vous. Ses mains ne tremblaient pas. Elle était la fille de Kofi Bamba — les mains de Kofi Bamba ne tremblaient jamais.

— Mardi matin, dix heures, dit-elle.

Jospain s'approcha du comptoir. Il se pencha légèrement, pas de façon menaçante, mais suffisamment pour que sa voix n'atteigne qu'elle.

— Tu n'as pas dormi, dit-il tout bas.

— Je vais bien.

— Non. — Un battement. — Tu penses à moi depuis ce matin.

Le pire, c'est qu'il n'y avait pas d'arrogance dans sa voix. Aucune. C'était dit avec la même certitude calme qu'il mettait dans tout le reste, comme s'il énonçait un fait météorologique. Et c'était précisément pour ça que ça lui fit l'effet d'un coup au plexus.

— Mardi matin, répéta-t-elle. Dix heures.

Il la regarda encore un moment, avec ce regard qui semblait voir à travers les mensonges comme à travers du verre, et il hocha la tête. Puis il repartit vers la porte, et Zola ne regarda pas la façon dont il marchait, et Thandi attendit que la porte soit refermée pour exploser.

— Zola Bamba. C'est lui ? L'homme de la forêt ?

— Oui.

— Il est revenu te voir.

— Apparemment.

— Il t'a dit que tu pensais à lui.

— Thandi.

— Il sait que tu pensais à lui. — Thandi posa les deux mains sur le comptoir. — Qui est cet homme ?

Zola regarda la porte fermée. De l'autre côté, dans la rue, elle entendait ses pas s'éloigner. Un pas régulier, sans douleur, absolument normal. Comme si rien ne s'était passé.

Comme si son père n'avait pas sa photo dans un dossier marqué cible.

— Je ne sais pas encore, dit-elle.

Ce qui était vrai. Et terriblement insuffisant.

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • L'Alpha de la Nuit : Désirs Interdits   CHAPITRE 100 — Un An

    Le vingt-deux juin, Ifeoma eut un an. Zola le nota le matin dans son journal — pour sa fille, pour elle-même, pour ce qui avait été traversé : Tu as un an aujourd'hui. Il y a un an à deux heures quarante-trois du matin, tu arrivais dans une pièce de la clinique du Dr. Omondi, et tu remplissais tout l'espace de ta présence avant même d'avoir eu le temps de pleurer. Tu marches depuis deux mois. Tu fais des sons dans deux langues — la nôtre et celle que tu as choisie d'utiliser. Tu ris de Kojo systématiquement et parfois de moi quand je rate quelque chose, ce qui est une information sur toi. Tu poses la main sur les joues des gens quand ils sont tristes, avec cette douceur que tu n'as pas apprise, que tu apportes. Tu es ce que tu es et tu es exactement là où tu dois être. La journée fut grande. Amara prépara quelque chose depuis la veille — des plats qu'elle avait demandé à Zola de ne pas regarder faire, c'est une tradition de la meute, la mère ne voit pas ce qu'on prépare avant qu

  • L'Alpha de la Nuit : Désirs Interdits   CHAPITRE 99 — La Chose Qu'Amara Trouva

    Elle frappa à la porte un mardi matin de mai, plus tôt que d'habitude.Zola reconnut son frapper — trois fois, réguliers, espacés de la même façon chaque fois, comme si Amara avait décidé une fois pour toutes de quelle façon elle frappait et qu'il n'y avait pas de raison d'en dévier.Elle entra avec son sac et le cahier ancien — celui des archives transmises — et dit :— J'ai trouvé quelque chose hier soir. Il faut que vous l'entendiez tous les deux.Jospain était là. Ifeoma dormait encore. Ils s'assirent.Amara posa le cahier ancien sur la table. L'ouvrit à une page marquée d'un ruban.— L'enfant de seuil de cent quarante ans dont je vous avais parlé. Celui qui était un pont entre les registres.— Oui.— Je vous avais dit que les archives sur lui s'arrêtaient à sa mort naturelle à soixante-huit ans. — Elle posa le doigt sur la page. — Ce n'est pas entièrement vrai. Il y a une dernière section que je n'avais pas lue parce que l'écriture était trè

  • L'Alpha de la Nuit : Désirs Interdits   CHAPITRE 98 — L'Été Qui Commence

    Mai arriva avec une chaleur honnête.Ifeoma marchait maintenant — pas bien, pas longtemps, mais vraiment. Avec cette façon des jeunes marcheurs de traiter chaque pas comme une décision distincte, une attention totale mise dans le transfert de poids d'un pied à l'autre.Le jardin était devenu son territoire.Elle marchait vers les fleurs. Elle s'asseyait devant les pierres du mur avec cette façon de les regarder qui disait tu es intéressante, toi. Elle tendait les mains vers tout ce qui bougeait.Amara l'observait avec son cahier et une expression qui était la plus proche de la joie qu'Amara montrait en public.— Elle explore, dit Amara un matin.— Oui.— Pas aléatoirement. Elle revient aux mêmes endroits. Elle teste si les choses changent.— Elle vérifie si le monde est stable.— Oui. Et quand elle trouve que quelque chose a changé — une fleur qui a bougé, une pierre déplacée — elle s'arrête et elle regarde longtemps.— Comme pour compren

  • L'Alpha de la Nuit : Désirs Interdits   CHAPITRE 97 — Ce Que Le Conseil Avait Appris

    La lettre d'Asante arriva deux semaines après les premiers pas d'Ifeoma.Pas une lettre de menace — Zola avait appris à reconnaître immédiatement à l'écriture d'Asante si c'était une bonne nouvelle ou une mauvaise, et cette lettre-là avait la qualité d'écriture des bonnes nouvelles : posée, directe, sans préambule défensif.Kofi et Zola,Le Conseil a terminé son évaluation de la période post-Dressi. Les résultats sont dans le rapport ci-joint, mais je vous donne l'essentiel ici.L'alliance de Downtown a été formellement classifiée comme modèle de référence pour les territoires mixtes en Europe et en Afrique subsaharienne. Ça veut dire que d'autres cas comparables pourront être évalués à l'aune de ce que vous avez fait ici, et non plus à l'aune des pratiques antérieures.Ça veut aussi dire que vous allez être sollicités. Des chasseurs vont vouloir parler à Kofi. Des Alphas vont vouloir parler à Jospain. Je vous préviens parce que ça va arriver vite et vous mé

  • L'Alpha de la Nuit : Désirs Interdits   CHAPITRE 96 — La Nuit Du Premier Pas

    Ifeoma marcha le troisième soir d'avril.Personne ne l'attendait ce soir-là spécifiquement. Pas de ce soir peut-être dans l'air, pas de tension particulière. Kojo était là — il avait pris l'habitude de dîner chez eux deux fois par semaine depuis que Jabari et Thandi s'étaient installés dans une maison à trois rues — et il regardait Ifeoma faire ses explorations habituelles dans le salon.Elle s'était levée en tenant le canapé. Zola était dans la cuisine, Jospain à côté d'elle. Kojo était le seul dans le salon.Il dit, très fort :— Elle se lève.Zola posa sa cuillère. Jospain arrêta ce qu'il faisait. Ils entrèrent dans le salon.Ifeoma se tenait debout, debout vraiment, en tenant le canapé d'une main. Elle regardait l'espace devant elle — peut-être trois mètres jusqu'à Kojo assis en tailleur sur le tapis.Kojo ne bougea pas. Il dit, à voix basse et très sérieuse, comme quelqu'un qui comprend que l'instant est délicat :— Tu peux le faire.Ife

  • L'Alpha de la Nuit : Désirs Interdits   CHAPITRE 95 — Ce Que Le Printemps Apporta

    Avril à Downtown avait quelque chose de différent cette année.Peut-être que c'était le printemps lui-même — plus chaud que d'habitude, avec une lumière qui revenait plus vite que prévu après l'hiver. Peut-être que c'était autre chose, quelque chose qui n'avait pas de nom météorologique mais qui avait à voir avec ce que les douze derniers mois avaient déposé dans les rues et les maisons et les gens de cette ville.Zola remarqua des choses.La façon dont les membres de la meute se déplaçaient dans la ville — avec moins de précaution défensive, plus d'aisance. Malik qui travaillait dans son garage et qui disait bonjour à ses voisins humains depuis l'hiver. Adaora qui avait commencé à faire des maraudes médicales bénévoles avec Zola le vendredi matin — pas en lien avec la meute, juste parce qu'elle voulait, parce qu'elle avait des compétences et qu'il y avait des besoins.Elle remarqua Kofi.Il avait commencé ses formations. Deux chasseurs étaient venus de terr

  • L'Alpha de la Nuit : Désirs Interdits   CHAPITRE 5 — La Vérité sur les Mates

    Il ne disparut pas.Zola avait attendu quarante-huit heures après le coup de téléphone, retenant son souffle à chaque bruit de pas dans le couloir de la clinique, se demandant s'il avait finalement pris la bonne décision et s'en était allé. La ville avait continué à tourner autour d'elle comm

  • L'Alpha de la Nuit : Désirs Interdits   CHAPITRE 4 — Le Dossier

    Elle aurait dû regarder ce dossier depuis le début.Le lendemain matin, pendant que son père était sorti — ses matinées commençaient toujours avant l'aube, des habitudes de chasseur qui ne s'éteignaient jamais — Zola s'assit à la table de la cuisine et ouvrit le dossier Sewero.C'était son erreur,

  • L'Alpha de la Nuit : Désirs Interdits   CHAPITRE 3 — L'Abandon du Moulin

    Elle y retourna le lendemain soir.Elle savait que c'était une mauvaise idée. Elle s'était dit exactement ça en fermant la clinique, en enfilant sa veste, en prenant le chemin de la forêt pour la deuxième fois en trois jours. Mauvaise idée, Zola. Elle avait même prononcé les mots à voix haute, dans

  • L'Alpha de la Nuit : Désirs Interdits   CHAPITRE 1 — La Fille du Chasseur

    La clinique de Downtown fermait à dix-huit heures, mais Zola Bamba était toujours là à dix-neuf heures trente, à ranger les dossiers que personne d'autre ne rangeait jamais correctement.C'était son défaut principal, lui disait Thandi Nkosi depuis le lycée. Tu veux tout contrôler, Zola. Tu veux que

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status