LOGINDans la petite ville de Downtown, où les secrets se cachent sous la surface, Elena mène une vie tranquille jusqu'à ce qu'elle croise le chemin de Jospain, l'Alpha d'une meute de loups-garous. Leur rencontre est électrisante, mais leur amour est voué à l'échec : Elena est la fille d'un chasseur de loups-garous, un homme déterminé à éradiquer la meute qu'il considère comme un fléau. Alors que la tension entre les clans s'intensifie, Jospain se bat pour prouver à Elena qu'il n'est pas l'ennemi qu'elle pense. Leur attirance devient un feu dévorant, mais les secrets de famille et une grossesse inattendue compliquent encore plus leur relation. Entre passion et trahison, Elena doit choisir entre son cœur et son héritage. Chaque chapitre dévoile un nouvel obstacle, un secret révélateur, et une tension insupportable qui pousse Elena et Jospain à se confronter à leurs véritables désirs. Leur quête pour l'amour et la rédemption les mènera à des choix déchirants, où chaque décision pourrait les séparer à jamais.
View MoreIl y a des souvenirs qu'on ne choisit pas de garder. Ils s'installent d'eux-mêmes, comme une brûlure sur la peau, et restent là des années, des décennies, même quand on voudrait tout oublier.
J'avais dix ans la première fois que j'ai compris ce que mon père faisait vraiment. C'était une nuit de novembre, froide et sans lune, et j'avais suivi papa en cachette dans la forêt qui bordait Downtown. Je savais que je n'aurais pas dû. Il me l'avait interdit — la forêt est dangereuse, Zola, jamais la nuit, jamais seule — mais la curiosité était plus forte que la peur, et les enfants n'écoutent pas toujours. Je me souviens de tout. L'odeur de résine des pins, mêlée à quelque chose de métallique que je n'identifiais pas encore. Le craquement de mes petites bottes sur les feuilles mortes. La façon dont j'avais retenu mon souffle quand j'avais aperçu les torches, cinq ou six, formant un cercle dans la clairière au cœur des bois. Mon père était au centre. Grand, autoritaire, la mâchoire serrée, une arbalète dans les mains. En face de lui : un loup. Pas n'importe quel loup. Même à dix ans, même terrorisée, j'avais su que ce n'était pas un animal ordinaire. Il était immense — aussi haut qu'un poney au garrot, la fourrure d'un noir d'encre qui semblait absorber la lumière des torches, les yeux d'un or brillant qui paraissaient contenir toute l'intelligence du monde. Il ne grognait pas. Il ne chargeait pas. Il reculait, cherchant une issue dans le cercle de chasseurs qui se refermait sur lui. Il cherchait à fuir. — Vous n'êtes pas obligés, disait une voix. Grave, rauque, mais humaine. Mon Dieu — humaine. Sortant de la gueule du loup. J'avais failli crier. J'avais mis ma main sur ma bouche. — Vous n'êtes pas obligés, répétait la créature. Mes enfants sont seuls. Mon fils n'a que quinze ans. Je vous en supplie. — Les monstres ne méritent pas d'avoir des enfants. La voix de mon père était calme. Absolue. Sans colère ni cruauté, ce qui était presque pire. Comme s'il énonçait simplement un fait, la façon dont on dit il fait froid ce soir ou le dîner est prêt. Il avait tiré. La flèche avait sifflé dans l'obscurité, et le grand loup noir avait poussé un cri — pas un hurlement animal, non, quelque chose de bien plus dévastateur, quelque chose d'arraché entre deux natures, entre deux vies. Il s'était effondré, la fourrure frémissante, et sous mes yeux horrifiés, sa forme avait changé. S'était contractée. S'était transformée. La femme qui gisait dans la clairière était belle. Vraiment belle. Noire, aux traits fins et nobles, aux cheveux nattés serrés contre son crâne, une robe légère qui n'était pas là une seconde avant, comme si la transformation l'avait habillée pudiquement de ses dernières forces. Elle avait la trentaine. Elle avait les mains ouvertes vers le ciel sombre. Elle avait tourné la tête vers moi. Je ne sais pas comment elle m'avait vue, cachée dans les buissons, dans l'obscurité totale. Peut-être que les gens comme elle voyaient mieux que nous. Peut-être qu'elle savait depuis le début que je me trouvais là — que cette enfant terrifiée allait assister à sa mort, et qu'elle avait décidé de lui confier quelque chose malgré tout. Ses yeux dorés avaient rencontré les miens. Ils étaient magnifiques, même mourants. Peut-être surtout mourants. — Mon fils, avait-elle murmuré. Son souffle faisait un petit nuage blanc dans le froid. Sewero. Dis-lui... dis-lui que j'ai lutté. Dis-lui que je l'aime. Puis ses yeux s'étaient fermés pour toujours. Dans la forêt, très loin dans les ténèbres, quelque chose avait hurlé. Ce son — je ne trouverai jamais les mots justes pour le décrire. Ce n'était pas le hurlement d'un animal. Ce n'était pas non plus le cri d'un homme. C'était quelque chose entre les deux, quelque chose d'immense et de disloqué, une douleur si pure et si absolue qu'elle traversait la chair et s'installait directement dans les os. Ce hurlement parlait d'une perte irrémédiable. Il parlait d'un fils qui venait de perdre sa mère et qui le savait, à des kilomètres de là, par le seul tremblement du lien qui les unissait. Il avait duré longtemps. Trop longtemps. Cette nuit-là, j'avais couru jusqu'à la maison et vomi dans les buissons devant la porte. Mon père ne l'avait jamais su. Je ne lui avais jamais parlé de ce que j'avais vu. Je n'avais jamais prononcé le mot Sewero à voix haute. J'avais porté ce secret pendant dix ans comme une pierre au fond de l'eau. Toujours là. Toujours froide. Dix ans plus tard. Je me retrouvai dans la même forêt, par la même nuit froide, et j'entendis à nouveau ce hurlement. Il montait des profondeurs des bois comme une lame invisible — long, déchirant, habité d'une douleur que le temps n'avait visiblement pas adoucie. Il faisait vibrer quelque chose dans ma poitrine, quelque chose que je n'aurais pas su nommer avec précision. Pas de la peur. Pas seulement de la peur. De la reconnaissance. Je m'arrêtai sur le sentier de terre battue, le cœur cognant contre mes côtes. Vingt ans. J'avais vingt ans, j'étais infirmière, j'étais la fille de Kofi Bamba et j'avais cru, vraiment cru, avoir fait la paix avec ce que j'avais vu enfant. Je m'étais menti à moi-même pendant dix ans. C'est assez facile, en réalité, quand on s'y entraîne quotidiennement. Dans les arbres, à une vingtaine de mètres sur ma gauche, deux points lumineux s'allumèrent dans l'obscurité. Or. Parfaitement, terriblement, douloureusement or. Mon souffle se bloqua dans ma gorge. Ces yeux-là, je les avais vus dans mes rêves pendant une décennie. Ces yeux-là représentaient ma culpabilité, mon secret inavouable, la question que je n'avais jamais osé poser à voix haute : la femme qui est morte cette nuit-là méritait-elle de mourir ? Ces yeux-là me fixaient maintenant depuis les ténèbres, immobiles et brûlants, avec une intensité qui me cloua sur place aussi sûrement que si une main invisible m'avait saisie par les épaules. Ils me voyaient. Pas le corps de la fille qui marchait sur le sentier. Pas l'uniforme bleu de l'infirmière, pas les cheveux défaits, pas les joues encore rouges du froid. Quelque chose d'autre. Quelque chose de plus profond. Comme si ces yeux-là lisaient directement dans ce que j'étais, dans ce que je cachais, dans tout ce que j'aurais voulu ne pas être. Je fis un pas en arrière. Puis un autre. Les yeux ne bougèrent pas. Ne cillèrent pas. Ils attendirent, avec une patience infinie, comme s'ils avaient tout leur temps. Comme s'ils savaient — comme s'ils avaient toujours su — que ce moment arriverait. Ce soir-là, dans la forêt de Downtown, tout commença. Et rien ne fut jamais pareil.Elle aurait dû regarder ce dossier depuis le début.Le lendemain matin, pendant que son père était sorti — ses matinées commençaient toujours avant l'aube, des habitudes de chasseur qui ne s'éteignaient jamais — Zola s'assit à la table de la cuisine et ouvrit le dossier Sewero.C'était son erreur, peut-être. Les enfants de chasseurs ne regardent pas dans les dossiers de chasse. Il y a une sorte de règle implicite dans les familles comme la sienne : ce que je fais protège tout le monde, et si tu es protégée, c'est en partie parce que tu ne sais pas tout. Elle avait respecté ça pendant vingt ans. Ce matin, elle ne le respecta plus.Les premières pages étaient administratives. Cartes de territoire, relevés de déplacements, notes manuscrites de Kofi en pattes de mouche serrées. Puis des photos. Des photos de surveillance, la plupart — des silhouettes captées de loin, floues, dans des parkings ou des rues commerçantes.Jospain apparaissait sur plusieurs d'entre elles. Elle le reconnut immé
Elle y retourna le lendemain soir.Elle savait que c'était une mauvaise idée. Elle s'était dit exactement ça en fermant la clinique, en enfilant sa veste, en prenant le chemin de la forêt pour la deuxième fois en trois jours. Mauvaise idée, Zola. Elle avait même prononcé les mots à voix haute, dans le vide de la rue déserte, et s'était quand même mise en marche.Il y avait quelque chose en elle, depuis la nuit du moulin, qui n'obéissait plus tout à fait aux ordres habituels.Elle ne cherchait pas le sentier cette fois. Elle cherchait l'ancien moulin au bout du sous-bois, bâtisse abandonnée depuis vingt ans que les gamins de Downtown évitaient parce que selon la rumeur, elle était hantée. Zola ne croyait pas aux fantômes. Elle croyait à des choses bien plus concrètes et bien plus terrifiantes — elle avait grandi dans la maison d'un chasseur, après tout.Elle trouva le moulin dans le crépuscule naissant. Une silhouette se découpait contre la pierre grise, appuyée au chambranle de la por
Zola dormit mal cette nuit-là.Elle se retourna dans ses draps jusqu'à trois heures du matin, les yeux au plafond, avec le visage de Jospain qui revenait en boucle chaque fois qu'elle fermait les paupières. Ses yeux d'or. Ses blessures qui se refermaient seules. Sa voix — reste, reste seulement — qui avait quelque chose d'une prière dans son fond.Et la photo sur la table de son père.Elle s'était levée à six heures, incapable de rester couchée plus longtemps, et avait trouvé Kofi déjà à la table de la cuisine avec son café et ses fichiers. Son père était comme ça : il semblait ne pas avoir besoin de sommeil, ou alors il avait appris à s'en passer. Quarante-huit ans, les tempes grises, le dos droit d'un homme qui ne s'était jamais permis de se courber devant quoi que ce soit.— Tu as mal dormi, dit-il sans lever les yeux.— L'accident sur la route principale m'a obligée à faire un détour. Je suis rentrée tard.— J'ai vu.Elle s'arrêta en versant son café. Il avait vu. Ce qui voulait d
La clinique de Downtown fermait à dix-huit heures, mais Zola Bamba était toujours là à dix-neuf heures trente, à ranger les dossiers que personne d'autre ne rangeait jamais correctement.C'était son défaut principal, lui disait Thandi Nkosi depuis le lycée. Tu veux tout contrôler, Zola. Tu veux que le monde soit bien ordonné, bien étiqueté, bien rangé dans les bonnes cases. Thandi disait ça en riant, avec cette façon qu'elle avait de rendre les critiques affectueuses, et Zola lui donnait toujours raison parce que c'était vrai. Absolument vrai.Elle avait grandi dans une maison où les règles étaient claires et les exceptions inexistantes.Son père Kofi Bamba était ainsi : un homme de principes, de lignes nettes et de décisions irrévocables. Un homme qui aimait sa fille plus que sa propre vie — elle en était certaine, elle l'avait vu dans ses yeux des centaines de fois — mais dont l'amour ressemblait à une forteresse plutôt qu'à un jardin. Solide. Sûr. Pas toujours agréable à habiter.Z
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