FAZER LOGINMarcia comprend immédiatement.Ce n’est pas une révélation lente, ni une intuition floue. C’est un calcul froid, instantané, presque instinctif. Dès l’instant où le médecin prononce les mots amnésie rétrograde sévère, quelque chose se met en place dans son esprit.Une opportunité.Dans le couloir de l’hôpital, elle marche d’un pas assuré. Les talons résonnent contre le sol lisse, réguliers, maîtrisés. Elle ne laisse rien paraître, ni la tension, ni l’urgence. Lorsqu’elle arrive devant le poste infirmier, elle s’arrête, redresse légèrement les épaules.— Je suis l’épouse de Victor Palacios, dit-elle calmement.Le mot épouse tombe sans trembler.L’infirmière relève la tête, surprise.— Madame Palacios ?— Oui.Aucune hésitation. Aucun flottement.— Il vient de se réveiller. Son état nécessite un environnement stable. Je suis son unique proche parent présent.L’infirmière consulte rapidement le dossier.— Nous n’avons pas—— Je sais, coupe Marcia avec douceur. Les documents officiels ser
La lumière est la première chose qu’il perçoit. Blanche. Trop blanche. Elle lui brûle presque les yeux lorsqu’il tente de les ouvrir. Une douleur sourde pulse dans sa tête, profonde, lancinante, comme si quelque chose battait à l’intérieur de son crâne sans trouver de rythme. Victor inspire brusquement. L’air entre difficilement dans ses poumons. Il tousse, un son rauque, maladroit, qui lui arrache une grimace. Sa gorge est sèche, brûlante. Chaque mouvement lui semble étranger, mal coordonné. — …Victor ? Une voix. Féminine. Proche. Il cligne des yeux plusieurs fois, tente de se concentrer. Le plafond est flou. Les contours se déforment. Puis, lentement, une silhouette apparaît au-dessus de lui. Une femme. Brune. Élégante. Les traits tirés mais maîtrisés. Elle le regarde comme si elle retenait son souffle depuis trop longtemps. — Victor… tu m’entends ? Il la fixe. Il ne ressent rien.Ni reconnaissance. Ni colère. Ni attachement. Juste une confusion dense, lourde. — Qu
Deux semaines passent. Elles ne font pas de bruit. Elles ne laissent pas de trace visible. Elles s’écoulent comme une eau sombre, lente, étouffante. La villa respire autrement désormais. Marcia a pris le contrôle. Tout est réglé, structuré, ordonné. Les employés changent. Les horaires sont stricts. Les portes se ferment à heures fixes. Les appels sont filtrés. Les affaires de Victor continuent de tourner, mais sans son ombre directe. Son nom suffit encore. Son absence aussi. Marcia s’impose sans élever la voix. Elle traverse la maison comme si elle en avait toujours été la maîtresse. Elle connaît les pièces. Les raccourcis. Les silences. Elle donne des ordres calmes, précis. On l’écoute. On lui obéit. Chaque matin, elle se rend à l’hôpital. Toujours à la même heure.Toujours élégante. Toujours droite. Victor est encore inconscient. Branché à des machines. Immobile. Son visage est amaigri, figé dans une expression neutre. Parfois, Marcia s’assoit près de lui. Elle lui parle.
La voiture roule dans un silence irréel. La pluie a cessé, mais l’humidité colle encore aux vitres, comme un voile sale que personne ne prend la peine d’essuyer. Les phares découpent la route en lignes blanches qui défilent lentement. Trop lentement. Ou trop vite. Lila n’en sait rien. Le temps n’a plus de forme. À l’arrière, elle est recroquevillée contre la portière. Ses bras entourent son propre corps, comme si elle essayait de se maintenir en un seul morceau. Ses vêtements portent encore l’odeur de l’hôpital. Désinfectant. Mort. Fin. Ses yeux sont secs, brûlants. Elle a tellement pleuré que les larmes semblent l’avoir abandonnée. Devant, Marissa conduit. Les épaules raides. Les mains crispées sur le volant. Elle jette parfois un regard dans le rétroviseur, inquiète, impuissante. À côté d’elle, Marcia est droite, silencieuse. Le visage fermé, presque figé. Mais ses doigts tremblent légèrement sur son sac posé sur ses genoux. Elle ne regarde ni Lila, ni la route. Elle fixe un
La chambre est plongée dans une pénombre artificielle, coupée seulement par les lumières vertes et bleutées des machines. L’air est lourd, saturé d’odeur de désinfectant et de peur retenue. Chaque bip résonne comme un compte à rebours.Lila est assise au bord du lit.Elle n’ose presque pas respirer. Ses doigts sont crispés sur le drap, froissés, humides de sueur. Elijah est là, immobile, trop immobile. Son visage est pâle, marqué par des ecchymoses, des bandages. Il a l’air plus jeune ainsi, fragile, loin de l’homme calme et solide qu’il a toujours essayé d’être.— Réveille-toi… murmure-t-elle. S’il te plaît.Sa voix tremble. Elle ne sait plus depuis combien de temps elle est là. Les minutes se ressemblent toutes. L’attente est une torture lente, silencieuse.Puis—Un mouvement.Infime.Presque imperceptible.Les doigts d’Elijah bougent légèrement.Lila se fige.— Elijah… ?Son cœur s’emballe si fort qu’elle a l’impression qu’il va exploser. Elle se penche en avant, ses yeux fouillant
L’hôpital ne dort jamais. Même en pleine nuit, les couloirs sont éclairés par une lumière blanche et crue qui efface toute notion de temps. Les portes automatiques s’ouvrent brusquement lorsque Lila arrive, presque traînée à l’intérieur par Marissa. Son souffle est court. Son cœur bat trop vite. Tout son corps tremble comme si le froid s’était logé sous sa peau. Derrière elles, Marcia entre d’un pas ferme. Les sirènes viennent tout juste de se taire dehors. L’air sent encore la pluie et l’urgence. Des voix s’élèvent, des brancards passent à toute vitesse. Quelqu’un appelle un médecin. Quelqu’un d’autre dicte des chiffres, des constantes, des mots que Lila ne comprend pas. — Accident de la route, deux hommes, traumatisme sévère, dit une voix pressée. Lila s’arrête net.Deux hommes.Son estomac se noue violemment. — Où sont-ils ? demande-t-elle d’une voix presque inaudible. Marissa serre sa main plus fort. Elle aussi est pâle, le visage tiré par l’inquiétude. — On va savoi
Victor est assis dans son bureau, derrière la grande baie vitrée qui donne sur la nuit. Mais il ne regarde pas la ville. Il ne regarde pas les lumières, ni les ombres, ni le monde qui continue sans lui.Non.Son regard est fixé sur les écrans devant lui.Quatre caméras.Quatre angles.Une seule p
Le plateau posé sur la petite table dégage une odeur de viande grillée et de légumes fumants. Lila reste assise sur le bord du lit, les bras croisés. Son ventre crie famine, mais elle détourne la tête avec obstination. Elle n’avancera pas ses lèvres vers la nourriture de ses geôliers, pas tant que
Lila pousse la porte de son appartement, le cœur lourd, le souffle encore court de l’angoisse et de la colère qui l’ont submergée au commissariat. Ses mains tremblent, son sac est toujours vide, et l’écho des rires des officiers résonne encore dans sa tête, cruel et moqueur. Elle referme la porte d
Julien l’écoute sans interruption, son regard attentif, ses mains jointes sur ses genoux. Il ne juge pas, ne commente pas, il absorbe simplement chaque mot, chaque émotion. Lila sent un poids se lever un peu de ses épaules rien qu’en étant entendue, et une confiance fragile commence à s’installer e







