LOGINPoint de vue de Nadia
Mon esprit s'est vidé.
Tout autour de moi s'est brouillé. Les chuchotements. Les halètements. Les regards. Je n'y comprenais rien.
Je n'entendais que les mots de Noah résonner dans ma tête.
« Nous l'épouserons tous les deux. »
J'avais envie de crier. J'avais envie de m'enfuir. Mais j'étais comme paralysée. Mon corps refusait de bouger. Ma voix était muette. J'étais prisonnière de mon propre silence.
Neal me regarda. Ses yeux verts étaient doux. Chaleureux. Empreints de quelque chose que je ne comprenais pas. Quelque chose qui me brisait le cœur.
« Valérie », murmura-t-il. Juste mon nom. Comme une prière. Comme si j'étais la seule chose qui comptait au monde.
J'aurais voulu dire quelque chose. J'aurais voulu lui dire que c'était de la folie.
Mais je ne pouvais ni parler, ni écrire, ni rien faire.
Le prêtre s'avança. Ses mains tremblaient. Son visage était pâle. « Alpha Noah, Alpha Neal », balbutia-t-il. « Est-ce… est-ce vraiment ce que vous souhaitez ? »
Un rire amer me resta coincé dans la gorge.
Ils ne m’ont même pas demandé ce que je voulais.
Pas une seule fois. Pas une seconde. Est-ce que quelqu’un se souciait de ce que voulait Valérie Sebastian ? Est-ce que quelqu’un le lui avait seulement demandé ?
Je regardai le prêtre. Ses mains tremblantes. Ses yeux effrayés.
La vie de Valérie était-elle si misérable ?
Au moins, la propriétaire de ce corps avait quelque chose en commun avec moi. Nous étions tous deux des marionnettes.
La voix de Noah interrompit mes pensées. Froide. Plate. « Fais-le. »
Le prêtre déglutit difficilement. Il hocha la tête. Il fit signe aux serviteurs.
Deux simples cordes grossières furent apportées. Chacune était teinte du bleu profond de la famille royale. Le bleu de la meute Whitemore.
Noah prit une corde. Ses mains étaient rudes lorsqu'il enroula le cordon autour de mon poignet droit. Il serra le nœud fermement. Son regard se fixa sur le mien. Froid. Insensible.
« Par ce nœud, je te lie à ma vie et à mon autorité », dit-il d'une voix monocorde. Vide.
Je sentis le cordon se resserrer autour de mon poignet. C'était moins une promesse qu'une chaîne. Comme une prisonnière enchaînée.
Puis ce fut le tour de Neal.
Il fut plus lent. Plus délibéré. Il prit ma main gauche. Son toucher était plus froid que celui de Noah. Ses doigts étaient plus prudents lorsqu'il enroula le second cordon bleu autour de mon poignet.
Il serra le nœud avec la même force. Mais son pouce effleura l'intérieur de mon poignet un instant. Un contact furtif. Un contact délicat. Un frisson me parcourut.
« Par ce nœud, je te lie à ma protection et à ma vérité », dit-il. Ses yeux verts croisèrent les miens. Il y avait quelque chose dans son regard. Une promesse. Un serment.
Je te protégerai.
Il ne l'a pas dit à voix haute. Mais je l'ai entendu. Au fond de mon cœur. Au plus profond de mon âme.
Le prêtre s'éclaircit la gorge. Sa voix tremblait. « Par le pouvoir que me confère la Déesse Lune, je vous déclare… mariés. Tous les trois. Unis comme une seule personne. »
La salle s'embrasa de murmures. De chuchotements. De soupirs. Mais pas d'applaudissements. Pas de célébration.
Juste de la confusion. Du choc. De l'incrédulité.
Je restai là, les bras légèrement écartés. Un cordon bleu à chaque poignet. Me liant à deux hommes qui se haïssaient.
Je me sentais prisonnière. Je me sentais comme un trophée.
Je ressentais le poids de mon silence plus que jamais.
Je ne me suis pas rendu compte que je pleurais jusqu'à ce qu'une larme coule sur ma joue.
Noah ne s'en aperçut pas. Il avait déjà lâché ma main. Son regard était fixé sur Lucien, de l'autre côté de la pièce. Il était toujours là, avec Malia, arborant le même sourire suffisant.
Noah s'éloigna. Il se dirigea vers Lucien. Tous les regards étaient tournés vers lui, se demandant pourquoi.
Je voulais m'enfuir. Je voulais m'échapper. Mais Neal me tenait toujours la main. Sa poigne était douce, chaleureuse.
« Ça va ? » murmura-t-il, la voix pleine d'inquiétude. « Je sais que ce n'est pas ce que tu voulais. Je sais que c'est de la folie. Mais je te le promets, Valérie. Je te protégerai. Je ne le laisserai jamais te faire de mal. »
Je plongeai mon regard dans ses yeux verts. Et pendant un instant, je le crus.
Mais ensuite, je me souvins. Il ne savait pas qui j'étais vraiment. Il ne savait rien de Lucien. De Malia. De ma mort. De ma vengeance.
J'étais une étrangère avec le visage d'une morte. Et il promettait de protéger un fantôme.
J'ai retiré ma main. Doucement. Je ne pouvais pas le regarder.
Je devais me concentrer. Je devais survivre. Je devais me venger.
De l'autre côté du couloir, Noah s'arrêta devant Lucien. Il le dominait de toute sa hauteur. Sa voix résonna dans le silence.
« Pourquoi es-tu ici, Lucien ? »
Le sourire de Lucien s'effaça. Il regarda autour de lui toutes ces personnes importantes qui le fixaient. Il tenta de rire. Mais c'était un rire forcé.
« C'est une célébration. Je suis venu vous présenter mes vœux, à toi et à ta… charmante épouse. »
« Ce n'est pas ta meute. Ce n'est pas ta famille. Ce ne sont pas tes affaires », dit Noah. Chaque mot était une pierre tranchante et froide.
« Je suis le conseiller de beaucoup », dit Lucien en écartant les bras. « Les affaires des meutes puissantes sont toujours de mon ressort. »
« Non », dit Noah. Sa parole était sans appel. « Depuis quelque temps, j'ai un mauvais pressentiment. Une nausée quand tu es près de moi. Et aujourd'hui, je comprends pourquoi. »
Il marqua une pause. Sa voix monta en puissance, emplissant le hall.
« Ma femme… »
Ce mot me frappa comme une gifle. Un flot de rougeur me monta aux joues. Le mot était si fort, si certain. Il m'enveloppa.
« Ma femme, reprit Noah, est mal à l'aise en ta présence. Je le vois dans ses yeux. Elle ne peut pas parler, mais son âme le crie. Et ce qui la met mal à l'aise me met dans une colère noire. »
Je restai figé. Il me voyait. Il voyait ma peur. Il la nommait.
Puis Neal s'avança. Il vint se placer aux côtés de son frère. Les deux rivaux. Un mur de muscles et de puissance. Unis pour cet instant.
« Mon frère dit vrai, déclara Neal d'une voix claire et tranchante. Je le sens aussi. Notre femme ne veut pas de toi ici. »
Il prononça « notre femme » avec une possessivité étrange. J'en eus le vertige.
Il regarda Malia. Ses yeux verts étaient emplis de dégoût. « Toi et ta vipère. Vous n'apportez que du venin. »
Le visage de Lucien devint rouge sombre et hideux. Le masque de politesse avait disparu. « C'est un scandale ! Je suis un homme d'honneur ! »
« Il n'y a pas d'honneur pour toi ici », rétorqua Noah. « Pas à mon mariage. Pas à notre mariage. »
Les deux frères restèrent côte à côte. Ils humilièrent Lucien devant tout le monde.
Puis Noah se retourna. Ses yeux bleu clair croisèrent les miens de l'autre côté du couloir.
« Valérie. »
Je retins mon souffle. Tous les regards se tournèrent vers moi.
« C'est ton jour », dit Noah. Sa voix était un peu plus douce. Juste pour moi. « Tu es notre reine. Que veux-tu ? Doivent-ils rester ? Ou doivent-ils partir ? »
Neal hocha la tête. Ses cheveux noirs bouclés s'agitèrent. « Oui. À vous de nous le dire. Votre parole est loi. »
C'était ma chance.
Ma mère croisa mon regard et hocha la tête d'un signe sec. Jessica se plaça à mes côtés, prête à parler pour moi.
Mes mains se levèrent. Fermes. Je pointai Lucien et Malia du doigt.
Je les fixai, leurs visages emplis de haine. Le souvenir de la douleur, de la trahison, me revint.
Je pris mon carnet. J'écrivis un mot en grosses lettres :
Point de vue de NadiaLa vallée était silencieuse.Trois jours s'étaient écoulés depuis la bataille. Trois jours à soigner les blessures, à enterrer les morts et à tenter d'oublier les cris. La source chaude bouillonnait encore. Les arbres dorés luisaient toujours. Mais la vallée semblait différente maintenant. Plus petite. Plus lourde. Comme si elle retenait son souffle.Aujourd'hui, nous avons enterré mon père.Le corps d'Elias avait été lavé et enveloppé dans du linceul blanc, selon la coutume de l'Aube-de-Feu. Ses mains étaient croisées sur sa poitrine. Il paraissait paisible. Plus jeune qu'il ne l'avait été depuis des années.Nous l'avons enterré au cœur de la Source Cachée. L'endroit qu'il avait le plus aimé. L'endroit où il m'avait tenue dans ses bras pour la première fois après ma renaissance. L'endroit où il m'avait appris à chanter.Je me tenais au pied de la tombe, Lyra dans les bras.Noah se tenait à ma gauche, la main sur mon épaule. Neal se tenait à ma droite, la main su
Point de vue de NadiaMaya était à genoux.Sa magie noire avait disparu. Ses âmes volées avaient disparu. Ses malédictions, ses tentacules, des siècles de pouvoir accumulé, tout s'était brisé sous ma lumière. Elle était vide. Creuse. Juste une femme en robe déchirée, ses cheveux blonds emmêlés de terre, ses yeux bleus écarquillés de peur.Mais elle était encore en vie. Elle respirait encore. Elle était encore dangereuse.« Tue-moi », murmura-t-elle. « Finis-en. »Je me tenais au-dessus d'elle, la lumière argentée flamboyant toujours sur mes bras, ma voix vibrant encore dans ma gorge. Noah et Neal étaient derrière moi, leurs mains sur mes épaules, leur force circulant à travers le lien. La triade ne faisait qu'un. La triade était forte.Mais je ne levai pas la main. Je ne chantai pas.« Pourquoi attends-tu ? » demanda Maya. Sa voix se brisa. « Tu as gagné. Finis-en. » « Parce que te tuer ne suffit pas », dis-je.« Alors, que veux-tu ? Des excuses ? Une explication ? J'ai fait ce que j
Point de vue de NadiaLe corps d'Elias était encore chaud.Je me suis agenouillée près de lui, sa main dans la mienne, son sang s'infiltrant dans le sol. Le monde s'agitait autour de moi : des guerriers hurlaient, des blessés gémissaient, le bruit lointain de la retraite de l'armée du Conseil résonnait, mais je n'entendais rien. Il n'y avait que mon père. Son visage inexpressif. Ses yeux clos. La plaie béante à sa poitrine, là où le feu vert avait brûlé.Il était parti.L'homme qui m'avait tenue dans ses bras à ma renaissance. Qui m'avait enseigné l'histoire de l'Aube de Feu. Qui avait combattu à mes côtés contre Maya. Qui m'avait trahie, oui. Qui avait menti, s'était caché, avait fui. Mais aussi qui était revenu. Qui s'était agenouillé devant moi et m'avait suppliée de lui donner une chance de réparer ses erreurs. Qui s'était interposé entre le feu de Maya et les tentes de guérison. Entre le feu de Maya et ma fille.« Il est parti », ai-je murmuré.Eleanor s'est agenouillée près de m
Point de vue de NadiaLe monde s'arrêta.Pas littéralement. La bataille faisait toujours rage. Les guerriers continuaient de se battre et de mourir. Le ciel était encore rouge de l'aube et du sang. Mais pour moi, tout s'était figé. Le feu vert s'éteignit. Les cris s'éteignirent. Le choc des épées s'éteignit.Il ne restait qu'Elias. À terre. En sang.Je le sentis à travers le lien du sang. Une déchirure. Un déchirement. Un froid glacial qui se répandait dans ma poitrine. Mon père était en train de mourir.« Non », murmurai-je.Je courus.Mes jambes étaient faibles. Mon corps se remettait encore de l'accouchement. Mais je courus. En bas de la colline, à travers le camp, devant les tentes de soins. Lyra rebondissait contre ma poitrine dans l'écharpe de portage, les yeux grands ouverts, ses petits poings serrés.« Nadia, arrête ! » cria Eleanor derrière moi.Je ne m'arrêtai pas. J'ai rejoint Elias juste au moment où l'assassin levait sa lame pour porter un nouveau coup. Un agent du Conse
Point de vue de NadiaL'aube s'abattit comme un coup de poing.Un instant, le ciel était gris, doux, paisible. L'instant d'après, l'horizon explosa de lumière et de feu, accompagné du grondement de milliers de pieds. L'armée du Conseil chargea.Cette fois, aucune subtilité. Aucun stratagème. Aucun piège. Ils déchaînèrent tout sur la vallée. Des vampires en armure noire, les yeux rouges luisants. Des métamorphes sous forme de loups, le pelage hérissé, les crocs apparents. Une cavalerie féerique sur des chevaux se mouvant comme des ombres. De sombres sorcières en robes grises, les mains crépitant d'un feu vert.Ils déferlèrent sur la crête comme un torrent. Comme une vague. Comme la fin du monde.Je me tenais sur une butte à la lisière du camp. Lyra était en écharpe contre ma poitrine, son petit corps pressé contre le mien, ses cheveux blancs brillant dans la lumière du matin. Elle était éveillée. Ses étranges yeux étaient ouverts, observant la bataille, observant le chaos. Elle ne pleu
Point de vue de NadiaLe soleil se coucha sur la vallée comme une plaie.Le rouge et l'or se répandirent sur le ciel, colorant les nuages et teintant la neige des montagnes de rose. C'était beau. C'était terrible. On aurait dit que le monde saignait.La résistance passa la nuit à se préparer.Les armes furent affûtées. Le bruit du métal résonna dans le camp. Épées, haches, dagues, lances, chaque lame fut testée, chaque tranchant rendu mortel.Les protections furent renforcées. Elias parcourut le périmètre de la vallée, ses mains auréolées d'une lumière argentée, consolidant les barrières qui nous protégeaient. La vieille magie de l'Aube vibrait sous son toucher, vive et féroce, mais même moi, je voyais bien qu'elle s'affaiblissait. Trop d'attaques. Trop d'efforts. Les protections ne tiendraient pas éternellement.Les guerriers firent leurs adieux à leurs proches. Des mots murmurés. Des caresses douces. Des promesses de retour. Des promesses qui sonnaient comme des mensonges.Dans la
Point de vue de Noah.Je me regardais dans le miroir, ajustant ma robe de chambre, quand on frappa à ma porte.« Entrez », dis-je. La porte s'ouvrit brusquement, révélant Neal, mon frère jumeau. C'était exactement comme si je me voyais moi-même, sauf que ses cheveux étaient plus foncés, non tressés
Point de vue de Nadia.« Un mariage devrait être une source de joie, mais le mien était un mariage de vengeance », pensai-je en ajustant ma robe de mariée pour la centième fois, le cœur battant la chamade.Je n'arrivais pas à croire que j'allais me remarier, avec la redoutable bête lycanthrope ! J'
Point de vue de Nadia.« Où suis-je ? » me demandai-je en regardant autour de moi, pour découvrir mon corps brisé sur les rochers, inanimé.Mon cœur battait la chamade tandis que les souvenirs de ce qui s'était passé me revenaient en mémoire.« Nooooooooooo ! » hurlai-je. J'étais morte, mais pourqu
QUE SE PASSE-T-IL ?Point de vue de Nadia.Moins d'un mois après la mort de ma mère, papa s'est déjà remarié avec une héritière, assez âgée pour être sa fille. Et maintenant, à la veille de mon mariage, j'assistais, horrifiée, à la scène où mon fiancé la pénétrait brutalement.« L-Lucien… » balbuti







