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CHAPITRE 7 — Le mariage

Author: L'encre
last update publish date: 2026-09-28 14:15:51

Le domaine s’étirait à perte de vue, noyé sous des cascades de roses blanches et illuminé par des milliers de bougies flottantes. Adrian lui avait promis un conte de fées. Il lui offrait un empire.

Pourtant, sous les voûtes de cristal de l’immense serre où se tenait la réception, l’air manquait à Nina. Enfermée dans une robe de soie brodée qui pesait sur ses épaules comme une armure, elle avançait au bras de son nouveau mari, étourdie par le ballet incessant des serveurs et les flashs des photographes.

Adrian rayonnait d’une assurance triomphante. Dans son costume sombre, il jouait le rôle de l’époux fou d’amour avec une perfection désarmante. Lorsqu’il l’avait regardée devant l’autel, prononçant ses vœux d’une voix grave et vibrante d’émotion, Nina avait presque oublié ses peurs. Elle avait voulu y croire. Mais à présent, ses doigts étaient entrelacés aux siens avec la force d’un étau. Une possession absolue.

À l’autre bout de la salle, fondue dans la masse des invités, Inès tenait sa promesse. Elle n’était pas son témoin. Elle se tenait droite, pâle comme un linceul, observant la scène avec la fixité glaçante d’un spectateur assistant à un naufrage. Son regard ne quittait pas Nina, chargé d’une terreur muette.

— Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée, murmura Adrian à l’oreille de Nina en l’entraînant vers un groupe de sénateurs et de banquiers.

Nina esquissa un sourire mécanique, épuisée. La haute société parisienne tourbillonnait autour d’elle, jugeant, évaluant la nouvelle femme du puissant de Villiers. Le divorce avait été prononcé à une vitesse effarante, écrasé sous le poids des avocats d’Adrian. Tout était allé si vite. Trop vite.

Puis, à travers la forêt de coupes de champagne, son sang se figea.

Elle était là.

Camille portait une robe d’un rouge incendiaire, une insulte silencieuse, presque insolente, à la pureté éclatante de la cérémonie. Elle n’avait pas l’air de la femme brisée et martyrisée qu’Adrian lui avait décrite. Elle n’avait pas non plus l’air d’une ex-épouse humiliée par un divorce éclair.

Au contraire, elle souriait.

Un sourire immense, figé, éclatant de blancheur. Elle discutait avec des investisseurs, riait aux éclats en jetant la tête en arrière, levant son verre dans la direction des mariés. Ce sourire n’avait aucun sens. Il transpirait le cynisme. Il donnait physiquement la nausée à Nina.

Pourquoi était-elle là ? Pourquoi Adrian, dont la mâchoire venait de se contracter imperceptiblement à ses côtés, la laissait-il parader parmi ses invités au lieu d’appeler la sécurité ?

— C’est le jeu des apparences, mon amour, glissa-t-il, sentant le corps de Nina se raidir. Elle veut prouver à notre monde qu’elle ne souffre pas. Ne lui accorde pas le moindre regard. Tu as gagné.

Un associé bedonnant accapara soudain l’attention d’Adrian, l’obligeant à lâcher la taille de Nina pour le saluer. La jeune femme en profita pour reculer d’un pas, fuyant la conversation oppressante, et s’isola près des immenses baies vitrées pour chercher son souffle.

Un parfum lourd, capiteux, étouffa brusquement l’odeur des roses.

Nina n’eut pas le temps de se retourner. Camille était déjà à sa hauteur. Le sourire rouge sang de l’ex-épouse ne quittait pas ses lèvres, parfait pour les photographes qui rôdaient non loin. Mais ses yeux étaient d’une noirceur abyssale.

Camille ne cria pas. Elle ne fit aucun esclandre. Elle s’approcha simplement de la mariée, levant sa coupe de champagne pour trinquer dans un geste d’une élégance venimeuse, et se pencha. Ses lèvres effleurèrent presque l’oreille de Nina.

— Tu te crois victorieuse parce qu’il t’a passé la bague au doigt, murmura-t-elle, le ton vibrant d’une douceur monstrueuse. Mais tu ne sais rien de lui.

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