LOGINCalistaJe marche dans le couloir de la clinique, les jambes flageolantes, le cœur qui bat à tout rompre dans ma poitrine. Les murs blancs défilent autour de moi, les portes des chambres se succèdent, les infirmières me croisent sans me voir, absorbées par leurs tâches, et je n'entends plus rien que le bruit de mon sang qui pulse dans mes tempes, ce tambour sourd et régulier qui m'assourdit.Arianna Orsini vient de m'avouer qu'elle a tué mon père. Pas seulement qu'elle l'a ruiné, pas seulement qu'elle a détruit son entreprise et sa réputation, mais qu'elle l'a assassiné. Elle a donné l'ordre de trafiquer la voiture de Marcel Durant, elle a envoyé un homme saboter les freins, elle a regardé le rapport de police conclure à un accident et elle n'a rien dit. Elle me l'a dit en face, sans l'ombre d'un remords, avec une fierté glaci
Elle s'interrompt pour tousser, une toux sèche et rauque qui lui déchire la poitrine et qui la laisse haletante. Elle boit une gorgée d'eau dans un gobelet en plastique, et elle reprend.— Et mon père, Giovanni Orsini, le vénérable patriarche que tout Monaco respectait, a décidé de le détruire. Par jalousie, par cupidité, par pur plaisir de nuire. C'était sa méthode, sa signature, sa marque de fabrique : repérer les talents émergents, les attirer dans ses filets avec des promesses et des sourires, et les broyer. Votre père n'était qu'un nom sur une liste, Moretti. Un concurrent à éliminer, rien de plus. Il n'avait rien fait pour mériter ça, il n'avait pas offensé mon père, il n'avait pas comploté contre lui. Il était juste trop brillant, trop talentueux, trop dangereux pour qu'on le laisse v
Nous nous asseyons sur les chaises réservées aux visiteurs, côte à côte, sans nous toucher. Calista pose ses mains sur son ventre, dans ce geste protecteur qui est devenu sa signature, et elle fixe Arianna sans rien dire, sans ciller, sans manifester la moindre émotion.— Valerio, commence ma mère en se tournant vers moi. Tu m'as haïe pendant toutes ces années. Tu m'as fuie, tu m'as reniée, tu as tout fait pour détruire ce que j'avais construit. Tu as refusé de prendre la direction du Groupe, tu as renoncé à ton héritage, tu as craché sur tout ce que je t'offrais. Et aujourd'hui, regarde-toi. Tu vis dans un appartement minable, tu travailles sur un port comme un docker, tu rentres chez toi les mains en sang, et tu attends un enfant de la fille de mon pire ennemi. Si ton grand-père te voyait, il en mourrait une deuxième fois.&mda
Calista marche à côté de moi, lourdement, son ventre de sept mois tendant le tissu de sa robe bleu marine. Elle a choisi cette robe avec soin — simple mais élégante, ample mais flatteuse, qui dissimule à peine sa grossesse tout en la mettant en valeur. Elle a relevé ses cheveux en un chignon lâche, d'où s'échappent quelques mèches folles qui encadrent son visage. Elle ne s'est pas maquillée, ou à peine , un peu de poudre, un peu de rouge à lèvres. Elle n'a pas cherché à se faire belle pour impressionner ma mère. Elle est venue comme elle est, sans artifice, sans armure, avec pour seule défense la vérité de ce qu'elle est.Nous traversons le hall, nous prenons l'ascenseur , une cage de verre qui monte lentement le long de la façade, offrant une vue imprenable sur la mer , nous longeons un couloir interminabl
ValerioMa mère réapparaît un jeudi, sans prévenir, comme elle a toujours fait toutes choses dans sa vie. Un coup de téléphone, un seul, de son avocat personnel, Maître Blanchard, qui m'annonce d'une voix blanche, sans émotion, comme s'il lisait un communiqué officiel, qu'Arianna Orsini est gravement malade. Cancer du pancréas. Stade terminal. Il lui reste quelques mois à vivre, peut-être moins, peut-être plus, les médecins ne se prononcent pas, mais le diagnostic est sans appel.Je reçois la nouvelle dans l'appartement, debout près de la fenêtre qui donne sur le citronnier de la cour intérieure. Le soleil de mars entre à flots, illuminant les fruits jaunes qui brillent comme des lanternes miniatures, et je regarde cette lumière, cette chaleur, cette vie qui continue dehors, indifférente à ce que je viens d'a
CalistaL'appartement est plus grand que la cave.C'est la première chose que je remarque en franchissant le seuil, mon ventre de sept mois tendu devant moi comme une proue de navire, lourd et rond et si présent que je ne vois plus mes pieds quand je baisse les yeux. Plus grand, plus clair, plus propre. Les murs sont blancs, d'un blanc éclatant qui me fait mal aux yeux après des mois passés dans la pénombre humide de notre sous-sol. Les fenêtres sont de vraies fenêtres, pas des soupiraux grillagés qui donnent sur des poubelles, et elles s'ouvrent sur une cour intérieure plantée d'un citronnier dont les branches chargées de fruits jaunes frôlent la rambarde du balcon. Il y a de la lumière ici, de la vraie lumière, celle du soleil qui entre à flots le matin et qui dessine des rectangles dorés sur le carrelage.Et il y a deux chambres.
Un soir, elle s'endort avant moi. Elle est allongée sur le côté, face au mur, son ventre rond posé sur un coussin qu'elle a glissé sous elle pour soutenir son dos. La lune filtre à travers le soupirail et dessine des ombres argentées sur sa silhouette, sur la courbe de sa hanche, sur l'arro
Elle baisse les yeux, elle serre les lèvres, et je vois ses doigts qui se crispent sur le drap, qui se serrent convulsivement sur le tissu élimé. Elle ne répond pas tout de suite, elle lutte contre elle-même, contre cette fierté qui l'a toujours empêchée de se confier, contre cette peur qui l'a
Et je pleure pour moi, qui ai failli tout perdre par orgueil et par bêtise, qui ai failli passer à côté de la plus belle chose qui me soit arrivée.Et puis je me souviens de la photo. La photo de Calista sortant de la pharmacie, une main sur son ventre, un sac en papier blanc à la main.Elle est en
Il faut que je la voie. Il faut que je lui parle. Il faut que je lui demande pardon, à genoux s'il le faut, pour tout ce que je lui ai fait, pour tout ce que ma famille lui a fait, pour tout ce qu'elle a souffert à cause de nous. Il faut que je lui dise que je sais tou







