LOGINElle baisse les yeux, elle serre les lèvres, et je vois ses doigts qui se crispent sur le drap, qui se serrent convulsivement sur le tissu élimé. Elle ne répond pas tout de suite, elle lutte contre elle-même, contre cette fierté qui l'a toujours empêchée de se confier, contre cette peur qui l'a toujours poussée à se protéger, contre cette armure qu'elle s'est forgée depuis l'enfance et qu'elle n'a jamais réussi à enlever complètement. Et puis elle relève la tête, elle redresse les épaules, e
CalistaLes jours qui suivent sont un tourbillon. Un ouragan. Un maelström d'appels téléphoniques, de rendez-vous clandestins, de négociations à distance et de transactions secrètes. Je dors à peine, je mange sur le pouce, je passe mes journées au téléphone avec mes contacts et mes nuits penchée sur des catalogues d'art, des listes d'inventaire, des estimations de valeur.Valerio est à mes côtés à chaque instant, mon ombre silencieuse, mon garde du corps, mon assistant, mon mari. Il ne me quitte pas des yeux, il boit mes paroles, il exécute mes instructions sans discuter, sans poser de questions, avec une confiance aveugle qui me touche plus que tous les mots d'amour. Il m'a vue mentir, trahir, manipuler. Il m'a vue déployer mes talents de comédienne pour piéger ses ennemis et les miens. Et aujourd'hui, il me voit déployer mes talents d'antiquaire pour sauver son héritage, et il ne doute pas une seconde de ma loyauté.Nous avons installé notre qu
ValerioLa collection Orsini est un monstre endormi.C'est la première pensée qui me traverse l'esprit quand je pousse la porte blindée de l'entrepôt numéro 147 du port franc de Monaco, une ancienne caserne militaire reconvertie en coffre-fort géant pour les fortunes du monde entier. La pièce fait la taille d'un appartement, peut-être plus, et elle est remplie du sol au plafond de caisses en bois, de tableaux emballés dans du papier bulle, de sculptures recouvertes de draps blancs qui leur donnent des allures de fantômes pétrifiés.L'air est sec et frais, parfaitement climatisé, filtré par des systèmes sophistiqués qui maintiennent une température constante et un taux d'humidité idéal pour la conservation des œuvres d'art. Mon grand-père, Giovanni Orsini, ne faisait jamais les choses à moitié. Même dans le crime, même dans la rapine, même dans l'accumulation maladive de trésors volés, il mettait le même soin maniaque que dans ses affaires légales
CalistaJe n'aurais jamais cru que je remettrais les pieds dans une salle de réunion. Pas comme ça, en tout cas. Pas en tant qu'alliée des Orsini, pas en tant que stratège chargée de sauver les restes d'un empire que j'ai passé ma vie entière à haïr. Et pourtant, me voilà, assise à la table de notre cuisine transformée en quartier général de campagne, mon ventre de sept mois posé devant moi comme une montagne infranchissable, entourée de dossiers, de bilans comptables et d'organigrammes qui retracent les ramifications tentaculaires du Groupe Orsini.Valerio est debout devant la fenêtre, les mains dans les poches, le regard perdu sur le citronnier de la cour intérieure. Il est beau, mon mari, même quand il est défait, même quand il est inquiet, même quand les fantômes de son passé reviennent le hanter. Il a les traits tirés par le manque de sommeil et par l'angoisse qui le ronge, mais il tient bon. Il ne fuit pas, il ne se cache pas, il ne renonce pas. Il
ValerioLe retour à la normale n'existe pas. C'est une illusion que les gens ordinaires entretiennent pour se rassurer, pour se convaincre que la vie est une ligne droite ponctuée d'accidents mineurs, de petites secousses sans conséquence. Mais pour les gens comme nous, pour les Orsini et les Moretti, pour ceux qui portent en eux le poids de secrets trop lourds et de crimes trop anciens, la normalité est un luxe que nous ne pouvons pas nous offrir.Nous sommes rentrés de Monaco il y a trois jours. Trois jours à essayer de retrouver une routine, à faire semblant que rien n'a changé, à jouer la comédie du couple uni qui attend un enfant et qui s'installe dans un appartement plus grand. Mais quelque chose a changé, fondamentalement, irréversiblement. Le baiser dans le couloir de la clinique a fait tomber les barrières que nous avions érigées entre nous, il a dissous la glace qui figeait nos échanges, il a rouvert une brèche dans le mur du silence. Nous ne so
Ce n'est pas un baiser timide, ce n'est pas un baiser prudent, ce n'est pas un baiser de politesse comme ceux que nous échangeons parfois, du bout des lèvres, pour dire bonjour ou au revoir. C'est un baiser profond, intense, dévorant, comme ceux qu'il me donnait avant, quand tout était simple, quand tout était pur, quand je n'étais qu'une danseuse et lui qu'un client tombé amoureux. Sa langue force le passage, ses doigts s'enfoncent dans ma nuque, son corps se presse contre le mien, contre mon ventre énorme qui nous sépare et nous unit à la fois. Je sens son désir, son amour, son désespoir, tout mélangé dans ce baiser qui a le goût du sel et des larmes, qui a le goût de la souffrance et de la rédemption.— Je t'aime, murmure-t-il contre mes lèvres, sans s'écarter, sans me lâcher, comme si ces trois mots étaient une bouée de sauvetage à laquelle il s'accrochait de toutes ses forces. Je t'aime, Calista. Malgré tout ce qui s'est passé, malgré les mensonges et les trahisons, malgré ma col
CalistaL'air de la clinique est irrespirable. Il sent le lys et l'antiseptique, un mélange écœurant qui prend à la gorge et qui donne la nausée. Ou peut-être est-ce ce que je viens d'apprendre qui me soulève le cœur. Mon père ne s'est pas suicidé parce qu'il était faible. Mon père ne s'est pas jeté par la fenêtre parce qu'il ne supportait plus la ruine. Mon père est mort parce qu'Arianna Orsini avait décidé qu'il devait mourir, et qu'elle avait les moyens, le pouvoir et la cruauté nécessaires pour transformer cette décision en réalité.Je suis debout au milieu du couloir, les deux mains posées à plat sur le mur blanc comme si j'essayais d'empêcher le bâtiment de s'effondrer sur moi, et je respire. J'inspire l'air vicié de la clinique, je le bloque dans mes poumons, je le relâche lentement. Mon ventre de sept mois est si lourd que j'ai l'impression qu'il va m'arracher la colonne vertébrale, si tendu que la peau me démange, si vivant que je sens chaque mouvement de l'enfant comme un co
Eléonore. Ma fiancée. La femme que ma famille a choisie pour moi, la femme que je dois épouser au printemps prochain, la femme qui coche toutes les cases, bonne famille, bonne éducation, bonne réputation. Elle est belle, Eléonore, elle est élégante, elle est parfaite. Et je ne ressens rien
CalistaTrois semaines sans le voir. Trois semaines de silence radio, de messages ignorés, d'appels qui sonnent dans le vide. Il a fini par comprendre que j'avais besoin d'espace, ou peut-être qu'il a été trop occupé par ses conseils d'administration et ses soirées avec Eléonore pour insister. Peu
Il se retourne à ce moment-là, ses yeux noirs qui plongent dans les miens, et ce que j'y vois me coupe le souffle. De la douleur. De la vraie, de la brute, de celle qui ne se maquille pas. Il a maigri, ses joues se sont creusées, des cernes violets soulignent ses
CalistaLe lendemain, tout a changé. Pas dans les faits, pas dans les mots, pas dans ce que nous nous sommes dit ou ce que nous nous sommes tu. Mais quelque chose flotte dans l'air comme une poussière dorée, un résidu invisible de cette nuit qui







