LOGINCinq années s'étaient écoulées depuis cet après-midi décisif à Itaigara, cinq années qui avaient vu la réconciliation timide de cette famille autrefois déchirée se transformer progressivement en une complicité authentique, tissée patiemment à travers d'innombrables déjeuners dominicaux, des vacances partagées à Vale Verde où Ricardo lui-même avait fini par apprendre à apprécier la simplicité rustique de ce village qu'il avait autrefois méprisé, et une multitude de petits gestes quotidiens qui avaient progressivement effacé les cicatrices d'une décennie de rejet obstiné. Théo, désormais un garçon de neuf ans à l'intelligence vive et à la curiosité insatiable, avait développé une relation particulièrement complice avec son grand-père Ricardo, qui l'initiait avec patience aux subtilités du monde des affaires lors de leurs promenades dominicales, tandis que Sofia, âgée de six ans et dotée d'un tempérament artistique déjà prononcé, passait des heures entières à l'atelier de sa mère, dessin
La demeure d'Itaigara, qu'Isadora n'avait plus revue depuis cette confrontation glaciale des années auparavant lors de laquelle Ricardo l'avait à peine regardée avant de la chasser presque littéralement de son salon, lui parut, en ce dimanche après-midi de fin d'année, presque méconnaissable dans la lumière dorée qui baignait ses jardins soigneusement entretenus. Gabriel, conduisant la voiture avec une tension palpable qu'il peinait à dissimuler malgré ses efforts, jetait régulièrement des regards vers le siège arrière où Théo, désormais un petit garçon de bientôt quatre ans plein d'énergie, tentait d'attirer l'attention de sa petite sœur Sofia, âgée d'un an, en agitant devant elle un jouet coloré qui la faisait rire aux éclats.« Tout va bien se passer, » murmura Isadora, posant une main rassurante sur le genou de Gabriel tandis qu'ils s'engageaient dans l'allée bordée de palmiers menant à la demeure familiale. « Et si ce n'est pas le cas, nous repartirons simplement, la tête haute,
La rencontre entre Isadora et Camila eut lieu une semaine plus tard, dans un cadre neutre choisi avec soin par les deux femmes : un petit salon de thé isolé du quartier de Rio Vermelho, loin des regards curieux qui auraient immanquablement accompagné une telle réunion dans un lieu plus fréquenté par les cercles mondains de Salvador. Isadora arriva la première, le cœur battant d'une appréhension qu'elle peinait à dissimuler malgré des années de reconstruction personnelle, et observa avec une attention presque clinique l'arrivée de Camila, dont l'assurance habituelle semblait, pour la première fois depuis qu'elle la connaissait, entièrement désertée.« Merci d'avoir accepté de me voir, » commença Camila d'une voix inhabituellement fragile, s'asseyant face à Isadora avec une raideur qui trahissait sa nervosité. « Je sais que je n'ai aucun droit de te demander quoi que ce soit après tout ce que je t'ai fait subir. »Isadora, refusant de faciliter artificiellement cette conversation mais d
Sofia venait de fêter ses six mois, et l'atelier d'Isadora, désormais solidement établi parmi les maisons de couture les plus respectées du Nordeste, préparait activement sa collection pour la prochaine Semaine de la Mode de São Paulo, deuxième participation consécutive qui promettait de confirmer durablement la place d'Isadora parmi les créateurs incontournables du pays. C'est au cours de cette période d'intense activité professionnelle qu'un événement totalement inattendu vint bouleverser, une fois de plus, l'équilibre fragile qui régnait autour de la figure trouble de Valentina Castro.Tout commença par un appel téléphonique reçu un après-midi ordinaire par Marina, alors qu'elle s'occupait des dernières retouches d'une robe destinée à une cliente importante. Une femme, présentée comme l'épouse d'un homme d'affaires influent de Salvador, demandait à parler personnellement à Isadora, refusant catégoriquement d'expliquer la raison de son appel à quiconque d'autre. Intriguée mais prude
Lúcia, fidèle à sa promesse, s'était installée à Salvador dès le début du neuvième mois, transformant une fois de plus la chambre d'amis en un petit cocon rempli de plantes médicinales et de remèdes traditionnels qu'elle jugeait indispensables pour accompagner sa fille vers cette nouvelle naissance. Théo, désormais un petit garçon de bientôt trois ans, bavard et curieux de tout, ne cessait de poser sa petite main sur le ventre proéminent de sa mère, attendant avec une impatience touchante l'arrivée de cette petite sœur dont on lui parlait depuis des mois sans qu'il en saisisse encore pleinement la portée.« Bébé sort quand ? » demandait-il inlassablement, chaque matin, provoquant invariablement le rire attendri de ses parents.« Bientôt, mon cœur, » lui répondait Isadora avec une patience infinie, guidant sa petite main pour qu'il sente les mouvements de plus en plus vigoureux de sa future sœur. « Très bientôt. »Ce moment tant attendu survint finalement un mardi soir de la fin août,
Si les visites de Marisa auprès de Théo s'étaient peu à peu inscrites dans une routine discrète mais régulière, et si Beatriz avait depuis longtemps cessé de se cacher pour rendre visite à son neveu, une frontière subtile mais bien réelle demeurait néanmoins intacte : jamais, en plus de deux années de rapprochement progressif, Beatriz n'avait cherché à nouer avec Isadora elle-même une relation qui dépassât la politesse cordiale de circonstance. Elle s'adressait à Gabriel, s'extasiait devant Théo, complimentait poliment l'atelier lorsqu'elle s'y trouvait, mais gardait toujours, vis-à-vis de sa belle-sœur directement, une réserve prudente qu'Isadora avait fini par attribuer à une timidité persistante plutôt qu'à un rejet véritable.Ce fut au cours du huitième mois de la seconde grossesse d'Isadora, alors qu'elle se trouvait seule à l'atelier un samedi après-midi calme, Marina ayant pris son jour de repos et les autres employées ayant terminé plus tôt leur semaine, que Beatriz se présent







