Home / Romance / L'Éclat d'Isadora / Les Premiers Soupçons

Share

Les Premiers Soupçons

last update Petsa ng paglalathala: 2026-09-20 02:23:24

Valentina Castro n'était pas femme à se contenter de vagues explications. Habituée depuis son plus jeune âge à obtenir tout ce qu'elle désirait, que ce soit par charme ou par calcul, elle avait rapidement développé un instinct redoutable pour détecter le moindre signe de changement chez ceux qui l'entouraient, et Gabriel, son petit ami depuis maintenant trois ans, ne faisait pas exception à cette règle.

Depuis près d'un an maintenant, elle observait avec une attention grandissante les transformations subtiles mais indéniables qui s'opéraient chez lui. Ses voyages professionnels vers cette région reculée du Bahia s'étaient multipliés de façon suspecte, passant d'une visite occasionnelle à un rythme presque mensuel. Plus troublant encore, Gabriel rentrait de ces séjours métamorphosé, plus détendu, plus souriant, avec une lueur particulière dans le regard que Valentina, malgré tous ses efforts, ne parvenait plus à susciter chez lui depuis des mois.

« Tu ne trouves pas que Gabriel se comporte étrangement ces derniers temps ? » demanda-t-elle un après-midi à ses deux meilleures amies, alors qu'elles sirotaient un caipirinha sur la terrasse ombragée d'un des cafés les plus huppés de São Paulo.

Beatriz Montenegro, l'une des sœurs jumelles de Gabriel, échangea un regard rapide avec sa sœur Camila avant de répondre avec une prudence calculée. « Étrangement comment ? Il a toujours été du genre secret, notre frère. »

« Il passe un temps fou dans cette région du Bahia pour cette histoire d'usine, » poursuivit Valentina, remuant machinalement la paille dans son verre. « Et chaque fois qu'il revient, il semble... différent. Plus léger, presque. Comme s'il cachait quelque chose. »

Camila, plus directe que sa jumelle, haussa les épaules avec un scepticisme apparent qui masquait mal une inquiétude naissante. « Tu vois peut-être le mal partout, Valentina. Gabriel a toujours pris ses responsabilités professionnelles très au sérieux. Cette usine représente un investissement considérable pour la famille. »

« Peut-être, » concéda Valentina sans grande conviction, « mais un investissement ne justifie pas qu'il annule systématiquement nos dîners, qu'il écourte nos sorties, qu'il semble avoir la tête ailleurs même quand il est physiquement présent avec moi. »

Les deux sœurs échangèrent un nouveau regard, plus appuyé cette fois. Bien qu'elles n'aient jamais évoqué ouvertement le sujet entre elles, toutes deux avaient également remarqué ce changement chez leur frère, sans pour autant en avoir identifié la cause exacte. Beatriz, l'aînée des jumelles de quelques minutes seulement, décida de tester le terrain avec précaution.

« As-tu essayé de lui en parler directement ? De lui demander ce qui se passe ? »

« Bien sûr que oui, » répondit Valentina avec une pointe d'agacement dans la voix. « Il me répond invariablement que tout va bien, qu'il est simplement fatigué par la charge de travail. Mais je le connais depuis trop longtemps pour ne pas sentir qu'il me cache quelque chose d'important. »

Un silence pesant s'installa entre les trois femmes, chacune plongée dans ses propres réflexions. Camila, la plus impulsive des deux sœurs, finit par rompre ce silence avec une suggestion qui allait changer irrémédiablement le cours des événements.

« Et si on allait voir par nous-mêmes ? » proposa-t-elle, ses yeux brillant d'une excitation mêlée d'appréhension. « On pourrait prétexter vouloir visiter le chantier de l'usine, s'intéresser au projet familial. Personne ne trouverait cela suspect, et nous pourrions enfin savoir ce qui retient tant Gabriel dans cette région perdue. »

Valentina considéra un instant cette proposition, un mélange complexe d'espoir et d'appréhension se lisant sur son visage soigneusement maquillé. Une part d'elle-même redoutait ce qu'elles pourraient découvrir, tandis qu'une autre part, plus déterminée, ne supportait plus cette incertitude qui la rongeait depuis des mois.

« D'accord, » finit-elle par dire, sa voix empreinte d'une détermination nouvelle. « Mais il faut être discrètes. Si Gabriel découvre que nous l'avons suivi, cela pourrait tout gâcher, et je ne veux surtout pas qu'il pense que je ne lui fais pas confiance. »

« Ne t'inquiète pas pour ça, » la rassura Beatriz avec un sourire qui masquait mal une certaine excitation face à cette aventure improvisée. « Nous serons l'incarnation même de la discrétion. »

C'est ainsi que, deux semaines plus tard, profitant d'un voyage d'affaires que Gabriel pensait secret, les trois jeunes femmes prirent la route pour Vale Verde, officiellement pour une escapade entre amies dans une région qu'elles prétendaient vouloir découvrir, officieusement pour percer à jour le mystère qui rongeait Valentina depuis trop longtemps. Le trajet fut long et inconfortable pour ces trois femmes habituées au luxe et au confort de la grande ville. La route qui menait à Vale Verde, de plus en plus étroite et cahoteuse à mesure qu'elles s'enfonçaient dans l'arrière-pays, contrastait violemment avec les avenues larges et bien entretenues de São Paulo, provoquant chez Valentina une appréhension grandissante quant à la nature de ce qu'elle s'apprêtait à découvrir.

Arrivées aux abords du village en fin d'après-midi, elles garèrent discrètement leur voiture de location à l'écart du chantier de construction, dissimulées derrière un bosquet d'arbres qui leur offrait une vue dégagée sur les environs sans pour autant les exposer aux regards. C'est là, après près d'une heure d'attente qui parut interminable aux trois femmes, qu'elles aperçurent enfin Gabriel, sortant du chantier avec l'un de ses ingénieurs, avant de s'éloigner seul en direction du village.

« Suivons-le, » murmura Valentina, son cœur battant douloureusement dans sa poitrine, redoutant déjà ce qu'elle allait découvrir.

Elles suivirent Gabriel à distance respectable, se dissimulant derrière les habitations et les arbres qui bordaient le chemin, jusqu'à le voir s'arrêter devant une modeste maison de terre battue à l'orée du village. Et c'est là, alors que la porte s'ouvrait sur son arrivée, qu'elles virent apparaître une jeune femme d'une beauté saisissante, dont le visage s'illumina instantanément à la vue de Gabriel, qui la souleva dans ses bras avec une joie non dissimulée avant de l'embrasser avec une tendresse qui ne laissait planer aucun doute sur la nature de leur relation.

Valentina sentit son sang se glacer dans ses veines, tandis qu'à ses côtés, Beatriz et Camila observaient la scène avec un mélange de stupeur et d'incrédulité, incapables de prononcer le moindre mot face à cette découverte qui dépassait largement leurs pires appréhensions.

« Ce n'est pas possible, » finit par murmurer Valentina, des larmes de rage et d'humiliation commençant à embuer ses yeux soigneusement maquillés. « Il ose me tromper avec... avec une villageoise ? »

Camila posa une main compatissante sur l'épaule de son amie, tandis que Beatriz, le visage fermé par une colère grandissante envers son propre frère, serrait les poings avec une intensité qui trahissait sa fureur. « Nous devons rentrer, » dit-elle enfin d'une voix tendue. « Il faut réfléchir calmement à la meilleure façon de gérer cette situation. » Mais alors qu'elles s'éloignaient discrètement du village, remontant vers leur voiture dans un silence pesant, Valentina sentait déjà bouillonner en elle une détermination nouvelle, glacée et implacable. Gabriel Montenegro allait payer pour cette humiliation, et cette villageoise sans nom allait apprendre, à ses dépens, qu'on ne s'attaquait pas impunément à celle qui partageait la vie de Valentina Castro depuis trois ans.

Le voyage de retour vers São Paulo se déroula dans un silence tendu, chacune des trois femmes plongée dans ses propres pensées, mais toutes unies par une même certitude : les choses n'allaient pas en rester là.

Le retour à São Paulo ne fit qu'attiser davantage la détermination glaciale de Valentina. Dans les jours qui suivirent cette découverte accablante, elle s'enferma dans un mutisme inhabituel, refusant les nombreuses invitations mondaines qui rythmaient habituellement son existence, préférant ressasser inlassablement les images de ce baiser échangé entre Gabriel et cette inconnue du Bahia.

Son père, Eduardo Castro, associé de longue date de Ricardo Montenegro et lui-même artisan de cette union stratégique entre les deux familles, remarqua rapidement le changement d'humeur de sa fille, sans toutefois en connaître la cause exacte. « Tu sembles préoccupée, ces derniers temps, » lui fit-il observer un soir, alors qu'ils dînaient ensemble dans la salle à manger familiale. « Tout va bien avec Gabriel ? »

Valentina, hésitant à révéler la vérité à son propre père avant d'avoir élaboré une stratégie claire pour répondre à cette trahison, se contenta d'un sourire évasif. « Tout va parfaitement bien, papa. Simplement quelques préoccupations sans importance liées à l'organisation de nos prochaines fiançailles officielles. »

Cette mention des fiançailles, purement fictive à ce stade puisque Gabriel ne lui avait jamais formellement proposé le mariage, révélait néanmoins l'ampleur du fossé qui séparait déjà la perception que Valentina avait de sa relation avec Gabriel, et la réalité beaucoup plus incertaine de leurs sentiments réciproques.

Beatriz, en observant sa meilleure amie sombrer progressivement dans cette obsession vengeresse, tenta une dernière fois de la raisonner. « Nous avons vu ce que nous avons vu, » dit-elle avec une prudence qui trahissait son inconfort grandissant face à la tournure que prenaient les événements, « mais peut-être devrions-nous simplement confronter Gabriel directement, exiger de lui des explications, plutôt que de céder tout de suite à des pensées de représailles. »

« Le confronter ne changera rien à ce qu'il a fait, » répondit Valentina avec une froideur qui glaça momentanément le sang de son amie. « J'ai vu ce que j'ai vu, Beatriz. Aucune explication ne pourra effacer cette image de mon esprit. »

Camila, quant à elle, resta silencieuse durant cet échange, observant son amie avec une inquiétude grandissante qu'elle peinait à formuler à voix haute, pressentant confusément que cette affaire risquait de les entraîner bien plus loin qu'aucune d'elles ne pouvait encore l'imaginer.

Patuloy na basahin ang aklat na ito nang libre
I-scan ang code upang i-download ang App

Pinakabagong kabanata

  • L'Éclat d'Isadora   Le Retour à São Paulo

    Cinq années s'étaient écoulées depuis cet après-midi décisif à Itaigara, cinq années qui avaient vu la réconciliation timide de cette famille autrefois déchirée se transformer progressivement en une complicité authentique, tissée patiemment à travers d'innombrables déjeuners dominicaux, des vacances partagées à Vale Verde où Ricardo lui-même avait fini par apprendre à apprécier la simplicité rustique de ce village qu'il avait autrefois méprisé, et une multitude de petits gestes quotidiens qui avaient progressivement effacé les cicatrices d'une décennie de rejet obstiné. Théo, désormais un garçon de neuf ans à l'intelligence vive et à la curiosité insatiable, avait développé une relation particulièrement complice avec son grand-père Ricardo, qui l'initiait avec patience aux subtilités du monde des affaires lors de leurs promenades dominicales, tandis que Sofia, âgée de six ans et dotée d'un tempérament artistique déjà prononcé, passait des heures entières à l'atelier de sa mère, dessin

  • L'Éclat d'Isadora   L'Acceptation

    La demeure d'Itaigara, qu'Isadora n'avait plus revue depuis cette confrontation glaciale des années auparavant lors de laquelle Ricardo l'avait à peine regardée avant de la chasser presque littéralement de son salon, lui parut, en ce dimanche après-midi de fin d'année, presque méconnaissable dans la lumière dorée qui baignait ses jardins soigneusement entretenus. Gabriel, conduisant la voiture avec une tension palpable qu'il peinait à dissimuler malgré ses efforts, jetait régulièrement des regards vers le siège arrière où Théo, désormais un petit garçon de bientôt quatre ans plein d'énergie, tentait d'attirer l'attention de sa petite sœur Sofia, âgée d'un an, en agitant devant elle un jouet coloré qui la faisait rire aux éclats.« Tout va bien se passer, » murmura Isadora, posant une main rassurante sur le genou de Gabriel tandis qu'ils s'engageaient dans l'allée bordée de palmiers menant à la demeure familiale. « Et si ce n'est pas le cas, nous repartirons simplement, la tête haute,

  • L'Éclat d'Isadora   La Vengeance d'Isadora

    La rencontre entre Isadora et Camila eut lieu une semaine plus tard, dans un cadre neutre choisi avec soin par les deux femmes : un petit salon de thé isolé du quartier de Rio Vermelho, loin des regards curieux qui auraient immanquablement accompagné une telle réunion dans un lieu plus fréquenté par les cercles mondains de Salvador. Isadora arriva la première, le cœur battant d'une appréhension qu'elle peinait à dissimuler malgré des années de reconstruction personnelle, et observa avec une attention presque clinique l'arrivée de Camila, dont l'assurance habituelle semblait, pour la première fois depuis qu'elle la connaissait, entièrement désertée.« Merci d'avoir accepté de me voir, » commença Camila d'une voix inhabituellement fragile, s'asseyant face à Isadora avec une raideur qui trahissait sa nervosité. « Je sais que je n'ai aucun droit de te demander quoi que ce soit après tout ce que je t'ai fait subir. »Isadora, refusant de faciliter artificiellement cette conversation mais d

  • L'Éclat d'Isadora   La Vérité Éclate

    Sofia venait de fêter ses six mois, et l'atelier d'Isadora, désormais solidement établi parmi les maisons de couture les plus respectées du Nordeste, préparait activement sa collection pour la prochaine Semaine de la Mode de São Paulo, deuxième participation consécutive qui promettait de confirmer durablement la place d'Isadora parmi les créateurs incontournables du pays. C'est au cours de cette période d'intense activité professionnelle qu'un événement totalement inattendu vint bouleverser, une fois de plus, l'équilibre fragile qui régnait autour de la figure trouble de Valentina Castro.Tout commença par un appel téléphonique reçu un après-midi ordinaire par Marina, alors qu'elle s'occupait des dernières retouches d'une robe destinée à une cliente importante. Une femme, présentée comme l'épouse d'un homme d'affaires influent de Salvador, demandait à parler personnellement à Isadora, refusant catégoriquement d'expliquer la raison de son appel à quiconque d'autre. Intriguée mais prude

  • L'Éclat d'Isadora   La Naissance de la Benjamine

    Lúcia, fidèle à sa promesse, s'était installée à Salvador dès le début du neuvième mois, transformant une fois de plus la chambre d'amis en un petit cocon rempli de plantes médicinales et de remèdes traditionnels qu'elle jugeait indispensables pour accompagner sa fille vers cette nouvelle naissance. Théo, désormais un petit garçon de bientôt trois ans, bavard et curieux de tout, ne cessait de poser sa petite main sur le ventre proéminent de sa mère, attendant avec une impatience touchante l'arrivée de cette petite sœur dont on lui parlait depuis des mois sans qu'il en saisisse encore pleinement la portée.« Bébé sort quand ? » demandait-il inlassablement, chaque matin, provoquant invariablement le rire attendri de ses parents.« Bientôt, mon cœur, » lui répondait Isadora avec une patience infinie, guidant sa petite main pour qu'il sente les mouvements de plus en plus vigoureux de sa future sœur. « Très bientôt. »Ce moment tant attendu survint finalement un mardi soir de la fin août,

  • L'Éclat d'Isadora   Un Premier Pas

    Si les visites de Marisa auprès de Théo s'étaient peu à peu inscrites dans une routine discrète mais régulière, et si Beatriz avait depuis longtemps cessé de se cacher pour rendre visite à son neveu, une frontière subtile mais bien réelle demeurait néanmoins intacte : jamais, en plus de deux années de rapprochement progressif, Beatriz n'avait cherché à nouer avec Isadora elle-même une relation qui dépassât la politesse cordiale de circonstance. Elle s'adressait à Gabriel, s'extasiait devant Théo, complimentait poliment l'atelier lorsqu'elle s'y trouvait, mais gardait toujours, vis-à-vis de sa belle-sœur directement, une réserve prudente qu'Isadora avait fini par attribuer à une timidité persistante plutôt qu'à un rejet véritable.Ce fut au cours du huitième mois de la seconde grossesse d'Isadora, alors qu'elle se trouvait seule à l'atelier un samedi après-midi calme, Marina ayant pris son jour de repos et les autres employées ayant terminé plus tôt leur semaine, que Beatriz se présent

Higit pang Kabanata
Galugarin at basahin ang magagandang nobela
Libreng basahin ang magagandang nobela sa GoodNovel app. I-download ang mga librong gusto mo at basahin kahit saan at anumang oras.
Libreng basahin ang mga aklat sa app
I-scan ang code para mabasa sa App
DMCA.com Protection Status