ANMELDENBastianLa lumière s’éteint.D’un coup.Les lignes au mur ne sont plus que des tracés sombres, inertes. Le silence retombe, lourd, assourdissant après le vacarme des âmes.Les reliques sur les étagères, dans l’atelier, ont changé. La cire semble terne, fissurée. Les expressions figées paraissent soudain… vides. Comme des coquilles.La porte de ma cellule est toujours grande ouverte.Eira vacille. Elle pose une main au chambranle pour ne pas tomber.Elle me regarde. Elle est épuisée, vidée, le visage strié de larmes et de cette trace de sang séchée.— Désolée, souffle-t-elle. Pour… la chaise. Je n’ai pas pu la briser. Seulement… les serrures. Les énergies.Je secoue la tête, incapable de parler. L’adrénaline se retire, me laissant tremblant, mouillé de sueur froide.Elle se traîne jusqu’à moi, tombe à genoux derrière la chaise. Ses doigts, froids et agiles, cherchent les liens en plastique. Elle doit les user contre le bord métallique du dossier, je l’entends haleter d’effort.Le plast
BastianLa porte de ma cellule est ouverte.Il est là, devant moi.Vaneau.Le scalpel tient dans sa main comme un stylo, naturel, anodin. Il avance d’un pas mesuré, ses yeux pâles dissèquent mon visage. Il ne voit pas un homme. Il voit un matériau. Une émotion à extraire.— La colère doit être la dernière, murmure-t-il, plus pour lui-même que pour moi. Après la peur, la surprise… mais la colère, c’est le feu. Le feu qui forge la relique. Il faut qu’elle soit vive.Je tire sur les liens en plastique. Ils s’enfoncent dans ma chair, brûlants. La chaise ne bouge pas d’un millimètre. La panique monte, un acide dans ma gorge. Je ne veux pas mourir ici. Pas comme ça. Pas transformé en trophée pour son délire.— Tu ne me transformeras en rien.— Mais tu l’es déjà, inspecteur. Ton essence est déjà définie. Je ne fais que la révéler. La libérer de l’enveloppe charnelle.Il est à un mètre. L’odeur du cuir propre, de la colle, de l’encaustique. L’odeur de l’atelier. Du sanctuaire.Il lève le scal
BastianL’obscurité n’est pas totale. Des lignes bleutées, fluorescentes, courent sur le sol et les murs de la petite cellule où je suis enfermé. Des lignes qui forment ces mêmes spirales, ces mêmes nœuds. Elles ne brillent pas par elles-mêmes. Elles semblent absorber la faible lumière qui filtre d’une grille haute dans la porte, la transformant en cette lueur spectrale et froide.Ma tête bourdonne. Un coup porté de derrière, alors que je pénétrais dans ce repaire. Pas assez fort pour m’assommer longtemps. Juste assez pour me désarmer et me traîner ici.Je suis assis sur une chaise, les poignets attachés derrière le dos avec des liens en plastique serrés à couper la circulation. Pas de chaise en métal. Une chaise en bois, ancienne, au dossier droit. Elle est fixée au sol.En face de moi, ce n’est pas un mur.C’est une vitre.Un miroir sans tain.Je me vois dedans, pâle, une trace de sang séché à la tempe, les yeux injectés de rage et d’impuissance. Mais je sais, viscéralement, que de
EiraLa route file sous les roues, une bande grise qui serpente vers la lisière du monde connu. Les bois de la Brume se dressent devant moi, un mur de verdure sombre et humide. Mon cœur bat à tout rompre, synchronisé avec le vrombissement du moteur. La vision ne m’a pas quittée. Elle est là, en surimpression sur le pare-brise sale : la trappe qui se referme, le sourire de Vaneau, les yeux de Bastian aveuglés par une fureur protectrice qui va le perdre.Je gare la voiture à l’orée du chemin de terre, là où Bastian s’est garé avant moi. Les portières des voitures de police sont encore grandes ouvertes, vides. L’équipe est déjà en approche, en tenue, protocole. Trop lent. Trop bruyant.Je sors. L’air est froid, silencieux à en être oppressant. Aucun chant d’oiseau. Aucun bourdonnement d’insecte. Seul le vent fait bruire très haut la cime des arbres, comme un murmure lointain.La maison est là. Basse, trappue, avachie sur elle-même. La lucarne ronde est un œil vitreux qui reflète le ciel
EiraCe n’est pas une image, c’est une texture. Une sensation sous mes doigts qui n’appartient pas aux livres devant moi. Du cuir lisse, mais traité d’une certaine façon. Une odeur chimique, précise, âcre. La même que dans le rêve. Et avec elle, une autre odeur, plus douceâtre, plus organique. La colle. Une colle spéciale, à base d’os…Ma main se rétracte comme brûlée. Je sais. Je SAIS.Je cours vers la cuisine, attrape un bloc-notes, un stylo. Je n’ai pas de vision claire, mais j’ai une certitude viscérale. Je me mets à dessiner, non pas ce que je vois, mais ce que je sens. Les lignes sont nerveuses, chaotiques. Une forme émerge. Un atelier. Des étagères courbes, pas droites. Une lumière venant d’en haut, petite, circulaire. Une lucarne. Un sous-sol ? Une arrière-boutique ?Et des outils. Des fers à dorer, des couteaux à parer, une presse… mais disposés d’une manière étrange, presque rituelle. Et sur le mur, des motifs. Pas des motifs de reliure. Des entrelacs, des spirales. Comme le
EiraLe sommeil n’est pas un refuge, c’est un champ de bataille.Je tombe dans un rêve qui n’en est pas un. C’est trop net, trop odorant, trop voulu. La cave de mon enfance. L’humidité suinte des murs de pierre, l’air pue le moisi et la terre froide. Mais au fond, ce n’est pas la silhouette floue de ma mère qui m’attend.C’est Lui.Il est assis sur le vieux coffre rouillé, la posture décontractée, un homme dans son salon. Son visage est dans l’ombre, mais je sens son sourire. Un sourire d’affection malsaine.— Tu es venue me voir plus tôt, dit sa voix, douce, presque paternelle. Tu as été impolie. Tu as amené le gendarme.Je ne peux pas bouger. Mes pieds sont enracinés dans la terre battue.— Ce n’est pas un jeu pour les enfants, poursuit-il. C’est une conversation entre grandes personnes. Entre toi et moi. Nous sommes pareils, tu sais. Nous voyons ce que les autres ne voient pas.— Nous ne sommes pas pareils, j’arrive à articuler, mais ma voix est un souffle.— Si. Nous portons le po

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