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Chapitre 3 — Le contrat

Author: Léo
last update publish date: 2026-07-06 14:38:40

— Va dans la cuisine. Maintenant, a murmuré mon père.

— Qui sont-ils ?

— Pas les Moretti.

Ce détail n’avait rien de rassurant.

Quelqu’un a frappé à la porte d’entrée. Pas un coup normal. Un coup sec, dur, décidé à entrer même sans autorisation.

Mon père a saisi mon poignet.

— Tu m’écoutes pour une fois, Séléna. Si je te dis de courir, tu cours.

— Et te laisser seul ?

— Tu n’as pas idée de ce qui se passe.

— Alors arrête de parler par énigmes !

Un deuxième coup a retenti. Plus violent.

Puis une voix d’homme a lancé depuis l’extérieur :

— On sait qu’elle est là.

J’ai senti le sang quitter mon visage.

Elle.

Moi.

Mon père a juré entre ses dents et m’a poussée vers le couloir.

— Va !

Je me suis dégagée.

— Non. Je veux entendre.

Il m’a regardée une fraction de seconde, et j’ai compris que cette nuit n’était pas le début du cauchemar. Seulement le moment où il cessait de me le cacher.

Il est allé jusqu’à la porte et l’a entrouverte, assez pour bloquer le passage.

— Vous n’avez rien à faire ici.

Un rire a répondu.

— Tu n’as plus le luxe de poser des questions, Valenti.

J’ai aperçu un homme large d’épaules, manteau sombre, cicatrice au menton. Pas le genre de visage qu’on oublie.

— Moretti l’a retrouvée avant nous, a poursuivi l’inconnu. C’est contrariant.

Mon père n’a pas bougé.

— Partez.

— Pas sans la fille.

J’ai fait un pas dans le couloir malgré moi. Le plancher a craqué.

Mauvaise idée.

Le type a relevé la tête vers moi et ses yeux se sont allumés d’une satisfaction affreuse.

— Ah. La voilà.

Mon père a tenté de refermer. L’homme a poussé de toute sa force. La porte a claqué contre le mur. Les deux autres sont entrés derrière lui.

Tout s’est mis à aller très vite.

Mon père a attrapé le tisonnier près de la cheminée. L’un des hommes a sorti une arme. J’ai reculé, la gorge serrée, quand la voix calme de Dante Moretti a traversé le hall comme une lame.

— Vous êtes dans ma maison, maintenant.

Je me suis retournée.

Il se tenait sur le seuil resté ouvert, encadré par la nuit et les phares de sa voiture. Deux hommes l’accompagnaient. Eux non plus n’avaient pas besoin de hausser le ton.

Le type à la cicatrice a souri sans joie.

— Moretti.

— Rinaldi, a répondu Dante.

L’échange de leurs noms avait la violence d’une gifle.

Le silence s’est tendu entre eux comme un fil de fer.

— Tu es en retard, a dit l’homme. On discutait.

— Vous menaçiez une femme sous mon toit. La nuance est importante.

Mon regard s’est accroché à lui malgré moi. Sous mon toit. Comme si le simple fait de l’avoir dit créait une possession immédiate.

— Elle n’est pas encore à toi, a craché l’autre.

— Vous êtes certain ?

Dante a à peine incliné la tête. Un de ses hommes a tendu un papier. Le contrat.

Le même que celui posé plus tôt sur notre table.

— Le mariage n’a pas encore eu lieu, a repris l’homme à la cicatrice.

— L’accord, lui, existe déjà.

— Les Rinaldi contestent cet accord.

— Les Rinaldi contestent beaucoup de choses qu’ils ne comprennent pas.

L’homme a esquissé un pas vers l’avant. L’air est devenu irrespirable.

Je ne savais pas qui j’avais le plus envie de gifler : le monstre qui me réclamait sans me connaître, ou celui qui me défendait comme un bien déjà acquis.

— Je ne suis pas un colis ! ai-je lancé.

Tous les regards se sont tournés vers moi.

Erreur.

Immense erreur.

Parce qu’une fois l’attention sur moi, j’ai compris qu’aucun d’eux ne me voyait comme une femme libre.

Seulement comme un enjeu.

Dante, pourtant, a été le seul à me répondre.

— Non, a-t-il dit. Vous êtes bien plus coûteuse que cela.

La colère m’a coupé le souffle.

L’homme à la cicatrice a ri.

— On verra combien elle coûte quand elle sera morte.

Tout s’est figé.

Puis Dante a sorti son arme.

Le métal a brillé une seconde.

— Essayez, a-t-il dit.

Sa voix n’a pas tremblé.

Pas d’un millimètre.

Le type a compris. Pas qu’il était bluffé. Qu’il ne bluffait pas.

Il a levé les mains avec lenteur.

— Très bien. Pas ce soir.

— Plus jamais, a corrigé Dante.

Les Rinaldi ont reculé vers la porte, mais avant de sortir, l’homme à la cicatrice m’a lancé un dernier regard.

— Demande à ton père ce qu’il a enterré, Séléna.

Puis ils ont disparu dans la nuit.

Le silence qui a suivi était pire que le vacarme.

Mon père semblait prêt à s’effondrer. Moi, je tremblais de rage.

Dante a remis son arme à l’intérieur de sa veste, comme si rien d’important ne venait de se passer.

Puis il s’est tourné vers moi.

— Vous comprenez mieux l’urgence maintenant ?

— Je comprends que tout le monde veut quelque chose de moi, ai-je répliqué.

— Oui.

— Et vous ?

Ses yeux noirs ont glissé sur mon visage, lents, précis, troublants malgré moi.

— Moi, je veux que vous surviviez assez longtemps pour me haïr correctement.

J’ai soutenu son regard.

— Dans ce cas, vous allez être comblé.

Il a avancé jusqu’à la table, a posé le contrat devant moi et m’a tendu un stylo.

— Signez.

J’ai baissé les yeux vers le papier.

Puis vers lui.

Et j’ai compris qu’à partir de cet instant, ma vie n’allait plus m’appartenir.

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