เข้าสู่ระบบJe hoche la tête.Je murmure.— D’accord.Il attend.Je murmure encore.— Je ne veux pas que cet enfant naisse haineux.Il pose son front contre le mien.— Il ne naîtra pas haineux, Evelyn.— Comment tu le sais.— Parce que sa mère, ce matin, à huit heures, sur cette terrasse, m’a dit à voix haute qu’elle ne voulait pas qu’il le soit. Les mères qui disent cela à voix haute ne portent pas des enfants haineux. Ce sont les mères qui n’en parlent jamais qui, sans le vouloir, transmettent ce qu’elles ne nomment pas.Je pleure doucement.Je pleure une petite quantité de larmes, sans effondrement.Il essuie une larme du bout du pouce.Il ne dit plus rien.Nous restons sur la terrasse. Le soleil monte. Ma mère revient du village avec le chauffeur. Elle porte deux paniers, l’un rempli de tomates, l’autre rempli de yaourts locaux, dont elle n’a même pas besoi
Evelyn HarperJe comprends, quelques jours après le sabotage, que la peur, chez une femme enceinte, est un phénomène différent de la peur qu’elle est chez une autre femme, et que je n’avais pas préparé ma vie intérieure à cette différence.La peur, avant, était une réaction chez moi. Elle arrivait, elle occupait l’espace, je la reconnaissais, je la nommais, je décidais quoi faire de mon corps face à elle, je choisissais de rester, ou de partir, ou de me taire, ou de parler, ou d’attendre, ou de rappeler mon avocat, ou de saisir Gideon, ou de continuer à travailler, ou de m’endormir dessus, et elle finissait par se plier au rythme des décisions que je prenais parce que j’étais seule dans mon corps à décider.Aujourd’hui, la peur, chez moi, est double.Elle est double parce qu’il y a deux vies dans ce corps.Il y a la mienne, qui a été menacée à plusieurs reprises depuis plus d’un an, qui a survécu à ses menaces, qui a appris à gérer s
Je parle sans un mot en trop.— Vasquez, je ne suis pas venu vous menacer avec des grands mots. Je ne suis pas venu vous dire que je vais vous détruire, parce que ce n’est pas la manière dont on menace un homme comme vous. Un homme comme vous a été menacé toute sa vie. Vous avez été menacé par des concurrents. Vous avez été menacé par des services. Vous avez été menacé par des familles. Vous avez été menacé par des juges. Vous avez été menacé par des créanciers. Vous êtes encore là. Cela signifie que la menace, en tant que telle, ne vous impressionne plus. Je ne suis donc pas venu ajouter une menace supplémentaire à une collection déjà bien fournie.Il hoche à peine.Il attend la suite.Je poursuis.— Je suis venu vous proposer une évaluation.— Une évaluation.— Oui.Je pose devant lui une petite pochette en cuir que j’ai sortie de la poche intérieure droite de mon manteau.Il ne l’ouvre pas.
Gideon CrossJe décide d’y aller seul.Il aurait été plus sûr, d’un point de vue strictement opérationnel, d’envoyer une équipe. Il aurait été plus rationnel, d’un point de vue juridique, d’attendre que la police remonte, comme elle finira par le faire, jusqu’à Vasquez. Il aurait été plus habile, d’un point de vue diplomatique, de faire porter un message par un tiers, un émissaire d’affaires, un ancien officier reconverti, un homme dont c’est le métier de dire calmement à un adversaire des choses qui ne peuvent plus être dites en pleine lumière.Je n’en fais rien.Je décide d’y aller seul, non pas parce que je pense y être physiquement plus efficace qu’une équipe, ce qui est faux, non pas parce que je crois que cette rencontre restera confidentielle, ce qui est également faux, mais parce que je pense qu’il est important, à un moment précis d’une négociation qui commence à sortir des cadres, que l’adversaire voie, une fois, mon visage à moi, e
Il ne veut pas répondre à cette phrase avant d’avoir des preuves. Il ne veut pas se laisser aller à formuler à voix haute une accusation qui, pour l’instant, appartient à une intuition partagée entre lui et moi, et non à un rapport de police. Il dit, en tout cas. — C’est possible. — C’est lui. Il me prend la main. Il ne la lâche plus. Nous restons ainsi longtemps. Ma mère finit par entrer dans le salon avec un plateau qu’elle repose immédiatement quand elle voit nos visages. Elle ne pose pas de question. Elle regarde Gideon. Elle regarde moi. Elle repart en cuisine. Elle sait, dans le peu qu’elle comprend de la situation grecque, que ce n’est pas le moment d’insister. Cette nuit-là, je dors mal. Ce n’est pas la peur qui me tient éveillée. C’est autre chose. C’est une sorte de vigilance profonde, presque animale, qui se réveille dans le bas du ventre. Je sens l’enfant bouger, un peu plus qu’à l’ordinaire, comme s’il avait perçu, à travers les parois, que sa mère venait d’encl
Il ramasse la tasse vide sur la table. — Deux dernières choses, monsieur Delcourt. — Oui. — La première. Si vous signez, il n’y aura pas de retour possible. Une fois les documents dans mon coffre, la mécanique s’enclenche. Une opération commence à être préparée. Elle a des étapes. Chaque étape a des coûts. Vous ne pouvez pas revenir en arrière à mi-parcours parce que vous avez changé d’avis un dimanche matin. — Compris. — La seconde. Il me regarde. — Vous savez comment cela finit. Je ne réponds pas. Il continue. — Vous le savez. Vous le savez très bien. Vous êtes un homme intelligent. Vous n’êtes plus tout à fait sain, mais vous êtes encore intelligent. Vous savez que ce genre d’opération, quel que soit le degré de professionnalisme des personnes engagées, ne se termine pas par une conversation apaisée entre deux ex-fiancés dans un salon de campagne. Vous le savez. Je regarde la table. Il termine. — Prenez les documents. Réfléchissez. Revenez. Je vous laisse d







