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Chapitre 123 — Ils se rapprochent

作者: Déesse
last update publish date: 2026-10-05 00:49:43

Élia

Ils reviennent un jeudi, et cette fois ils ne font plus semblant.

Le matin, une voiture noire au café du bas. Pas la grise banale du début de la traque : une noire, grosse, immatriculée loin, avec deux hommes dedans qui ne boivent rien et qui regardent la montée vers chez Janine. L'après-midi, un homme à pied sur le chemin, un homme qui se promène d'une façon qui n'existe pas en montagne en hiver, lentement, de long en large, sans chien, sans raquette, sans but. Le soir, Janine, qui est bê
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    Élia Lya ne s'arrête pas. C'est sa nature et c'est sa perte : elle n'a jamais su s'arrêter, parce que s'arrêter l'obligerait à regarder ce qu'elle est devenue, et regarder ce qu'elle est devenue est la seule chose au monde dont elle est incapable. Une semaine après le gel des comptes, un deuxième article paraît. Pas dans le magazine people cette fois : dans un site d'information à scandale, moins lu mais plus mordant, le genre de site qui vit de ce que les grands journaux refusent de publier. Et cette fois, Lya a changé de fusil d'épaule. Fini la petite pleureuse déchue. Place à la mythomane dangereuse. J'y apprends que j'ai manipulé un homme puissant pour m'emparer de sa fortune. Que j'ai fait chanter ma propre famille. Que le gel des comptes de ma belle-mère est la preuve que j'ai monté de toutes pièces une histoire de fraude pour la ruiner. Il y a des citations anonymes, des proches qui ont préfé

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    Élia Je dis non. Je dis non d'abord, et je le dis fermement, parce que tout ce que j'ai construit depuis la fuite, le parc, la baguette, les mains-racines, le carnet, tout tient dans ce non. — Non, Alessandro. Écoute-moi à ton tour. Je pose ma tasse. Je le regarde dans les yeux, et je ne baisse pas les miens. J'ai passé des semaines à fuir ce que tu es. Et pendant ces semaines, j'ai rencontré des gens. Une vendeuse de fringues qui m'a prise sans questions. Une femme de la montagne bête comme ses pieds qui m'a donné une chambre. Un vieil homme qui m'a offert la moitié de son déjeuner. Tu sais ce que ces gens ont en commun ? Ils ne doivent rien à personne et personne ne leur doit rien. Ils ne se vengent pas. Ils ne possèdent pas. Ils donnent, et ils passent. Et je me suis dit, sur un banc, un soir : voilà ce que je veux devenir. Pas la femme d'un empire. Pas une reine. Quelqu'un qui donne la moitié de sa baguette sans en fai

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    ÉliaIl tient parole le jour même, et c'est ainsi que je comprends que quelque chose d'irrémédiable a changé : Alessandro De Luca a décidé d'être lisible.Cela commence à onze heures. Il me fait asseoir dans le bureau, le bureau, celui des trois fichiers et de la tache, celui dont je n'ai plus franchi le seuil depuis le jeudi de la vérité. Il ouvre tous les tiroirs. Tous. Y compris celui du bas, y compris la petite boîte de métal, y compris les dossiers sans étiquettes, un par un.— Les étiquettes manquent parce que tout le monde ici sait ce qu'elles contiendraient, dit-il. Une maison comme celle-ci fonctionne sur ce que chacun sait sans qu'on l'écrive. Ça s'appelle l'omertà, et ça commence par des chemises sans étiquettes. Alors on va écrire les étiquettes. Ensemble.Pendant trois heures, il déplie sa vie devant moi. Pas comme un acte de contrition : comme un inventaire. Il m'explique la structure : les sociétés-écrans, les holdings, la

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