LOGINÉliaJe vais voir Lya une fois.Avant d'entrer, je garde les doigts sur la poignée quelques secondes de trop. Le métal est froid. Je me concentre dessus, sur cette sensation simple qui ne demande aucune interprétation, parce que derrière la porte je ne sais pas encore quel visage de ma sœur m'attend.Je finis par entrer.Elle lève les yeux.Son regard me reconnaît avant que sa bouche ne bouge. Je vois la tension passer dans son cou, puis se fixer. Pendant une seconde, je retrouve la préparation familière, ce bref redressement qui précède ses premières paroles.— Tu viens regarder.Je referme doucement la porte.— Je viens te voir.— C'est pareil.Je m'assieds sans essayer de la convaincre du contraire.Le silence nous laisse face à face. Il n'est pas vide. Je le sens contre mes dents, dans l'effort que je fais pour ne pas préparer déjà une défense. Lya regarde mes mains, mes vêtements, puis revient à mon visage.Je connais cet exa
ÉliaJ'apprends que Lya est internée, et je reste un moment avec les mains posées l'une sur l'autre, sans parvenir à les séparer.Je connais déjà son effondrement public. Je connais les phrases qui se brisent, les accusations qu'elle reprend sans réussir à les achever, cette façon de vouloir corriger le regard des autres jusqu'à ne plus pouvoir supporter qu'on la regarde. Pourtant, le mot internée arrête quelque chose en moi.Il me faut le reprendre intérieurement.Lya est internée.Ce n'est plus une nouvelle que je peux ranger avec les articles, les mensonges exposés, les conséquences de ce qu'elle fait. Il y a désormais un endroit où elle ne choisit plus simplement de partir lorsqu'une conversation lui déplaît. Un endroit où sa voix ne lui rend pas le pouvoir qu'elle réclame.Je desserre enfin mes doigts. La peau garde la marque de la pression.Alessandro ne parle pas tout de suite. Je lui en suis reconnaissante. Je ne supporterais pas une phrase d
LyaJe n'ai plus personne à appeler qui me réponde comme avant.Je garde cette pensée à distance autant que possible, mais elle revient chaque fois que je m'arrête. Elle attend dans les intervalles. Dès que je ne parle plus, dès que je ne prépare plus quelque chose, elle est là, entière, avec ce mot que je ne supporte pas, seule.Ruine.Je pourrais encore le prononcer pour l'argent, pour ce qui n'est plus à moi, pour ce que je perds sans parvenir à le reprendre. Le reste est pire. Je perds le droit d'être attendue, écoutée, regardée sans qu'on cherche derrière moi ce qu'Élia raconte.Élia.Je serre les dents.Même maintenant, elle occupe la place.La Veuve est vaincue. Je ne peux plus faire de cette femme une promesse que je me garde pour tenir une journée de plus. Il ne reste pas un camp vers lequel me tourner en faisant semblant de choisir. Il reste moi, et ce que je peux encore faire.Alors je décide de frapper une dernière fois.Pas d
ÉliaTout se rapproche en même temps.Je n'ai pas le temps de distinguer les bruits, de les placer, de comprendre ce qui vient jusqu'à nous. Marco me repousse derrière lui et je sens sa main contre moi, ferme, sans brutalité, le geste de quelqu'un qui n'a aucune seconde à perdre pour me convaincre.— Reculez.Je recule.L'accès sécurisé devient le seul endroit que je regarde. Je ne vois plus la pièce autour de moi, je ne sens presque plus le sol. Il y a ce passage à protéger, Marco devant, et le mouvement d'hommes qui essaient de l'atteindre.Il ne les laisse pas faire.Je ne sais pas comment raconter la vitesse sans mentir. Dans mon esprit, chaque geste reste séparé, énorme, tandis que le suivant arrive avant que je puisse finir de voir le premier. Marco change de position, maintient l'accès, m'écarte encore lorsque je fais un mouvement vers lui.— Pas maintenant.Je ne sais même pas ce que je veux faire.L'aider, peut-être.Je ne pe
ÉliaÀ l'abri, je découvre que le temps peut devenir une chose presque physique.Il appuie contre mon sternum. Il serre. Je ne peux ni le déplacer ni lui donner un rythme qui m'aide. Chaque seconde arrive séparément, intacte, et je dois la traverser avant de découvrir qu'il y en a encore une autre derrière.Je reste là où je dois rester.Je ne sais plus combien de fois je change de position. Debout, puis assise, puis debout encore parce que mes jambes ne supportent pas d'être immobiles et que, dès que je marche, je me déteste de pouvoir marcher alors que je ne sais rien de ce qui se passe.La bataille me parvient par morceaux.Un bruit lointain que je crois reconnaître, puis un silence, puis quelque chose de plus violent qui me fait lever la tête avant même que je le comprenne. Je retiens mon souffle pour écouter mieux.Cela n'aide pas.Je n'entends pas Alessandro dans ces bruits. Je n'entends aucune certitude. Mon esprit essaie pourtant de chois
ÉliaAvant l'assaut, il y a ce moment que je n'arrive pas à quitter.Je suis contre Alessandro, et rien ne commence encore autour de nous, rien d'irréversible en apparence. Son corps est là, chaud sous mes mains. Je peux lui parler. Je peux toucher sa nuque et sentir ses muscles réagir, cette petite tension qui se défait lorsqu'il comprend que je ne vais rien lui demander.Je voudrais rester dans cette seconde jusqu'à l'épuiser.— Tu trembles, murmure-t-il.— Je sais.Il ne me dit pas d'arrêter.Ses mains se posent sur mes bras, les suivent lentement, puis reviennent vers mes épaules. Il semble chercher une manière de me tenir qui ne ressemble pas à un départ. Je reconnais cet effort parce que je fais le même, je replace mes doigts, je change de position, comme si la distance qui nous attendait se mesurait déjà dans le moindre espace entre nos corps.— Regarde-moi.Je lève les yeux.Je n'aime pas la douceur de sa voix. Pas maintenant. Ell







