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Chapitre 71 — Confrontation : le document 2

작가: Déesse
last update 게시일: 2026-09-17 08:04:48

Ne laisse pas le monde entrer entre nous par un tiroir. C'est la plus belle phrase qu'on m'ait jamais dite pour m'empêcher de regarder dans un tiroir. Elle est parfaite. Elle est irréfutable. Elle retourne tout, ce n'est plus lui qui est en question, c'est le monde, et moi, moi je deviens la gardienne de nous, la petite vestale chargée de ne pas laisser le monde entrer, et si je continue à poser des questions, ce n'est plus lui que j'accuse, c'est nous que je sacrifie.

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    ÉliaC'est par hasard, enfin, c'est ce que je crois encore, à ce moment-là ; plus tard, je me demanderai si le hasard existe dans cette ville. Un mercredi. Alessandro m'a demandé de l'accompagner à un déjeuner d'affaires, ce qui est une première, jamais, en quatre mois, il ne m'a emmenée à ses déjeuners d'affaires. Celui-ci est différent, a-t-il dit. Celui-ci, tu peux venir. J'aurais dû me demander ce qui le rendait différent. J'aurais dû. Je ne l'ai pas fait. J'étais contente, voilà la vérité, contente comme une enfant qu'on sort de sa chambre, contente d'être emmenée, contente d'exister ailleurs que dans le manoir, et mon contentement m'a fermé les yeux, encore une fois, toujours une fois.Le déjeuner a lieu dans une maison particulière, pas un restaurant, un hôtel de ville ancien, une cour intérieure, des voitures que je ne reconnais pas, des chauffeurs qui se saluent entre eux avec la familiarité froide des gens qui se connaissent tous. Dès la cour, j

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    ÉliaIl y a une chose que personne ne vous dit sur la peur : elle ne tue pas le désir. Elle le déplace. Elle le creuse. Elle le rend plus bas, plus animal, plus honteux, et plus fort.C'est la dixième nuit de la douceur. Ou la onzième. J'ai cessé de compter, parce que compter les nuits de la douceur, c'était encore une façon de croire qu'elle aurait une fin, qu'elle était une saison, une opération, quelque chose qui se termine, et j'ai fini par comprendre qu'elle ne se terminerait pas, qu'elle était devenue le climat même de la maison, et que c'était à moi de décider ce que je ferais sous ce climat-là.Cette nuit-là, il a lu le Dante jusqu'à ce que ma tête tombe sur son épaule. Il a refermé le livre. Il m'a raccompagnée, il me raccompagne toujours, maintenant, jusqu'au seuil de la chambre, comme s'il avait peur de me perdre dans les quatre mètres de couloir qui séparent la bibliothèque de notre lit. Et au seuil, il a fait ce qu'il fait depuis dix

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    ÉliaLe lendemain, la douceur commence. Et si quelqu'un me demande un jour quel a été le moment le plus difficile de toute cette histoire, pas le plus effrayant, le plus difficile, je répondrai sans hésiter : ce fut la douceur.Elle commence dès le matin. Il ne part pas à l'aube, pour la première fois depuis des semaines, il est là quand j'ouvre les yeux, déjà habillé, assis dans le fauteuil, mon fauteuil, celui de la nuit, avec une tasse de café pour moi, posée en équilibre sur la petite table, encore fumante, sucrée exactement comme je l'aime, ce qui veut dire qu'il a regardé, un jour, combien de sucre je mets, et qu'il l'a retenu.— Tu n'as pas dormi, dit-il.Ce n'est pas une question.— Non.— Moi non plus.Il me tend la tasse. Nos doigts se frôlent. Je prends le café, et je le bois, et il est parfait, et je déteste qu'il soit parfait.Ce jour-là, il ne quitte pas la maison. Tout est annulé, dit-il simplement, et je n'ose pas imaginer ce que tout est annulé coûte, ce que ça déplac

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    ÉliaLa nuit suivante est pire. Je veux le noter parce que je croyais que la première serait la pire, on croit toujours que la première est la pire, et que non : la première, on la passe dans le choc, et le choc est un anesthésique. La deuxième, on la passe dans la clairvoyance, et la clairvoyance n'anesthésie rien.Il est venu se coucher vers minuit. Il a été d'une douceur, j'y reviendrai, cette douceur-là mérite son chapitre, et il s'est endormi contre moi, et moi j'ai attendu, les yeux fermés, en comptant, comme chaque nuit désormais, le moment où sa main s'alourdirait, où son souffle descendrait. Puis je suis sortie du lit. Un quart d'heure de centimètres. Cela devient une pratique. Cela devient mon exercice du soir : l'extraction.Mais cette nuit, je ne descends pas. Cette nuit, je reste. Je m'assieds dans le fauteuil près de la fenêtre, dans le noir, à cinq mètres du lit, et je le regarde dormir.Il faut que je le regarde. Je ne sais pas l'expliquer autrement : il faut que je le

  • LA BELLE ET LE MAFIEUX SANGUINAIRE    Chapitre 83 : Sans être vue

    ÉliaIl dort. Enfin, il dort, ou il fait semblant, je ne suis plus sûre de rien, peut-être que nous sommes deux à faire semblant, peut-être que ce lit est devenu un théâtre où chacun joue le sommeil pour l'autre. En tout cas sa respiration s'est approfondie, et sa main s'est alourdie sur ma hanche, et je reste immobile sous cette main comme sous une pierre.Je revis la scène. Je n'ai pas le choix : elle tourne, elle tourne, en boucle, sans fin. Pasqua. Pasqua d'abord. Il rentre chez lui, il ne se rendort pas. L'homme est une enveloppe. Chaque phrase est là, intacte, et chaque phrase, à chaque passage, change un peu de sens, comme ces dessins qui sont tantôt un vase, tantôt deux visages. Pasqua d'abord, d'abord, ce qui veut dire qu'il y a un ensuite, qu'il y a une liste, que la nuit n'est qu'un début. Personne ne touche à sa famille, cette phrase-là, au milieu du reste, est presque une caresse, et elle est peut-être la plus monstrueuse de toutes : il y a des règles, il y a une étiquett

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