LOGINLyaJe n'ai plus personne à appeler qui me réponde comme avant.Je garde cette pensée à distance autant que possible, mais elle revient chaque fois que je m'arrête. Elle attend dans les intervalles. Dès que je ne parle plus, dès que je ne prépare plus quelque chose, elle est là, entière, avec ce mot que je ne supporte pas, seule.Ruine.Je pourrais encore le prononcer pour l'argent, pour ce qui n'est plus à moi, pour ce que je perds sans parvenir à le reprendre. Le reste est pire. Je perds le droit d'être attendue, écoutée, regardée sans qu'on cherche derrière moi ce qu'Élia raconte.Élia.Je serre les dents.Même maintenant, elle occupe la place.La Veuve est vaincue. Je ne peux plus faire de cette femme une promesse que je me garde pour tenir une journée de plus. Il ne reste pas un camp vers lequel me tourner en faisant semblant de choisir. Il reste moi, et ce que je peux encore faire.Alors je décide de frapper une dernière fois.Pas d
ÉliaTout se rapproche en même temps.Je n'ai pas le temps de distinguer les bruits, de les placer, de comprendre ce qui vient jusqu'à nous. Marco me repousse derrière lui et je sens sa main contre moi, ferme, sans brutalité, le geste de quelqu'un qui n'a aucune seconde à perdre pour me convaincre.— Reculez.Je recule.L'accès sécurisé devient le seul endroit que je regarde. Je ne vois plus la pièce autour de moi, je ne sens presque plus le sol. Il y a ce passage à protéger, Marco devant, et le mouvement d'hommes qui essaient de l'atteindre.Il ne les laisse pas faire.Je ne sais pas comment raconter la vitesse sans mentir. Dans mon esprit, chaque geste reste séparé, énorme, tandis que le suivant arrive avant que je puisse finir de voir le premier. Marco change de position, maintient l'accès, m'écarte encore lorsque je fais un mouvement vers lui.— Pas maintenant.Je ne sais même pas ce que je veux faire.L'aider, peut-être.Je ne pe
ÉliaÀ l'abri, je découvre que le temps peut devenir une chose presque physique.Il appuie contre mon sternum. Il serre. Je ne peux ni le déplacer ni lui donner un rythme qui m'aide. Chaque seconde arrive séparément, intacte, et je dois la traverser avant de découvrir qu'il y en a encore une autre derrière.Je reste là où je dois rester.Je ne sais plus combien de fois je change de position. Debout, puis assise, puis debout encore parce que mes jambes ne supportent pas d'être immobiles et que, dès que je marche, je me déteste de pouvoir marcher alors que je ne sais rien de ce qui se passe.La bataille me parvient par morceaux.Un bruit lointain que je crois reconnaître, puis un silence, puis quelque chose de plus violent qui me fait lever la tête avant même que je le comprenne. Je retiens mon souffle pour écouter mieux.Cela n'aide pas.Je n'entends pas Alessandro dans ces bruits. Je n'entends aucune certitude. Mon esprit essaie pourtant de chois
ÉliaAvant l'assaut, il y a ce moment que je n'arrive pas à quitter.Je suis contre Alessandro, et rien ne commence encore autour de nous, rien d'irréversible en apparence. Son corps est là, chaud sous mes mains. Je peux lui parler. Je peux toucher sa nuque et sentir ses muscles réagir, cette petite tension qui se défait lorsqu'il comprend que je ne vais rien lui demander.Je voudrais rester dans cette seconde jusqu'à l'épuiser.— Tu trembles, murmure-t-il.— Je sais.Il ne me dit pas d'arrêter.Ses mains se posent sur mes bras, les suivent lentement, puis reviennent vers mes épaules. Il semble chercher une manière de me tenir qui ne ressemble pas à un départ. Je reconnais cet effort parce que je fais le même, je replace mes doigts, je change de position, comme si la distance qui nous attendait se mesurait déjà dans le moindre espace entre nos corps.— Regarde-moi.Je lève les yeux.Je n'aime pas la douceur de sa voix. Pas maintenant. Ell
Alessandro L'assaut commence, et je n'ai plus le temps de corriger ce qui me traverse. Je pense à Élia au moment même où je dois penser à ce qui se trouve devant moi. Pas à son visage tout entier, à un détail, ses doigts contre ma manche, leur pression qui cesse lorsque je m'éloigne. Je chasse cette sensation. Elle revient aussitôt, obstinée, plus précise que ce que j'aperçois dans le mouvement autour de moi. Je continue. Le repaire de La Veuve cesse d'être un endroit que je cherche, une adresse que je vérifie, une ligne sur laquelle je reviens pendant des années. Il est là. Réel. Résistant. Puis il cède. Je perçois le choc d'une entrée forcée, le déplacement brutal des hommes, les premières réponses venues de l'intérieur. Les bruits se rapprochent si vite qu'ils semblent perdre leur distance. Je ne distingue plus ce qui résonne dans le bâtiment de ce qui éclate tout près de moi. — On continue.
ÉliaJe retrouve Alessandro avec la dernière phrase de Lya encore dans la bouche, non pas les mots eux-mêmes, mais ce qu'ils me laissent sur la langue, une sécheresse que rien ne semble pouvoir défaire. Il me regarde approcher. Je sens qu'il cherche ce qui change dans mon visage, la trace d'une défaite, peut-être, ou celle d'un soulagement.Je ne lui donne ni l'une ni l'autre.— Je la laisse, dis-je.Il incline légèrement la tête.— Je sais.— Non, je veux que tu l'entendes de moi. Je ne vais pas plus loin contre elle.Ses yeux restent sur les miens. Il ne proteste pas. Cette absence de résistance devrait m'apaiser, pourtant je continue de serrer mes doigts les uns contre les autres, comme si mon corps attendait encore quelqu'un à convaincre.— Ce qu'elle fait lui appartient, ajouté-je. Je ne veux plus m'occuper de la finir.Alessandro baisse les yeux vers mes mains.— Alors ne t'en occupe plus.Je souffle enfin.Mais il ne se dét







