Mag-log inPoint de vue d’Elara
Je m’étais tenue à l’écart des autres louves, me contentant d’observer avec calme la salle de bal qui s’étendait autour de moi. Il fallait bien l’admettre, le spectacle était magnifique. Chacun avait visiblement fait de son mieux pour se présenter avec une élégance remarquable, et pourtant, au lieu de simplement profiter de cette soirée, je sentais mon cœur se serrer à la pensée qu’il s’agissait probablement de la dernière fois que j’aurais l’occasion de participer à quelque chose d’aussi beau. Sur la piste, les couples évoluaient au rythme de la musique, leurs longues robes glissant avec grâce et se balançant doucement au-dessus du sol à chacun de leurs mouvements. Autour d’eux, les tables croulaient sous la quantité de nourriture qui y avait été disposée, tandis que les serveurs se déplaçaient sans relâche entre les invités, leur proposant des flûtes de champagne soigneusement alignées sur des plateaux d’argent. Notre meute avait véritablement accompli un travail remarquable pour organiser cet événement, si je pouvais me permettre de le reconnaître ainsi. Cela n’avait pourtant pas été une tâche facile. Nous ne bénéficiions pas des mêmes moyens financiers que certaines des autres meutes et, évidemment, nous étions très loin de posséder les richesses de la meute Silvercrest. Quelques années auparavant, Silvercrest avait organisé son propre bal et, à cette époque, j’avais désespérément rêvé de pouvoir m’y rendre. Je ne pouvais qu’imaginer à quel point la soirée avait dû être somptueuse dans leur palais, mais mes parents avaient catégoriquement refusé de m’autoriser à y aller. — Aucune de mes filles ne mettra un jour les pieds sur le territoire de la meute Silvercrest, avait sèchement déclaré mon père lorsque je lui avais demandé la permission d’assister à leur bal. Je n’y étais donc jamais allée. Aucun membre de notre meute n’avait participé à cette soirée, mais nous avions entendu suffisamment de rumeurs rapportées par les autres meutes pour savoir qu’elles considéraient ce bal comme l’événement le plus extraordinaire que la frontière ait jamais connu. La résidence de notre meute était relativement modeste lorsqu’on la comparait à celles des autres territoires. Pour cette occasion particulière, nous avions même dû faire construire une salle de bal spécialement destinée à accueillir l’événement. La plupart des membres de la meute vivaient dans le village, dans de petites maisons, et nous n’avions jamais été connus pour notre grandeur ou notre opulence. Notre véritable réputation reposait ailleurs, notamment sur notre terrain d’entraînement destiné aux guerriers. Nous possédions le meilleur programme d’entraînement de toute la frontière, et de jeunes guerriers venaient de partout pour bénéficier de notre formation. Certains décidaient ensuite de rester au sein de notre meute une fois leur entraînement terminé afin de rejoindre l’élite de nos guerriers, tandis que d’autres retournaient auprès de leur propre meute après avoir achevé leur formation. Les meutes avec lesquelles nous avions conclu des alliances faisaient régulièrement appel à nous lorsqu’elles étaient attaquées. Chaque fois que cela était nécessaire, nous mettions nos guerriers à leur disposition afin de les aider à assurer leur défense. Toutes les meutes savaient qu’elles pouvaient compter sur nous. Toutes, à l’exception d’une seule. La meute Silvercrest ne se serait jamais abaissée à solliciter notre aide, exactement comme nous ne nous serions jamais permis de leur demander de l’argent. J’avais moi-même eu l’occasion de me rendre au Stordan Stretch avec Adrian. J’avais contemplé de mes propres yeux la beauté et la majesté de cette terre, et je comprenais parfaitement pourquoi nos deux meutes s’étaient autant battues pour pouvoir la posséder. Pourtant, nous l’avions revendiquée les premiers. Cette terre aurait dû nous appartenir. Si cela avait été le cas, notre meute se trouverait aujourd’hui dans une situation totalement différente, car nous disposerions de ressources suffisamment importantes pour nous apporter toute la richesse qui nous faisait défaut. Malgré tout, nous avions fait tout ce qui était en notre pouvoir pour que ce bal soit magnifique. Cela ne semblait cependant pas suffire à certaines des louves venues des autres meutes, puisque je pouvais les entendre murmurer au sujet de la modestie de notre résidence. — C’est tellement… fade, commenta l’une d’elles. Combien de personnes vivent ici ? Ça paraît tellement petit, tu ne trouves pas ? — Oui, c’est vrai. Et j’ai entendu dire qu’ils avaient construit cette salle de bal spécialement pour cet événement. Tu imagines ? Ils n’avaient même pas de salle de bal avant ça ? Une autre louve éclata de rire à son tour. Leurs paroles firent immédiatement bouillir mon sang. J’étais fière de ma meute et je savais parfaitement que nous étions loin d’être faibles. Alors quoi ? Nous n’avions pas de palais ? Qui s’en souciait, putain ? Au bout du compte, nous possédions ce qui comptait réellement : des guerriers. Je les regardai derrière mon masque, incapable de ressentir autre chose que du mépris à leur égard. Des salopes, toutes autant qu’elles étaient. Je n’avais aucune idée de la meute à laquelle elles appartenaient et, pour être honnête, je ne ressentais même pas le moindre intérêt à le découvrir. C’est alors qu’un homme apparut devant moi. Il était séduisant, ou du moins, c’était ce que je pouvais en déduire à partir de la partie de son visage que son masque laissait visible. Il inclina légèrement la tête dans ma direction avant de me tendre la main. — Mlle Elara, dit-il. Je le reconnus immédiatement. Il s’agissait de l’un des guerriers de notre propre meute. — Voulez-vous m’accorder cette danse ? Je marquai une hésitation avant de secouer finalement la tête. Son sourire s’effaça presque aussitôt et il sembla chercher quoi répondre, visiblement embarrassé par mon refus. — Oh… bien sûr. Hum, peut-être un peu plus tard, alors ? — Peut-être, répondis-je sèchement. Il finit par s’éloigner, cherchant désormais une autre louve qui accepterait de danser avec lui. Quelques instants plus tard, Adrian vint me rejoindre avec une flûte de champagne à la main. — Tu t’amuses bien ? demanda-t-il. — Oui, répondis-je en mentant. Pour Adrian, j’étais capable de faire semblant. Il jeta ensuite un regard en direction du guerrier que j’avais repoussé avant de reporter son attention sur moi. — Tu l’as blessé, remarqua-t-il en le désignant du regard. Pourquoi est-ce que tu l’as refusé ? Pourquoi ne pas simplement danser avec lui ? C’est un homme plutôt séduisant.Elle me lança un clin d’œil complice par-dessus la tête de l’enfant.Une petite troupe de servantes s’empressa de venir nous accueillir dans le hall pour nous guider à travers les couloirs jusqu’à nos appartements réservés. Une fois nos affaires déposées, nous ressortîmes rapidement dans la grande cour ensoleillée afin de retrouver enfin Adrian, Daphné et la minuscule Lyra qui dormait paisiblement dans son landau.Adrian et Daphné avaient expressément souhaité que la présentation publique de leur fille demeure une cérémonie intime et familiale. Ils n’avaient par conséquent convié aucune autre meute alliée et avaient simplement exigé que Lucian et moi soyons présents à leurs côtés. Nous étions, bien entendu, profondément honorés d’avoir reçu ce privilège.Lucian déposa délicatement Elias par terre sur l’herbe, et notre petit garçon s’empressa de courir à quatre pattes directement vers son oncle Adrian. Elias vouait une véritable adoration à Adrian, presque autant qu’il en avait pour so
Point de vue de Elara Un an plus tard— Tu as bien pris le doudou ? demandai-je alors que nous approchions lentement de la frontière de la meute Blackthorn, l’esprit déjà tout entier tourné vers l’agitation de la fête. La fête va se prolonger jusque tard dans la nuit, et tu sais que Félix est strictement incapable de dormir sans son doudou.— Oui, mon amour, répondit Lucian avec un sourire amusé et infiniment patient, ajustant d’une main le volant de la voiture. J’ai aussi pris quatre tenues de rechange, son ours en peluche et sa sucette. Tout est là, je te le promets, tu n’as pas à t’en faire.Je sentis l’assurance tranquille de Lucian se transmettre peu à peu à moi, et mon anxiété matinale commença aussitôt à s’apaiser. J’étais sincèrement heureuse que nous fassions ce long voyage jusqu’à la meute Blackthorn, mais l’idée de voyager avec un tout-petit me rendait toujours un peu nerveuse. Pourtant, au fond, il n’y avait aucune véritable raison de m’inquiéter ainsi. Nous allions séjou
Ils se décalèrent sur le côté pour nous céder la place sur l’estrade.C’était enfin notre tour.Notre rituel à nous était d’une essence beaucoup plus ancienne, presque sauvage dans sa simplicité primitive. Notre propre ancien prit position devant nous, un lourd seau de terre et de boue fraîches posé à même le sol à ses pieds.Elara et moi tournâmes nos regards l’un vers l’autre, coupés du reste du monde.— Deux rituels vont sceller cette heureuse journée, entama l’ancien d’une voix grave qui porta au loin, tandis que je me perdais dans les magnifiques prunelles noisette d’Elara. Le premier sera la cérémonie traditionnelle du mariage, unissant ces deux âmes par les liens sacrés de l’alliance. Tous deux ont accepté l’engagement mutuel. Le second, plus rare encore, sera celui de la revendication définitive.La revendication était un acte d’une intensité redoutable qui ne se produisait qu’à de très rares occasions. Elle ne pouvait s’accomplir qu’entre véritables compagnons, et même ainsi,
désormais prêt pour accueillir notre nouveau-né dans les meilleures conditions. Il ne nous restait plus qu’à patienter sagement.La meute tout entière montrait la même impatience à l’idée d’accueillir ce petit être qui serait également le futur héritier de notre lignée. Ma propre mère avait, elle aussi, radicalement changé d’attitude au cours des dernières semaines, finissant par accueillir Elara avec une affection sincère et protectrice. Maintenant qu’Elara n’était plus perçue comme une menace et que les vieilles rancœurs appartenaient définitivement au passé, nous pouvions enfin tous relâcher notre vigilance. Nous n’avions plus besoin de vivre en permanence sur la défensive, l’arme au poing.De surcroît, grâce à cette alliance inédite entre nos deux meutes, nous pouvions désormais compter sur les guerriers d’élite de Blackthorn si la situation exigeait des renforts, ce qui décuplait la force de Silvercrest. En contrepartie, la meute Blackthorn savait qu’elle pouvait s’appuyer sur no
— C’est vrai ? répondis-je, encore totalement incrédule malgré les mois de préparation. Nous allons toutes les deux devenir des Lunas respectées à la tête de nos propres meutes. C’est complètement dingue !Si quelqu’un m’avait prédit, un mois plus tôt à peine, où je me trouverais aujourd’hui, je n’aurais jamais imaginé répondre que je serais là, aux côtés de Daphné, sur le point de célébrer un double mariage somptueux devant nos deux meutes enfin réconciliées.À un moment donné, au cœur de la tourmente, j’avais sincèrement perdu tout espoir. Je m’étais résignée à vivre définitivement séparée de Lucian, exactement comme je m’étais autrefois résignée à l’idée d’être maudite et condamnée à dormir pour l’éternité.Mais j’avais compris une leçon essentielle à travers tout cela.Il fallait vraiment que j’arrête de me résigner face au premier obstacle venu.Lorsqu’on le désirait suffisamment fort, il existait toujours un chemin secret à tracer. Et j’étais désormais la preuve vivante de cette
J’avais conservé ma propre chambre parce que mes vêtements, mes chaussures et mes bijoux avaient besoin d’un endroit où être rangés correctement. Mais, dans les faits, je passais la majeure partie de mon temps dans notre chambre commune.Et laissez-moi vous dire une chose en toute franchise : les hormones de grossesse pouvaient faire des merveilles absolues sur la libido.Pendant les semaines qui avaient précédé le mariage, j’avais été comme une chatte en manque d’attention, guettant la moindre présence de mon compagnon. Mon appétit sexuel semblait tout simplement impossible à satisfaire, et Lucian ne s’en plaignait absolument pas, bien au contraire. Il répondait à mes moindres envies avec une énergie et un enthousiasme débordants. Je ne parlerai même pas des quantités considérables de fraises et de crème fouettée que nous avions consommées au milieu de la nuit. Certaines choses valent mieux rester dans l’imagination des gens.Alors, entre les préparatifs du mariage, nos moments intim







