INICIAR SESIÓN— Dante Je ne dors pas. Le corps de Marco est encore dans la cave, et je le vois chaque fois que je ferme les yeux. Je le vois tomber. Je vois le sang. Je vois le visage de mon cousin, ce visage que je connais depuis l'enfance, ce visage qui me regardait quand nous étions petits, qui riait avec moi, qui me couvrait quand je faisais des bêtises. Je me lève. Je marche dans la chambre. Je regarde par la fenêtre. La ville est là, indifférente, et je me dis que je pourrais partir, que je pourrais tout laisser, que je pourrais disparaître. Mais je ne pars pas. Je reste là, debout, à regarder la ville, et je sens le poids de ce que j'ai fait qui pèse sur mes épaules, qui m'écrase, qui m'étouffe. Sofia entre. Elle ne frappe pas. Elle ne demande pas si elle peut entrer. Elle entre, elle s'approche, elle se tient à côté de moi, et elle regarde la ville avec moi. — Tu ne dors pas. — Non.
Marco est dans la cave. Il est assis sur une chaise, les mains liées devant lui, et il ne lève pas les yeux quand j'entre. Il sait. Il sait depuis le début. Il a attendu, il a espéré, et maintenant il sait. — Dante. Sa voix est faible. — Marco. Je m'arrête devant lui. Je le regarde. C'est mon cousin. C'est le fils de la sœur de mon père. C'est l'homme qui m'a appris à monter à cheval, qui m'a couvert quand j'ai fait une bêtise, qui a été là quand mon père est mort. C'est mon cousin, et il m'a trahi. — Pourquoi ? Il lève enfin les yeux. Ses yeux sont rouges, fatigués, et il y a dans son regard quelque chose qui ressemble à de la honte. — Elle m'a promis des choses. — Camilla. — Elle m'a promis que je pourrais partir. Que je pourrais recommencer ailleurs. Que je serais libre. — Et tu l'as crue. — Oui. Je le regarde. Je ne ressens pas de colère. J
Je le regarde. — Je ne te pardonne pas. Mais je comprends. Il ne dit rien. Il ne cherche pas à se défendre. Il ne cherche pas à expliquer. Il ne me dit pas que je me trompe, que j'exagère, que j'ai tort de garder tout ça. Il me regarde, et il attend. — C'est plus que ce que j'espérais. Sa voix est basse. — Tu espérais quoi ? — Rien. — Rien ? — Rien. Je secoue la tête. Je ne sais pas ce que je ressens. Ce n'est pas de la colère, ce n'est pas de la pitié, ce n'est pas de l'amour, pas encore, pas comme il faudrait. C'est quelque chose de plus trouble, de plus lent, de plus profond. C'est la fatigue de trois nuits sans sommeil, et la peur qui ne me quitte pas, et cette chose qui s'est déplacée entre nous, cette chose qui n'a pas de nom. — Tu es fatigué. — Oui. — Tu devrais dormir. — Je sais. Il ne bouge pas. Il ne se lève pas. Il me regar
Je me lève. Je marche jusqu'à la fenêtre. Je regarde la ville qui dort, les lumières, les toits, les rues vides. Le ciel commence à pâlir à l'est, une ligne grise qui annonce le matin. Je pose mon front contre la vitre. Le verre est froid.Cinq ans.Il a cherché cinq ans.Il a cru que j'étais morte, et il a continué, et quand je suis revenue, il m'a dit qu'il ne me laisserait pas partir. Il l'a dit comme on pose une limite. Il l'a dit comme on plante un drapeau. Il ne l'a pas dit comme on dit je t'aime.Mais je viens de l'entendre. Dans son délire. Dans cette nuit qui n'en finit pas. Je viens de l'entendre, et je ne sais pas ce que je vais en faire.Quand je me retourne, il est réveillé.Il me regarde. Ses yeux sont clairs, fatigués, mais présents. Il a émergé du délire sans que je le voie, et maintenant il est là, dans ce lit, et il attend.— Tu es restée.Sa voix est rauque, sèche, à peine audible. Je m'approche du lit.— Je te l'avais
— Sofia Je ne dors pas. La nuit s'étire dans la chambre d'hôpital, blanche et silencieuse, découpée par le bourdonnement régulier du moniteur et par le passage des infirmières dans le couloir. Je suis assise sur la chaise de plastique, la nuque contre le mur, les jambes étendues devant moi, et je compte les respirations de Dante pour ne pas compter les minutes. Une. Deux. Trois. Quatre. Sa poitrine se soulève sous le drap, retombe, remonte, et chaque cycle me dit qu'il est encore là, qu'il n'est pas parti, que la nuit n'a pas encore réussi à me le prendre. Je ne dors pas parce que si je dors, il pourrait arrêter de respirer et je ne le saurais pas. C'est absurde. Il y a des machines pour ça. Il y a des infirmières, des médecins, tout un système humain et technique qui veille sur lui. Mais les machines ne l'ont pas empêché de se jeter dans cet entrepôt. Les machines ne l'ont pas empêché de tomber. Les machines ne savent rien de ce qu
Je compte les carreaux.Vingt-trois. Vingt-quatre. Vingt-cinq.Le couloir est long, éclairé par des néons qui bourdonnent, et je ne sais pas combien de temps je reste assise sur cette chaise de plastique bleu qui craque sous moi à chaque mouvement. Mes mains sont posées sur mes cuisses. J'ai fini par les essuyer. Le sang est parti, mais il reste quelque chose, une couleur plus sombre au creux des ongles, une trace qui ne veut pas céder quand je gratte.Je gratte.— Tu vas te faire mal.La voix vient de ma droite. Je lève les yeux.Un des capitaines est là. Je ne me souviens pas de son nom. Il est grand, fatigué, il a une entaille au-dessus du sourcil et il n'a pas pris le temps de la faire soigner. Son visage est fermé, comme tous les visages des hommes qui travaillent pour Dante, mais il y a dans ses yeux quelque chose que je ne lui connaissais pas.— Comment il va ?— On ne sait pas encore.Il hoche la tête. Il ne s'assoit pas. Il rest







