Home / Romance / LA REVANCHE D'UNE HUMILIÉE / CHAPITRE 59 : Le Souffle Empoisonné

Share

CHAPITRE 59 : Le Souffle Empoisonné

Author: Déesse
last update Last Updated: 2026-01-12 03:48:49

Élianor

Le mot du médecin reste en suspens dans l’air, plus aseptisé encore que l’odeur du couloir. « Préparer ». Il a dit « préparer ». Je fixe ses lèvres qui viennent de prononcer cette condamnation à l’attente, et quelque chose en moi se cabre, se raidit contre la passivité.

Je m’avance d’un pas, brisant le cercle de stupeur où nous sommes enfermées. Ma voix, quand elle sort, est étrangement calme, plate, lisse comme la surface d’un lac gelé. Toute trace de larmes a disparu, brûlée par une nécessité soudaine.

— Docteur, je veux que vous fassiez tout ce qu’il est humainement et médicalement possible de faire. Absolument tout. Les meilleurs spécialistes, les traitements les plus avancés, peu importe le coût. Je prends tout en charge. Vous me tenez informée personnellement de chaque évolution, si infime soit-elle.

Le médecin, un homme d’un certain âge aux traits tirés par des nuits comme celle-ci, hoche lentement la tête. Il a l’habitude des demandes des familles, des promesses faites
Continue to read this book for free
Scan code to download App
Locked Chapter

Latest chapter

  • LA REVANCHE D'UNE HUMILIÉE    CHAPITRE 59 : Le Souffle Empoisonné

    ÉlianorLe mot du médecin reste en suspens dans l’air, plus aseptisé encore que l’odeur du couloir. « Préparer ». Il a dit « préparer ». Je fixe ses lèvres qui viennent de prononcer cette condamnation à l’attente, et quelque chose en moi se cabre, se raidit contre la passivité.Je m’avance d’un pas, brisant le cercle de stupeur où nous sommes enfermées. Ma voix, quand elle sort, est étrangement calme, plate, lisse comme la surface d’un lac gelé. Toute trace de larmes a disparu, brûlée par une nécessité soudaine.— Docteur, je veux que vous fassiez tout ce qu’il est humainement et médicalement possible de faire. Absolument tout. Les meilleurs spécialistes, les traitements les plus avancés, peu importe le coût. Je prends tout en charge. Vous me tenez informée personnellement de chaque évolution, si infime soit-elle.Le médecin, un homme d’un certain âge aux traits tirés par des nuits comme celle-ci, hoche lentement la tête. Il a l’habitude des demandes des familles, des promesses faites

  • LA REVANCHE D'UNE HUMILIÉE    CHAPITRE 58 : L’Empreinte dans la Nuit

    MarcusLondres. Mon bureau. Ces larges baies vitrées qui dominent le fleuve, toujours gris, toujours strié d’une lumière froide qui ne réchauffe rien. La pluie trace ses chemins lents et obliques sur la vitre, déformant les lumières de la ville qui s’allument une à une. Je les regarde sans les voir. Un verre de whisky américain est posé dans ma main, oublié. Je ne bois pas. Je ne suis pas là.Je suis cinq ans en arrière. Dans une chambre d’hôtel, quelque part dans une ville provinciale dont j’ai oublié le nom. Une étape. Rien qu’une étape.Je ferme les yeux. Plus fort. Là, c’est plus net.Je revois le hall, les tapis épais, l’odeur de cire et de nostalgie. J’avais dîné seul. Bu un verre au bar désert. Une femme, seule elle aussi, un peu à l’écart. Je l’avais à peine remarquée. Elle était… ronde. Pas le genre que je croise d’habitude ici. Mais elle avait une présence. Une façon de tenir son verre, de regarder dans le vague. Absorbée. Intense. Une robe sombre, simple. Des cheveux châtai

  • LA REVANCHE D'UNE HUMILIÉE    CHAPITRE 57 : Le Suspens dans le Blanc 2

    LioraElle s’arrête, haletante, comme si cette admission lui avait coûté l’air de ses poumons.—Et je l’ai trouvé mourant. Et le médecin dit que c’est peut-être moi qui ai appuyé sur le bouton. Tu es heureuse ? Ta théorie est validée. La méchante Élianor a tué son père.Elle ricane, un son horrible, sans joie.—Ça fait une belle histoire pour la ville. Une légende moderne. La Parricide de la Colline.Ma mère ressort de la chambre. Elle a vieilli de dix ans en dix minutes. Elle nous voit, face à face, les épaules raidies, les regards étincelants. Elle passe entre nous sans un mot, comme si nous étions des fantômes, et se rassoit, reprenant sa fixité.— À ton tour, dis-je froidement à Élianor. Vas-y. Va voir ton trophée. Prends ton temps.Elle me lance un regard qui est un mélange de haine et de détresse absolue. Puis elle se dirige vers la double porte. L’infirmière lui fait signe d’entrer.ÉlianorLe couloir est trop blanc, trop silencieux. Les bips des moniteurs derrière les portes s

  • LA REVANCHE D'UNE HUMILIÉE    CHAPITRE 56 : Le Suspens dans le Blanc 1

    LioraLes lumières au néon de la salle d’attente des soins intensifs crépitent avec un bourdonnement bas et continu. Un son qu’on n’entend qu’ici, entre la vie et la mort, un grésillement électrique qui semble sucer l’oxygène de l’air. L’attente. Elle n’est pas longue. Elle est élastique, monstrueuse. Elle se tend jusqu’à la rupture, puis s’affaisse en une molle agonie dès que les secondes redeviennent des secondes.Nous sommes assis sur des chaises en plastique bleu, vissées au sol. Moi, ma mère, et Élianor.Ma mère est un bloc de pierre. Elle a croisé les bras si fort sur sa poitrine qu’elle semble vouloir se briser en deux. Elle fixe le carrelage brillant, les yeux secs et grands ouverts, vidés par le choc. Plus de larmes. Plus de questions. Juste une attente animale.Élianor est assise à l’écart, à deux sièges de nous. Elle n’a pas bougé depuis qu’on nous a relégués ici. Elle est droite, trop droite, le dos ne touchant pas le dossier. Elle regarde droit devant elle, vers la double

  • LA REVANCHE D'UNE HUMILIÉE    CHAPITRE 55 : Le Masque et le Visage 2

    Élianor—Malade.Le mot résonne en moi comme une pierre tombant dans un puits très profond, très sec. Je l’avais imaginé affaibli, vaincu, vieilli. Pas… malade. Pas à ce point. Pas des semaines. Des jours.Liora est là, debout face à moi, vibrante d’une colère désespérée. Elle a les yeux cernés, ses vêtements sont modestes, presque pauvres. Elle est le reflet de ce que j’ai fui, de ce que j’ai écrasé. Et pourtant, en ce moment, elle est forte. D’une force que je ne possède plus, celle qui vient de n’avoir plus rien à perdre.—Il demande à me voir ?La question m’échappe. Je ne l’avais pas prévue.—Non.Il voulait venir lui-même. Faire un « baroud d’honneur ». Je l’en ai empêché. Il ne survivrait pas au trajet.Il voulait venir. L’image me frappe de plein fouet. Lui, l’homme de fer, l’autorité absolue, plié en deux par la toux, tentant de gravir cette colline pour m’affronter. Ou pour me supplier ? Les deux sont insupportables.Je tourne les yeux vers la baie vitrée. La vallée est en ba

  • LA REVANCHE D'UNE HUMILIÉE    CHAPITRE 54 : Le Masque et le Visage 1

    LioraLe chemin vers la colline est une ascension dans un autre monde. La voiture peine sur la route sinueuse et parfaite, bordée de haies taillées au cordeau. Ici, l’air même semble différent , plus froid, plus mince, filtré par la richesse et l’éloignement. Avec chaque virage, la maison de mon enfance, enfouie dans l’ombre de la vallée, semble rapetisser, s’effacer. Une tache d’humidité et de chagrin noyée dans le vert arrogant des domaines.Je me gare devant les imposantes grilles en fer forgé. « Les Cyprès ». Le nom est gravé dans la pierre grise d’un pilier. Aucune sonnette visible, seulement un interphone discret et un objectif de caméra qui luit comme un œil noir. Je descends, les jambes flageolantes. Mon cœur bat à coups sourds contre mes côtes, un tambour affolé dans le silence clinquant des lieux.Je presse le bouton. Un déclic. Pas de voix.—Je suis Liora Fabron.Je viens voir Élianor Hammond , ma sœur.Un nouveau déclic. Un bourdonnement. Les grilles s’ouvrent lentement, sa

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status