登入Le 15 janvier dernier, je me suis rendue à la mairie du dix-huitième arrondissement de Paris pour refaire mon certificat de mariage, que j'avais perdu lors d'un déménagement. L'employée a consulté son écran, a froncé les sourcils, a disparu dans l'arrière-bureau. Quand elle est revenue, son visage était gêné. « Madame, je suis désolée. Votre mariage n'apparaît pas dans nos registres. Il n'a jamais été enregistré. » Les mots se libèrent, les phrases s'enchaînent, les souvenirs remontent avec une précision douloureuse. Je raconte tout, dans l'ordre, sans rien omettre. Le retour à l'appartement, l'attente interminable, l'aveu glacial de Davide. Le faux certificat, le vrai mariage avec Valentina, le diagnostic de stérilité truqué, l'argent versé au docteur Morel. Et puis Léo. Le bébé qu'on m'a confié sous un prétexte mensonger, que j'ai nourri, changé, aimé de toute mon âme, et qui n'était pas le mien. J'écris pendant des heures, san
Elisa Ce soir, je prends une décision. C'est une décision qui mûrit en moi depuis des jours, des semaines peut-être, sans que j'ose me l'avouer. Elle est née dans les interstices de mes lectures, dans les silences entre deux poèmes, dans les longues promenades sur le sentier du littoral. Elle a grandi lentement, discrètement, comme une graine qui germe dans l'obscurité de la terre avant de percer la surface. Et ce soir, dans la lumière dorée du couchant, elle éclôt. Je vais écrire un livre. Pas un roman, non. Pas une fiction déguisée, avec des personnages inventés et des péripéties romanesques. Un récit. Un vrai récit, autobiographique, sans fard, sans masque, sans concession. L'histoire d'une femme qui a tout perdu et qui a tout reconstruit. L'histoire d'une femme qui a aimé un enfant qui n'était pas le sien, qui l'a élevé, qui l'a perdu. L'histoire d'une femme qui a été brisée par un homme qu'elle aimait,
Je prends les trois volumes, je les pose sur le comptoir. Le vieux libraire les emballe dans du papier kraft, me tend le paquet avec un sourire. — Bonne lecture, madame. Et si vous aimez les maudits, revenez la semaine prochaine, je dois recevoir une édition rare de Lautréamont. Je sors de la librairie, le cœur battant, le paquet serré contre ma poitrine. Je rentre chez moi en hâte, je m'installe sur la petite terrasse, face à la mer. Le soleil de mars est doux, il réchauffe la pierre du muret, il fait scintiller l'eau du port. J'ouvre Les Fleurs du Mal à la première page, je commence à lire à voix haute. « La sottise, l'erreur, le péché, la lésine, / Occupent nos esprits et travaillent nos corps, / Et nous alimentons nos aimables remords, / Comme les mendiants nourrissent leur vermine. » Ma voix est hésitante, rouillée, mal assurée. Cela fait si longtemps que je n'ai pas lu à voix haute, si longtemps que je n'ai pas
Je reste immobile devant le miroir, fascinée par cette étrangère qui me ressemble. Je lève la main, je touche mon visage, je suis le contour de mes lèvres, la courbe de mes pommettes, la ligne de mes sourcils. C'est moi. C'est vraiment moi. Cette femme que j'ai cru morte, cette femme que j'ai enterrée sous les décombres de mon mariage fictif, elle est encore là. Elle a survécu. Elle revient à la surface, lentement, péniblement, mais elle revient. — Bonjour, Elisa, je murmure à mon reflet. Ça fait longtemps. Et je souris. Un vrai sourire. Pas un sourire de façade, pas un sourire de politesse, pas un sourire de comédienne. Un sourire qui vient des tripes, qui monte du ventre, qui éclaire le visage tout entier. Un sourire de reconnaissance, de retrouvailles, de réconciliation. Je reste là, debout devant le miroir, à me sourire bêtement, les larmes aux yeux. Mais ce ne sont pas des larmes de tristesse. Ce sont des larmes de joie. De sou
Elisa Le printemps arrive doucement sur Collioure. Pas d'un coup, non, mais par petites touches successives, par caresses progressives, comme un amant timide qui n'ose pas encore se déclarer. D'abord, c'est la lumière qui change. Le soleil de février est encore pâle, mais il s'attarde plus longtemps sur la mer, il perce la brume matinale avec plus de vigueur, il réchauffe la pierre des façades jusqu'à la rendre tiède sous la paume. Puis ce sont les odeurs qui se transforment. L'air glacé et pur de janvier s'alourdit de parfums nouveaux, des parfums de terre mouillée, de sève qui monte, de fleurs qui s'apprêtent à éclore. La garrigue, sur les collines qui encerclent la ville, passe du gris au vert tendre, comme si un peintre invisible avait repassé une couche de couleur sur le paysage. Les amandiers sont les premiers à fleurir. Je les vois un matin, en me promenant sur le chemin qui monte au fort Saint-Elme, leurs branches nues soudain couvertes de petites fleurs blanches et roses,
Elisa Quelques jours plus tard, je retourne à la boulangerie de Mercè. La petite boutique est vide en cette fin d'après-midi, baignée d'une lumière dorée qui filtre à travers la vitrine poussiéreuse. Mercè est derrière son comptoir, en train d'essuyer des moules à tarte avec un torchon usé jusqu'à la corde. — Ah, madame De Luca ! s'exclame-t-elle en me voyant entrer. Vous tombez bien. J'allais fermer la boutique. Venez, je vous invite à dîner ce soir. Vous êtes bien trop maigre, il faut que quelqu'un s'occupe de vous. Je proteste pour la forme, mais j'accepte avec reconnaissance. Je n'ai pas dîné avec quelqu'un depuis mon arrivée à Collioure, et la solitude commence à peser, malgré tous mes efforts pour la transformer en liberté. La maison de Mercè est une petite bâtisse pleine de charme, au fond d'une impasse pavée, à deux pas du port. Les murs sont couverts de plantes grimpantes, de vieilles affich
L'aube me trouve toujours là, dans la même position, les genoux ankylosés, les yeux rouges et gonflés, la gorge sèche. La lumière grise du petit matin filtre à travers la fenêtre du couloir, une lumière sale, blafarde, qui éclaire les photos d'un jour nouveau, d'un jour cruel. Je les r
Elisa Je ne sais pas combien de temps je reste là, à genoux sur le parquet froid du couloir, les photos éparpillées autour de moi comme les pièces d'un puzzle que je refuse encore d'assembler, comme les débris d'une explosion qui a pulvérisé tout ce que
ÉlisaLe prénom que j'avais choisi pour mon fils fantôme, pour l'enfant qui n'existe pas, pour le petit garçon aux cheveux bruns et aux yeux clairs que j'élève dans mes rêves depuis des mois. Le prénom de mon grand-pè
Une musique de fond qu'il n'écoute plus. Une mélodie familière qui se fond dans le bruit de la rue, dans le ronronnement du réfrigérateur, dans le tic-tac de l'horloge. Il m'embrasse le front sans me voir. Ses lèvres effleurent ma peau comme u







