LOGINElisa De Luca a tout perdu un matin d'hiver, à la mairie. En refaisant son certificat de mariage, on lui a soufflé que le sien était un faux. Trois ans de mariage, réduits à une feuille truquée. Elle est rentrée chez elle, les mains glacées. Davide Santoro ne s'est pas excusé. Il lui a dit la vérité, froidement, comme on arrache un pansement sur une plaie encore vive. Depuis cinq ans, il était marié à la conseillère de leur université, Valentina , une femme plus âgée, plus discrète, plus utile. Davide avait tout orchestré en silence. Il avait soudoyé un médecin pour faire croire à Elisa qu'elle était stérile. Il lui avait imposé d'élever l'enfant qu'il venait d'avoir avec son autre femme. Elisa avait changé des couches, veillé des nuits entières, aimé cet enfant comme le sien, sans jamais savoir qu'on se moquait d'elle depuis le début. Elle s'est effondrée dans le couloir, sans un bruit. Puis elle a appelé son avocat. Sa voix était éteinte : « Je suis célibataire. Pas d'enfants. Mes biens sont à moi seule. » Elle est partie sans se retourner. Davide a souri. Elle reviendrait, pensait-il. Elle n'avait nulle part où aller. Il ne l'a jamais revue. Jusqu'à ce jour où son visage est apparu sur tous les écrans du pays. Une alliance à la main. Un homme puissant à ses côtés. Et dans ses yeux, plus de larmes. Juste le silence des tombes et l'éclat froid de la vengeance.
View MoreEt puis Antoine, bien sûr. Antoine qui est entré dans ma vie sans faire de bruit, sans rien demander, sans rien promettre. Antoine qui m'a redonné le sourire, la confiance, l'amour. Antoine qui m'a épousée, qui m'a offert une fille, qui a fait de moi la femme que je suis aujourd'hui. Je pense à Davide, parfois. Moins souvent qu'avant, mais encore. Je ne le hais plus, je ne lui en veux plus. Il est détruit, sa vie est en ruines, sa carrière est anéantie, sa famille est brisée. C'est sa punition, sa pénitence, sa damnation. Je ne souhaite pas son malheur, mais je ne le plains pas non plus. Il a récolté ce qu'il a semé. Je pense à Valentina, aussi. Elle qui m'a volé ma maternité, mon corps, ma vie. Elle qui a tout orchestré, tout planifié, tout calculé. Je ne sais pas ce qu'elle est devenue, où elle vit, ce qu'elle fait. Et au fond, je m'en moque. Elle ne fait plus partie de ma vie, elle n'a plus de pouvoir sur moi. Je pense à Léo, enfin. Mon petit Léo, mon bébé qui n'était pas le mi
Je les serre contre moi, ma famille, mon trésor, ma raison de vivre. J'ai failli perdre tout cela, il y a quatre ans. J'ai failli mourir, seule et désespérée, dans une petite maison de Collioure. Mais je me suis relevée. J'ai écrit, j'ai aimé, j'ai vaincu. Et aujourd'hui, je suis là, debout, vivante, triomphante. La soirée continue, les discours se succèdent, le champagne coule à flots. Des journalistes m'interviewent, des lectrices me demandent des dédicaces, des écrivains me félicitent. Mais moi, je ne vois que les visages de ceux que j'aime, ceux qui m'ont soutenue, ceux qui m'ont sauvée. Camille, ma sœur, mon double, ma gardienne. Sans elle, je serais morte dans cette chambre d'hôtel sordide, le jour où j'ai découvert la vérité. Sans elle, je n'aurais jamais trouvé le courage de partir, de fuir, de recommencer. Antoine, mon amour, mon roc, mon refuge. L'homme qui m'a redonné le sourire, qui m'a réappris à aimer, qui m'a offert une nouvelle vie, une nouvelle famille. Anna, ma
Elisa Mon deuxième livre reçoit un prix littéraire important. C'est une nouvelle qui arrive par un matin d'automne, alors que la lumière est douce et dorée sur les collines d'Aix-en-Provence. Le téléphone sonne au milieu du petit-déjeuner, je décroche sans savoir que ma vie va, une fois de plus, prendre un tournant décisif. — Madame Mercier ? Ici le secrétariat du Prix du Roman de la Résilience. J'ai l'honneur et le plaisir de vous annoncer que votre roman, "Clara et Rose", a été choisi par notre jury pour recevoir le prix cette année. Toutes nos félicitations. Je reste muette, le téléphone à la main, le cœur battant. Le Prix du Roman de la Résilience. C'est un prix prestigieux, créé il y a dix ans par une fondation qui lutte contre les violences faites aux femmes. Un prix qui récompense chaque année un roman qui parle de reconstruction, de renaissance, de survie. — Madame Mercier ? Vous êtes toujours là ? — Oui, oui, je suis là. Je suis désolée, je suis un peu... surprise. —
Je hoche la tête, mais je n'y crois pas vraiment. Valentina, changer ? Valentina, regretter ? C'est impossible. C'est contraire à tout ce que je sais d'elle, à tout ce que j'ai vécu avec elle. Mais Léo, lui... Léo se souvient de moi. Léo a vu ma photo. Léo a dit que j'étais sa maman. C'est la seule chose qui compte. La seule. Je remercie Mercè, je finis mon café, je retourne à la villa. Le soleil brille sur les oliviers, les cigales chantent, la vie continue. Mais aujourd'hui, le passé est revenu, il a frappé à ma porte sans prévenir, il s'est invité dans mon présent. Antoine est déjà rentré, il est en train de préparer le déjeuner dans la cuisine. Il voit mon visage, mes yeux rougis, mes joues encore humides de larmes. — Elisa ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu as pleuré ? — Mercè m'a annoncé quelque chose. Quelque chose d'important. — Quoi donc ? — Valentina est venue à Collioure, l'été dernier. Avec Léo. Antoine pose son couteau, il s'approche de moi, il me prend dans ses bras
ElisaNous prenons le petit déjeuner sur la terrasse. Le soleil est doux, presque timide, comme s’il n’osait pas se montrer trop éclatant. Il y a une légère brise qui fait frissonner les feuilles du citronnier dans son grand pot en terre cuite. L’air sent le printemps, les fleurs d’oranger, et quel
Je ne le sais pas encore, mais c’est mon dernier matin d’innocence..ElisaLa lumière du jour se glisse entre les fentes des rideaux de lin blanc, dessinant des traits de soleil sur le drap froissé. Une fine poussière danse dans ces rayons, comme des souvenirs qui n’existent pas encore. Mon cœur ba
ElisaPremier rendez-vous. Le petit café près du campus s’appelle « L’Évasion ». Il y a des nappes à carreaux rouges et blancs, des serveurs pressés, des odeurs de croissant et de café frais. Davide a choisi la table du fond, près de la fenêtre. La pluie coule sur la vitre en formant des rivières m
ElisaQuatre ans plus tôt. Bibliothèque universitaire. Rayon de poésie.Il pleut dehors. Une pluie fine et tenace qui colle les cheveux à la nuque et fait flotter une odeur d’humidité et de vieux livres. Je suis debout devant les étagères, les doigts courant sur les dos des recueils. Neruda. Je che












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