Beranda / Romance / LE CONTRAT DU MÉPRIS / Chapitre 6 – Entrée dans le manoir Sterling 2

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Chapitre 6 – Entrée dans le manoir Sterling 2

last update Tanggal publikasi: 2026-05-08 17:54:11

Le silence du manoir m'écrase. Il est différent du silence de l'appartement familial. Là-bas, c'était un silence chargé de tensions, de reproches muets, de portes qu'on claque. Ici, c'est un silence ancien, accumulé depuis des siècles, couche après couche, comme la poussière sur les meubles. Un silence qui avale tout. Les mots. Les pensées. Les espoirs.

Je ne parle pas. À qui parlerais-je ?

Je m'allonge sur le lit, les pieds encore chaussés, la robe encore humide. Le baldaquin au-dessus de moi ressemble à un ciel de lit de catafalque. Je fixe les plis du velours grenat, hypnotisée par leur immobilité.

Dehors, la nuit tombe. La fenêtre devient un rectangle noir où se reflète la chambre, doublée, fantomatique.

Je pense à Ethan. Où est-il ? Toujours à sa réunion ? Ou avec Victoria ? Je l'imagine dans un restaurant chaud et lumineux, riant avec elle, lui tenant la main. Je l'imagine lui racontant cette cérémonie ridicule, cette mariée trempée, ce non-mariage. Et Victoria qui rit, qui pose sa tête sur son épaule, qui murmure je suis là, tout va bien.

Je ferme les yeux.

Je ne pleure pas. Je n'ai plus de larmes. La pluie les a toutes emportées sur les marches de la mairie.

Cette nuit, Ethan dort dans son bureau. Je ne le sais pas encore. J'apprendrai demain, par un mot sec de Madame Lefort, que Monsieur ne prend pas ses repas avec Madame. J'apprendrai que je suis seule dans cette aile immense, à l'autre bout du manoir, séparée de lui par des couloirs et des escaliers et des siècles de silence.

Je ne le verrai pas avant le lendemain matin.

Et quand je le verrai, il ne me regardera toujours pas.

Mais ça, je ne le sais pas encore.

Pour l'instant, je suis une jeune femme allongée sur un lit trop grand, dans une chambre trop froide, dans une maison qui n'est pas la sienne, mariée à un homme qui ne veut pas d'elle.

Et je m'endors, épuisée, en serrant contre moi un foulard bleu avec des phénix brodés.

Ethan

La porte de mon bureau claque derrière moi. Le bruit ricoche contre les boiseries sombres et va mourir quelque part dans les hauteurs du plafond à caissons. Enfin seul. Enfin le silence. Un vrai silence, pas celui plein de reproches muets de cette fille que mon père m'a imposée depuis sa tombe.

Je desserre ma cravate. Le nœud est trop serré. Ma mère l'a ajustée ce matin, avant que je parte pour la mairie, avec ce geste précis et froid qu'elle a pour tout ce qui concerne les apparences.

— Tu es un Sterling, a-t-elle dit en lissant le tissu. Agis comme tel.

Agir comme un Sterling. Signer des contrats qu'on n'a pas lus. Épouser des femmes qu'on n'a pas choisies. Hériter de haines qu'on n'a pas nourries. Porter le nom comme une armure et comme une cage.

Je jette la cravate sur le canapé Chesterfield. Elle atterrit sur le cuir grenat, serpent de soie noire. Le cuir est froid sous mes doigts quand je m'assois. Tout est froid dans cette maison. Même en été, même quand le soleil entre à flots par les fenêtres à meneaux, il y a toujours un fond de froid qui persiste, comme si les pierres elles-mêmes refusaient de se réchauffer.

J'attrape la bouteille de scotch dans le meuble-bar. Un single malt. Vingt-cinq ans d'âge. Tourbé, fumé, complexe. Mon père le réservait pour ses invités importants. Des ministres. Des chefs d'entreprise. Des gens qu'il méprisait mais dont il avait besoin. Il leur servait ce whisky avec un sourire de façade, puis il les détruisait dans son bureau, une fois la porte refermée.

Je le bois seul, sans glaçons, à même le goulot. Mon père doit se retourner dans sa tombe. Tant mieux. Qu'il se retourne. Qu'il voie ce que son testament a fait de son fils. Qu'il contemple son œuvre.

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