LOGINMa voix est un feulement, un grondement de bête acculée. Ma main se lève — pour quoi faire ? La saisir ? La secouer ? Je ne sais pas. Je la laisse retomber le long de mon corps, inutile, ridicule.
— Je ne te menace pas, Ethan. Je te propose une transaction. Tu veux épouser Victoria. Tu veux être libre. Je suis le seul obstacle. Lai
Mais j'ai promis de la rejoindre après le divorce. Je lui ai promis que nous serions ensemble, pour de bon, quand tout serait fini. Et Victoria n'oublie jamais une promesse.Mon téléphone vibre sur le bureau. Je me retourne, le cœur battant. Victoria. C'est forcément Victoria. Elle a senti que je pensais à elle. Elle a ce don étrange de deviner quand je suis en train de douter.Je prends le téléphone. Ce n'est pas Victoria. C'est un message de Charles, mon cousin, à propos d'une réunion demain matin. Je le supprime sans le lire.Je devrais appeler Victoria. Je devrais lui dire que tout va bien, que le plan se déroule comme prévu, que dans vingt-neuf jours, je serai libre. Mais je ne le fais pas. Je n'ai pas envie de mentir. Et surtout, je n'ai pas envie qu'elle entende dans ma voix quelque chose qui ne devrait pas y être. Quelque chose qui ressemble &agr
EthanTrente et un jours. La moitié du sursis. La moitié de ce pacte absurde que j'ai signé sans vraiment y croire, un matin de novembre, dans le bureau où mon père a passé sa vie à me briser.Ce soir, pour la première fois depuis le début, je ne rentre pas dîner. J'ai prévenu Lydia par un mot laissé sur son oreiller : Conseil d'administration exceptionnel. Ne m'attends pas. E. C'est un mensonge, bien sûr. Le conseil d'administration a eu lieu ce matin. Il n'y a rien d'exceptionnel à mon absence, si ce n'est que j'ai besoin d'être seul. Besoin de réfléchir. Besoin de mettre de l'ordre dans le chaos qui règne dans ma tête depuis trente et un jours.Je suis assis dans mon bureau, au siège social de Sterling Immobilier, au trente-cinquième étage de la tour que mon père a fait construire dans les ann&eacut
Le conservateur s'efface discrètement, et Ethan prend la parole. Sa voix est différente, tout de suite. Plus chaude, plus vibrante, comme le soir du bistrot quand il parlait d'architecture.— Cette statue, dit-il en désignant une Aphrodite en marbre, c'est une copie romaine d'un original grec. Elle date du premier siècle avant Jésus-Christ. Regarde la façon dont le sculpteur a traité le drapé. On dirait du tissu véritable, alors que c'est du marbre. C'est ce qu'on appelle la technique du drapé mouillé. Les Grecs étaient obsédés par le rendu du mouvement, du vivant.Je l'écoute, bouche bée. Il connaît l'histoire de l'art. Il la connaît en profondeur, avec une précision de spécialiste. Il me parle de chaque statue, de chaque vase, de chaque bas-relief. Il m'explique les mythes grecs , Zeus, Héra, Athén
LydiaCe matin, en descendant prendre le petit déjeuner, je trouve une enveloppe posée sur mon assiette. Une enveloppe en papier vergé, crème, avec mon prénom écrit à l'encre noire. L'écriture d'Ethan. Je la reconnaîtrais entre mille : des lettres hautes, anguleuses, un peu penchées, l'écriture d'un homme qui a appris à écrire sous la férule d'un précepteur sévère.Je l'ouvre avec des doigts qui tremblent un peu. À l'intérieur, un carton d'invitation, sobre et élégant :Visite privée du Musée du LouvreAprès les heures d'ouverturePour Madame Lydia SterlingCe soir, vingt heuresJe relis trois fois. Visite privée. Du Louvre. Après les heures d'ouverture. Le Louvre. Le musée de mes rêves, le lieu que je voulais visiter depuis mon adolescence en
Je prends le croissant. Il est chaud, en effet. Moelleux, beurré, parfait. Ethan l'a acheté pour moi, sans que je le demande. C'est un geste attentionné, presque tendre. Mais il ne compense pas l'absence de réaction devant le jeune artiste qui m'a tenu la main trop longtemps.Nous nous éloignons du chevalet. Lucien me fait un petit signe d'adieu, que je lui rends discrètement. Ethan ne dit rien. Il mord dans son croissant, le regard perdu dans la foule du marché.— Tu n'as pas eu peur qu'il m'importune ? je demande, incapable de me retenir.Il me regarde, étonné.— Qui ça ? Le peintre ?— Oui, le peintre. Il m'a prise par la main. Il m'a offert un cadeau. Il m'a dit que j'étais magnifique.— Et alors ?Je m'arrête au milieu de l'allée. Un passant me bouscule, marmonne des excuses, s'éloigne. Je reste p
J'adore les marchés. C'est peut-être la seule chose que ma mère m'ait transmise, avant de mourir. Elle m'emmenait au marché de notre petite ville, le dimanche matin, et elle m'apprenait à choisir les tomates, à reconnaître un bon fromage, à sentir le melon pour savoir s'il était mûr. Ma mère était une femme simple, qui ne comprenait rien aux ambitions de mon père. Elle est morte quand j'avais douze ans, emportée par une pneumonie, et je me suis toujours demandé si elle n'était pas morte de tristesse autant que de maladie.— Tu as l'air joyeuse, remarque Ethan en me voyant descendre de voiture.— C'est le marché. Ça me rend joyeuse.Il ne répond pas. Mais je vois son regard se poser sur moi avec une lueur intriguée, comme s'il découvrait une nouvelle facette de ma personnalité. Il ne sait
LydiaJ'aurais dû me douter que quelque chose se tramait. Il y avait dans l'air une tension particulière, comme avant un orage. Marthe avait préparé un rôti , le plat préféré d'Ethan , et Madame Lefort avait astiqué les arg
Ethan n'est pas là.Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Où est-il ? Pourquoi n'est-il pas là ? Il est resté chaque nuit depuis mon retour de l'hôpital. Chaque nuit sans exception. Et cette nuit...Je me lève, enfile un
Je veux être là où elle est.Cette certitude s'impose à moi avec la force d'une évidence. Elle ne résout rien. Elle ne promet rien. Elle ne dit pas si j'aime Lydia, ni si Lydia m'aime, ni si nous pourrons un jour être heureux ens
J'ai bu. L'eau a calmé ma gorge desséchée, apaisé un peu le tourbillon dans ma tête. Ethan était debout devant moi, les bras croisés, le visage sombre.— Il faut vous reposer. Vous avez trop tiré sur la corde aujour







