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Penulis: Jaanai
last update Tanggal publikasi: 2026-07-19 01:01:09

LODI

La porte du SUV claqua avec le bruit sinistre d’un cercueil qui se referme, et tout l’air quitta mes poumons d’un coup.

J’étais coincée. Piégée comme une sardine dans une boîte de conserve de luxe.

Julien était assis en face de moi comme un roi qui venait déjà de signer mon arrêt de mort. Calme. Inébranlable. Flippant au possible. Il aboyait des ordres en italien rapide, voix basse et mortelle, pendant que le chauffeur armé répondait sur le même ton. Chaque syllabe ressemblait au clic d’une balle qu’on charge.

C’était l’homme qui m’avait ruinée il y a trois ans en une seule nuit complètement folle. L’homme que mon demi-frère Tom m’avait suppliée d’oublier. L’homme qui n’avait toujours aucune idée qu’il avait un fils.

Mes mains tremblaient comme des feuilles mortes dans une tempête. Je les coinçai entre mes cuisses pour cacher ma faiblesse. Le visage de Mathis surgit dans ma tête : boucles noires, yeux bleu glacier identiques à ceux qui me fixaient maintenant, et ce petit gémissement qu’il faisait pendant les cauchemars. J’avalai la bile qui me brûlait la gorge.

Reste calme. Ne glisse rien. Ne prononce surtout pas son nom.

Julien termina son appel et se cala en arrière. Ses yeux perçants se posèrent sur moi. Le silence s’étira jusqu’à devenir aussi tendu qu’un string trop petit.

Il sortit une bouteille d’eau d’un compartiment caché et me la tendit sans un mot. Je la pris avec des doigts qui dansaient la samba. Le plastique froid me piqua la peau.

— Merci, murmurai-je.

Il se servit un verre de whisky. L’odeur fumée envahit l’habitacle. Il ne m’en proposa pas. Il se contenta de m’observer, comme s’il pelait un oignon couche par couche.

— J’ai essayé de l’aider, dis-je doucement. Camille. Quand les tirs ont commencé… j’ai essayé d’aller vers elle.

Il but une gorgée lente, sans jamais lâcher mon regard.

— Et pourtant tu t’es enfuie.

— J’étais terrifiée ! Les mots sortirent plus secs que prévu. Les gens mouraient ! Lewin…

Ma voix se brisa.

La mâchoire de Julien se crispa.

— Lewin est mort.

Le monde bascula.

— Non. (Je secouai la tête comme une folle.) Il ne peut pas être…

— Trois balles dans la poitrine, dit-il platement. Il était déjà parti quand je suis arrivé.

Un sanglot grimpa dans ma gorge. Je plaquai ma main sur ma bouche pour l’étouffer. Ce gentil Lewin qui m’avait taquinée au téléphone hier soir… parti. Pouf. Comme ça.

Le silence revint, encore plus lourd. Julien continuait de m’étudier comme un puzzle Ikea particulièrement agaçant.

Quand le SUV ralentit enfin et franchit d’immenses grilles en fer, mon estomac fit un salto arrière. Des gardes armés patrouillaient le long des hauts murs. La maison qui apparut était magnifique… mais elle hurlait « prison de luxe ».

Le véhicule s’arrêta. Julien se pencha et détacha ma ceinture, son bras frôlant le mien. Cette odeur dévastatrice (whisky, cuir, danger brut) remonta tous mes souvenirs comme un ascenseur en panne.

— Descends.

Mes jambes tenaient à peine quand je posai le pied sur l’allée. Il me guida à l’intérieur sans un regard en arrière. Marbre brillant, tableaux hors de prix, silence glacial. Le genre de richesse qui avale les gens tout entiers.

On monta deux étages. Au troisième, il tapa un code. La lourde porte s’ouvrit. Avant que je proteste, il me poussa dedans.

La chambre était luxueuse : lit king size, chaise en velours, rideaux épais. Mais des barreaux en acier brillaient derrière les fenêtres. Pas de téléphone. Pas d’échappatoire.

Je me retournai d’un bond.

— Tu ne peux pas me garder ici ! C’est un kidnapping ! J’ai une vie ! Des gens qui vont me chercher !

— Tu restes, dit-il, bas et absolu. Pour ta propre protection.

— Protection ? (Un rire amer m’échappa.) Ou interrogatoire ? Tu penses que j’ai quelque chose à voir avec ce qui s’est passé ce soir ?

Son regard glacial ne cilla pas.

— Je ne sais pas quoi penser. Tant que je n’ai pas décidé, cette chambre est ta nouvelle maison.

Il commença à fermer la porte.

La panique explosa dans ma poitrine.

— Attends — s’il te plaît ! (Je me jetai en avant, paume contre le bois.) Il faut que je rentre ! Il y a quelqu’un qui m’attend. Je ne peux pas disparaître comme ça !

Pendant une demi-seconde, quelque chose de sombre et dangereux passa dans ses yeux — soupçon, curiosité, peut-être les deux — puis disparut derrière son masque froid.

— Sois une gentille fille, Élodie, murmura-t-il, voix de velours sur acier. Ne rends pas les choses plus compliquées qu’elles ne le sont.

La porte claqua.

— Laisse-moi sortir ! (Je frappai des deux poings jusqu’à ce que mes articulations hurlent.) Tu n’as pas le droit !

Pas de réponse. Seulement un silence épais et étouffant.

Mes jambes lâchèrent. Je glissai contre la porte, les larmes traçant des sillons brûlants sur mes joues.

Pour Lewin.

Pour Camille.

Pour mon petit garçon qui attendait à la maison et qui n’avait aucune idée que sa maman venait d’être enlevée par le diable en personne.

Je pleurai jusqu’à avoir la gorge en feu.

Puis je me relevai, essuyai mon visage d’un revers de main. S’échapper maintenant était impossible.

Mais à la seconde où cette porte se rouvrirait, je mentirais. Je me battrais. Je sourirais et jouerais la gentille avec le diable lui-même s’il le fallait.

Je retournerais auprès de Mathis.

Coûte que coûte.

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