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Chapitre 4 — Le dernier acte

Auteur: L'invincible
last update Dernière mise à jour: 2025-08-16 03:29:08

Élise

La pièce est silencieuse. Trop silencieuse.

Le papier glacé entre mes mains semble peser une tonne, et chaque mot imprimé me brûle les doigts comme si le papier lui-même savait ce qu’il contenait. Je le relis encore… une fois… deux fois… incapable d’accepter que c’est bien la vérité. Mon cœur tambourine si fort que j’ai l’impression qu’il va éclater. Pourtant, je dois faire ce qu’il attend de moi : signer.

Je m’assieds sur le bord du lit, les jambes tremblantes. Le stylo repose devant moi, lourd comme une arme. Liam reste debout, appuyé contre le chambranle de la porte, ses yeux détournés vers un point invisible, comme si la vue de ma souffrance l’ennuyait.

Cette indifférence est un coup de lame qui s’enfonce dans ma poitrine.

Mes doigts se crispent sur le stylo. Je tente de respirer profondément, mais chaque inspiration me déchire. Je ferme les yeux une seconde, cherchant un reste de dignité. Rien. Seulement un vide qui m’avale.

Enfin, je signe.

Chaque lettre est une blessure. Le grincement de la plume sur le papier devient le bruit de ma propre disparition. Je termine, relève les yeux vers lui. Pas un mot. Pas un geste. Juste ce mouvement mécanique : il me tend les papiers.

Je les serre contre moi. Mes jambes se dérobent, mes genoux heurtent le sol. Je m’effondre sur moi-même, réduite à une silhouette recroquevillée.

— Voilà… c’est fait… murmuré-je, la voix étranglée par les sanglots.

Il détourne le regard. Pas de main tendue, pas de chaleur. Je suis seule. Pire que seule.

Je me relève, vacillante, les papiers serrés contre ma poitrine comme un dernier rempart inutile. Chaque pas en direction de la porte est un arrachement. Dehors, la nuit avale mes sanglots.

Je marche. Je ne sais pas où. La ville est floue, brouillée par mes larmes. Les passants me frôlent sans me voir. Les lampadaires jettent une lumière pâle sur mon chemin, comme si même la ville avait perdu ses couleurs.

Puis…

Un bruit métallique. Un crissement de pneus.

Une douleur brutale explose dans mon corps. Le sol disparaît. Je sens l’air me happer, puis un choc violent. Et… l’obscurité.

Arnold

Je conduis depuis une heure, les mains crispées sur le volant.

Mes pensées tournent en boucle, écrasantes.

Les chiffres. Les menaces. Les rendez-vous avec ces hommes qui sourient en façade mais veulent me voir tomber. Même moi, Arnold Lemaire, l’homme le plus riche du pays, je ne suis pas intouchable.

Mon téléphone vibre. Je ne décroche pas. Mais je lis mentalement les mots du message que j’ai reçu plus tôt. Un ultimatum.

Je ne vois pas le feu rouge.

Je ne vois pas la silhouette.

Juste un mouvement. Trop tard.

Le choc résonne dans mon crâne. Mon cœur se fige.

Je freine brusquement, sors de la voiture, cours. Elle est là, étendue sur le bitume. Ses cheveux sombres se répandent comme une tache d’encre. Elle respire, mais faiblement. Ses lèvres tremblent, son visage est pâle comme la lune.

— Hé… tenez bon… je vous en prie…

Ma voix est rauque. Moi qui ne perds jamais mon sang-froid, je sens ma gorge se nouer. Sans réfléchir, je la soulève doucement. Elle est légère, presque irréelle dans mes bras.

J’ouvre la portière arrière et l’installe avec précaution. Je roule vite. Très vite. Direction la clinique la plus chère et la plus discrète du pays. L’endroit où même les murs savent garder un secret.

Élise

Quand je rouvre les yeux, tout est blanc. Trop blanc.

Le plafond est lisse, impersonnel. L’air sent la propreté clinique, avec cette odeur de désinfectant qui me donne la nausée. J’entends un bip régulier quelque part à côté de moi.

Un visage apparaît. Un homme, élégant, la quarantaine, un costume sombre impeccablement taillé. Ses yeux, d’un vert profond, me fixent avec une intensité qui me trouble.

— Vous êtes réveillée… dit-il doucement.

Je fronce les sourcils.

Des questions s’accumulent dans ma tête, mais il y en a une qui s’impose avant toutes les autres.

— Où… où suis-je ?

Il hésite, comme s’il pesait ses mots.

— Dans une clinique privée. Vous avez eu un accident.

J’essaie de me redresser, une douleur me traverse les côtes. Ma respiration se bloque.

Puis une autre question me brûle les lèvres :

— Qui… qui suis-je ?

Le silence qui suit est lourd.

Mon cœur s’accélère. Je cherche dans ma mémoire… mais c’est le néant. Pas un prénom, pas un souvenir. Juste ce vide froid et terrifiant.

— Vous ne vous souvenez de rien ? demande-t-il.

Je secoue la tête, paniquée. Des larmes me montent aux yeux.

Il pose une main sur la mienne, un geste à la fois protecteur et troublant.

— Alors… je vais vous aider à retrouver qui vous êtes.

Mais dans son regard, il y a autre chose. Quelque chose qui me fait frissonner. Comme s’il venait de comprendre que ce que j’ai perdu… pourrait lui appartenir.

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